CHAPITRE VI
L'ANGÉLOLOGIE.
La théologie scriptiiraire de Tangélologie fut, à quelques nuances près, à partir du neuvième siècle, ce qu'elle était depuis le pape saint Grégoire. Le texte de V Ecclésiastique : Qui manet in aeternum, creavitomnia siinul; celui de la Genèse : In principio creawit Deus coeluni et terram; et le verset des Psaumes : Initio tu. Domine^ terram fundasti, servirent aux théologiens du moyen âge à résoudre le problème relatif à la date de la création des anges^ La parole du Sauveur : Angeli eorum in coelis... fut donnée comme base à la doctrine des anges gardiens ^. Quant à la chute de Satan, on continua d'en demander l'explication au passage d'Isaïe : Similis ero Aliissimo ^. Sur ces points on resta fidèle à l'exégèse traditionnelle ^. Ajoutons que l'endroit de Y Apocalypse où il est ques-
1. Hugues, De sacram., 1. 5, 2, IM. 176. 247. — Id,, Summa ; Sent., 2. 1, M 176, 81 ; Roland, dans Gietl, Die Sentenzen liolands, p. 85 et 86 ; Pierre Lombard, Sent., 2. 2, 2 et 3, M. 192. 655; saint Thomas, Summa, 1. 61, art. 3. Les cominentateurs de Pierre Lombard n'insistent généralement pas sur cette question qu'ils considèrent comme résolue. Albert le Grand qui, par exception, s'y arrête {In Sent., 2. 2. 1) la résout uniquement par des considéralions rationnelles.
2. Hugues, Summa Sent., 2. 6, M. 176. 88 ; Pierre Lombard, Sent., 2. 11, 1, M. 192. 673; saint Thomas, Summa, 1. 113. 1 fait appel à : Ps. 90. 11 : Angelis suis mandavit de le. Dans l'article suivant il cite le texte : Angeli eorum, mais accessoirement et en le rattachant à un témoignage patristique.
3. Hugues, Sent., 2. ■\, M. 176. 81; Pierre Lombard, Sent., 2. 6, 1, 31. 192. <»62; saint Thomas, Summa, 1. 63.3.
•1. On continua aussi d'appliquer à noire atmosphère le texte de la 2 Petr.,2.4 : « Rudentibus inferni detractosin tartarum tradidit cruciandos • Voir : Pierre Lombard, Sent., 2. 6. 2, M. 192. 663. Néanmoins, à partir
292 THÉOLOGIE scripturaire; l'angélologie.
tion d'étoiles du ciel balayées par la queue du dragon, fut, depuis le douzième siècle, appliqué aux mauvais anges entraînés au mal par Satan. Cette démonstration scripturaire du péché des démons était, on s'en souvient, l'œuvre de Cassien^ Toutefois elle n'acquit droit de cité dans la théologie qu'avec Pierre Lombard^.
Pendant tout le moyen âge, surtout du douzième au quinzième siècle, l'angélologie provoqua beaucoup de spéculations philosophiques qu'on n'a pas à exposer ici. Parfois cependant on se trouvait inopinément en face d'un texte biblique. Ce fut notamment le cas de la théorie d'après laquelle les anges des ordres supérieurs ne sont jamais envoyés en mission. Cette doctrine généralement admise se heurtait à l'endroit où Isaïe nous dit qu'un séraphin lui purifia les lèvres, et à VÉpître aux Hébreux qui présente « tous » les anges comme envoyés par Dieu sur la terre ^. On expliqua que l'épithète « tous » ne devait pas être prise à la lettre et que les lèvres d'Isaïe avaient été purifiées, non par un séraphin, mais par le représentant d'un de ces sublimes esprits^.
de Pierre Lombard, on inclina à penser que certains démons étaient dès maintenant en enfer. Voir : Pierre Lombard, loc. cit. ; saint Thomas, Summa, 1. 64. 4; saint Bonaventure, In Sent., 2. 6. art. 2, quaest. L