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<c Arrête que ce désaveu sera sur-le-champ porté au Corps législatif par vingt membres de la section.
c( André, président; Cointreau, secrétaire. »
Les murmures des spectateurs avaient interrompu cette lecture à chaque mot. Vaublanc s'élance à la tribune** et s'écrie : « Souffrir que, toutes les fois que la constitution est invoquée, cette sainte invocation soit couverte des clameurs des forcenés, le souffrir, dis-je, est un commencement de parjure! »
Les huées redoublent, mêlées d'éclats de rire.
« L'Assemblée nationale, reprend le courageux député, ne peut tolérer plus longtemps de pareilles indignités sans s'en rendre complice, sans faire craindre à la France sa dissolution prochaine. »
Ici les murmures prennent une telle intensité qu'il est absolument impossible à l'orateur de continuer. Les membres de la droite descendent de leurs bancs, interpellent le président ; plusieurs , en se dirigeant vers la porte, disent tout haut : « Allons-nous-en , l'Assemblée n'existe plus, puisque nous ne sommes plus libres! » Mais, rappelés par leurs amis et voyant le calme se rétablir, ils reprennent leurs places.
Vaublanc termine son discours en demandant que le
1. Vaublanc avait, dès le 30 juillet, donné sa démission de membre de la commission extraordinaire des vingt et un , pour ne pas participer plus longtemps aux mesures que celle-ci proposait chaque jour à l'Assemblée.
rapport préparé par la commission extraordinaire sur la police de la salle soit enfin présenté le lendemain ; on lui en fait la promesse, sauf à ne pas la tenir.
Il était impossible aux amis de Pétion de laisser l'Assemblée sous l'impression du désaveu apporté par les vingt commissaires de la section de la Bibliothèque. Aussi Brissot se hâte-t-il de déclarer qu'il appartient à cette section et qu'il peut mieux que personne donner des explications sur sa composition, ses tendances, ses aspirations. «Elle est divisée en deux parties : une respectable, qui offre un grand nombre de patriotes, de ces hommes que l'on dénigre sous le nom de sans-culottes; l'autre gangrenée, composée de financiers, d'agents de change, d'agioteurs. C'est de ce dernier foyer de contre-révolution de la rue Vivienne qu'est sortie la réclamation qui vient d'exciter tant de tumulte; du reste, les commissaires que l'on a accusés d'avoir usurpé les pouvoirs de la section sont présents et demandent à être admis à la barre pour démentir cette inculpation. »
Aussitôt se présentent les quatre commissaires sansculottes de la section de la Bibliothèque; parmi eux étaient CoUot-d'Herbois et Marie-Joseph Chénier.
Collot était alors l'un des hommes les plus en vogue parmi les démagogues parisiens. Avec son almanach du père Gérard, il s'était acquis une grande renommée de bonhomie vertueuse et d'éloquence populaire; il avait présidé les réunions de l'Hôtel-de-YiUe où s'était élaborée la fameuse adresse. Il avait donc tous les titres possibles pour prendre le pas sur le poète qui, dans le but de plaire à la plèbe, se laissait subaltemiser par un
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vil histrion, digne tout au plus de figurer sur les tréteaux de la foire Saint-Germain*.
Collot, dans un irès-long discours, demande la publicité des délibérations des sections, vante son esprit de conciliation et se plaint d'avoir été en butte à toutes sortes d'outrages de la part d'hommes qui dédaignent ordinairement d'assister aux séances. « On nous a contesté nos pouvoirs, s'écrie-t-il ; s'ils ne se retrouvent pas dans les archives, c'est qu'on les a soustraits. » Puis, faisant allusion à la fameuse expression d'honnêtes gens, que les ultra-révolutionnaires renvoyaient comme une injure à leurs adversaires, depuis qu'elle avait été employée dans le manifeste de La Fayette, il termine sa harangue par cette phrase vivement applaudie des tribunes :
4 . Le Moniteur commet ici et a fait commettre à plusieurs historiens, qui le copient servilement, la plus grossière des erreurs. Il donne pour compagnon à Gollot-d*Herbois André Ghénier, qui avait si vivement stigmatisé trois mois auparavant et qui ne cessait, dans le Journal de Paris, d'accabler de ses sarcasmes et de ses sanglantes ironies le défenseur officieux des Suisses de Ghâteauvieux. Celui qui vint le dimanche 5 août à TÂssemblée, pour servir de second à Collot-d'Herbois, était BfarienJoseph Chénier, le futur conventionnel, qui présida plusieurs fois, après le 40 août, la section de la Bibliothèque. Les historiens qui ontcommis cette erreur n'ont pas même lu attentivement le Moniteur, Ils y auraient trouvé dans le numéro du lendemain, p. 906, cette note par laquelle commence la troisième colonne :
8 Ce n'est point M. André Chénier qui a été introduit à la barre avec M. GoUotr-d'Herbois et les autres commissaires de la section de la Bibliothèque. »
André Chénier, évidemment Fauteur de cette note, n'a pas voulu, par pudeur, déclarer que le compagnon de Gollot-d'Herbois était son frère. II y a des occasions où la prélérition a aussi son éloquence.
Ih^ HISTOIRE DE LA TERREUR.
« Tandis que les boonétes gens se rendront dans les assemblées délibérantes, l'injure à* la bouche et la vioience dans leurs actions, nous autres bonnes gens, nous n'y apporterons que les principes de la raison et de la justice : la publicité seule peut les faire triompher. »
Cette pétition est renvoyée à la commission extraordinaire et aussi au comité de surveillance, afin qu'on instruise contre ceux qui ont soustrait les pouvoirs de rhonorable ColIot-d'Herbois*.
Il était dit que, ce jour-là, les contrastes les plus frappants se produiraient dans le sein de TAssemblée. A Collot-d'Herbois et à ses amis succède une députation de la section de l'Arsenal. Elle est conduite par un des plus illustres citoyens de Paris, un homme qui honorait le nom français dans le monde entier et dont la mort devait être, deux ans plus tard, une honte étemelle pour les prescripteurs de 1793 , — Lavoisier. L'illustre savant lit, d'une voix calme et grave, une délibération de sa section vouant au mépris public et l'adresse à l'armée, « assemblage ridicule de flagorneries, de mensonges impudents et d'absurdités, » et l'adresse des sections parisiennes, « qui avilit, dégrade et paralyse un pouvoir constitué... » Il dénonce hautement les manœuvres « des factieux qui cherchent à tromper l'Assemblée en lui présentant comme le langage d'une immense population ce qui n'est que le caprice d'une poignée de citoyens 2. »
1. Mœiiteur et Journal des Débals et Décrets j n*» 344, p. 7S.
2. Le Moniteur ne dit que quelques mots de la protestation de la section de TArsenal et ne nomme pas l'orateur qui parlait en son