Epist., 171, M
6. In Sent. 3, dist. 3. 4 : « Qui dicunt oppositum, est haeresis condemnata a beato Bernardo in epistola ad Lugdunenses et a magistris omnibus Parisiensibus. »
LIMMACULKE CONCEPTION. 397
le privilège exclusif du Sauveur ^ Peu à peu la liste des autorités patristiquos opposées à Timmaculée conception s'allongea. Quand vint Duns Scot, elle comprenait une demi-douzaine de textes empruntés à Fulgence, à saint Léon, à saint Jérôme, à saint Anselme et à d'autres encore -.
De leur coté, les partisans de l'immaculée conception ne restèrent pas inactifs. En réponse à l'acte d'accusation de Pierre de Celles. Nicolas de Saint-Alban raconta que saint Bernard était apparu après sa mort à un moine de Clairvaux. Le grand abbé portait une robe blanche sur laquelle se montrait une tache noire. Interrogé sur le symbolisme de cette tache, il avait avoué que son attitude dans la question de l'immaculée conception lui avait valu de passer un certain temps dans les ilammes du purgatoire^. Ce miracle eût été, cela va sans dire, un argument décisif, si on avait pu en fournir une attestation péremptoire. Malheureusement le procès-verbal du prodige avait été jeté au feu par les Cisterciens dont il condamnait les préjugés '• ; de sorte que les défenseurs de l'immaculée conception osèrent rarement faire appel à l'apparition de saint Bernard. Duns Scot ne la mentionna pas. En revanche, il revendiqua saint Augustin et saint Anselme comme favorables à la conception immaculée de Marie ^. 11 expliqua que Fulgence, saint Léon et les autres docteurs revendiqués par les adversaires du privilège, s'étaient bornés à attribuer à la sainte Vierge la dette du péché originel, et non le péché originel lui-même ^.
Un des arguments de saint Bernard pour condamner l'entreprise des chanoines de Lyon fut que la liturgie ecclésiastique
1. In Sent, o, dist. 3, pars 1, art. 1, qu. 2. licite le texte suivant tiré de : In Jo. tr. 42 : « Solus peccata mundi potuit auferre qui soUis sine peccato venit. »
2. Duns Scot, In Seul. 3, dist. 3, qu. 1, n. I. Il s'objecte des textes tirés de ces Pères et do saint .Jean Damascènc.
3. Réponse à Pierre de Celles, parmi les lettres de ce dernier, M. 202. 623.
4. Nous devons ce renseignement supplémentaire à Nicolas, loc. cit., p. 623.
5. In Sent., 3, dist. 3, qu. 1 , n. 2. 11 cite naturellement les deux textes mentionnés ci-dessus.
6. Ibid., n. 1 1 : « Ita exponendac sunt auctoritates (oppositae) quod onmes naluralitor propagati ab Adam sunt peccatores, hoc est ex modo <luo habent naturam ab Adam, habent unde careant justitia débita. »
398 THÉOLOGIE patristique; la marialogie.
ignorait la fête de la conception de la sainte Vierge ^ . Cette objection ne manquait pas de valeur, à une époque où la fête du 8 décembre était à peu près inconnue dans tout l'Occident. Mais bientôt il n'en fut plus de même ^. \^2). Fête aux Normands^ comme on disait alors, fit de rapides progrès. Dès les premières années du treizième siècle, elle était célébrée dans un bon nombre d'églises tant de France que d'Angleterre. Et alors l'objection formulée par saint Bernard se retourna contre ses partisans. De quel droit, leur disait-on, refusez-vous à la sainte Vierge un privilège qui est l'objet d'une fête liturgique? Cette considération allait acquérir une force nouvelle au quatorzième siècle, alors que l'Église romaine elle-même adopterait la fête de la conception^. Mais, déjà au treizième siècle, elle s'imposait à l'attention du théologien. Car enfin l'usage que Rome ne s'appropriait pas, elle le tolérait autour d'elle. La fête du 8 décembre gagnait de proche en proche, et Rome ne faisait rien pour arrêter ses progrès. On ne pouvait donc plus garder l'attitude de saint Bernard, et essayer comme lui d'arrêter la croyance populaire au nom de la liturgie. Saint Thomas se rendit compte de cette nouvelle situation. « Cette fête, dit-il, ne doit pas être condamnée, attendu que l'Eglise romaine, sans la faire sienne, la tolère ''. » Comment donc répondre à l'objection qu'on vient de lire? Le docteur angélique fut réduit à cette solution : « La fête de la conception ne prouve pas que la conception de Marie fut sainte ; attendu que l'objet de cette fête n'est pas la conception elle-même de la mère de Dieu, mais l'époque de sa sanctification, époque qui a sa place entre la conception et la nativité à une date inconnue ^. » Nous retrouvons cette solu-