SÉJOUR ACTUEL DES AMES SEPAREES DU CORPS
Telles sont les questions qui nous restent actuellement à examiner.
Terlullicn prouva, par l'histoire du mauvais riche , que les âmes des damnés endurent dès maintenant le supplice du feu dans l'enfer *. Mais sa démonstration, appuyée sur la doctrine de la corporéité de lïime, ne pouvait naturellement qu'indisposer Técole spiritualiste : elle ne trouva aucun partisan. On ajourna généralement l'entrée des damnés dans l'enfer, à l'époque de la résurrection, ou plus exactement, après le jugement général, et l'on motiva cette opinion par la sentence ; Ite in ignem aeternum^ qui semblait ne faire commencer le supplice; du feu qu'après le jugement général -. Quel était donc le sort des réprouvés d'ici la résurrection? Saint Ambroise, l'un des rares docteurs qui aient abordé cette question, la résolut à l'aide du quatrième livre d'Esdras, qu'il rangeait parmi les écritures canoniques. Appuyé sur ce livre, il enseigna que les âmes des méchants habitent actuellement (\.q^ pj'oinptum^iay où la pensée du supplice qu'elles auront à subir après la résurrection, et qu'elles nignorent pas, les plonge dans une tristesse désespérée ^. Les mêmes idées reparaissent dans saint Augustin, mais dénuées de tout appui scripturaire ''. On va dire bientôt comment le pape saint Grégoire mit fin à cette doctrine.
On croyait communément que les âmes des martyrs étaient
1. De resurrectione, 17, M. 2. 817: De anima, 7, M. 2. 657; Ibid., 58, p. 750.
2. Saint Justin, Apol. 1.28, M. 6. 372. 11 s'inspire évidemment du texte : Ile... Saint Cyprien, Ad Demelr. 24, M. 4. 562, parle comme saint Justin, mais il se réfère à Sap. 5. 1-9.
3. De bono moriis, 45-48, M. 14. 500-562. Après avoir cité, comme texte de l'Écriture, un passage de IV Esdras, 7. 32, dans lequel se lisent ces mots : « Et habitaculareddent animas quae his commendatae sunt », il mentionne l'endroit (7.32) où ces demeures sontappelées» promptuaria ». Il s'objecte alors à lui-même que les àmcs sont privées de la récomi)onse qui leur est due jusqu'au jugement dernier, etil résout cette objection par IV Esdr., 5.42, qui présente cette récompense comme une « couronne » dont le propre est d'éti-e donnée à un jour déterminé. Il continue en ces termes (2. 47) : « Ergo dum expectatur plénitude temporis, expectant animae remunerationem debitam. Alias manet poena, alias gloria. Et tamen nec illae intérim sine injuria nec istae sine fructu sunt... » Voir encore n. 48.
4. Enchirid.j 109, M. 40. 283 :« Tempusautem quod interhominis mortem et ultimam resurrectionem interposilum est, animas abditis receptaculis continct... » — Serm. 277. 2, M. 38. 1258. — In ps. 0. 6, M. 30, 93.
194 THÉOLOGIE scripturaire; l'eschatologie.
admises au ciel aussitôt après la mort. ^ Quant aux autres âmes, leur séjour actuel était Tobjet de conceptions diverses, qu'on n'a pas à exposer ici, car elles ne se rattachaient à l'Ecriture que par un lien assez lâche. Bornons-nous donc à dire qu'on s'autorisa parfois du texte de VEpUre aux Hébreux : a Ils n'ont pas obtenu ce qui leur était promis ^ » pour ajourner le bonheur du ciel à l'époque de la résurrection ^. Le pape saint Grégoire mit fin, pour l'Occident, aux hésitations que l'on constate fréquemment chez les docteurs qui l'ont précédé. Appuyé sur les textes de saint Paul : « Je désire mourir et être avec le Christ ; — Nous savons que si cette maison terrestre est détruite, nous avons dans le ciel une autre habitation éternelle et faite par Dieu », il enseigna que les âmes justes étaient admises au ciel immédiatement après leur mort, pour y goûter le bonheur '''. Il estima que la condition des justes autorisait une induction relative au sort des damnés, et, sans se référer à aucune attestation biblique, il conclut que l'enfer recevait, lui aussi, dès maintenant, les âmes qui lui étaient destinées ^.
TertuUien appliqua aux âmes des morts la parabole évangélique de la prison, où l'on est enfermé, jusqu'à ce qu'on ait payé « le dernier quadrant^ ». Il conclut de cette expression du Sauveur que les âmes imparfaites ne seraient admises à participer à la résurrection des corps, qu'après avoir satisfait dans les enfers, pour les moindres délits de la vie pré-
1. Tertullien, De resurrect., 43, M. 2. 856. Saint Cyprien, Ad Foi'tunat., 13, M. 4. 675.