‹ Histoire de la TurquieChapitre 188 sur 360 · LIVRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

Il y a peu de spectacles plus contradictoires et plus douloureux pour le cœur des historiens et des peuples que Tavénement d'un nouveau prince dans la décadence d'une vieille monarchie. Les vœux qui s'attachent au règne d'un souverain jeune et innocent du malheur public, font oublier un moment à la nation que la Providence l'appelle à gouverner, les calamités passées, les angoisses présentes, les dangers de l'avenir. On se figure que la patrie a déposé pour jamais sa mauvaise fortune avec les dépouilles mortelles du souverain décédé

dans sa tombe , et que son successeur apportera , avec un nouveau nom , une nouvelle destinée à Tempire. Mais 5 peine les regards du peuple et surtout des hommes d'Élat se sont-ils détachés du visage du jeune monarque et de l'éclat des cérémonies de son couronnement, que les pensées découragées se reportent sur les difficultés ou les fatalités du règne, et que le cœur se referme et s'alourdit dans la poitrine à ce contraste des hommes qui ont besoin de mieux espérer et des choses qui désespèrent.

Tulle était l'impression de Constantinople au retour de la mosquée dWioub, où le nouveau sultan, AbJul-Iiamid, venait de ceindre le sabre d'Othman.

Abdul-IIamid P' était le quatrième ÛU dil sultan Ahmed ou Achmet III. Son existence conservée au milieu des vicissitudes, des dépositions et des couronnements violents des trois règnes, attestait radoucissement des mœurs dans la famille d'Olhmau. Mais tout ce que la pitié de ses oncles lui avait accordé de la vie, c'était de vivre. Orphelin & cinq ans, oublié à cause de sa médiocrité môme au fond du vieux sérail, il était parvenu à Tâge de qua-

LITEB TRKMTfrOUATRIBMB. I

rante-hnit ins sans aToir réellement xieu. Un orgueil poisé dans l*adoralion de sa mère et dans k lecture de Thistoire de Tempire, où il n*avait ehw* ché que la divinisation des princes de sa race par des historiographes adulateurs, était son caractère dominant. U ne savait rien que sa grandeur; ses devoirs loi paraissaient renfermés dans ses caprices; il croyait à rinfaillibililé innée d*un ignorant élevé par rhérédité au rang suprême. Son intelligence bornée ne lui laissait voir de son vaste empire que ce qui l'entourait dans Tenceinte du sérail.

Le gouvernement était tout entier dans les mains de ses deux beaux-frères, le grand vizir Mouhsintadé et le caimakam Malek-Mohammed. Les deux sultanes, épouses de ces deux favoris de Mustapha III, Aazime, femme du grand vizir, et Scineb, femme du calmakam, jalouses Tune de l'autre, se disputaient l'amitié de leur frère. Aazime, Tatnée des deux sœurs, l'emporta sur sa rivale, et fit confirmer son mari , le grand vizir, dans ses fonctions et dans le commandement de Tarmée à Schumla.

La paix avec la Russie était la pensée et la nécessité du divan. Le grand vizir, dcmt les troupes iin

disciplinées remplissaient sans cesse le camp de séditions et de désertions impunies, s'était laissé enfermer dans Schumla par le corps d'armée du général Kamenski, qui avait franchi le Pamîsus et qui interceptait les gorges de la Bulgarie. La situation de Pierre le Grand , dans la Vallée malheu" relise^ était maintenant celle du grand vizir dans ses propres retranchements de Schumla;

Les négociations, d'abord éludées par le grand vizir, s'ouvrirent à Kaïnardji, quartier général du maréchal Romanzoff. Il dicta les conditions de la paix, comme il avait conduit les opérations de ces trois campagnes. L'impérieuse exigence d'un côté, l'impérieuse nécessité de l'autre, ne permettaient pas de longues discussions; la paix de Kaïnardji était écrite avec l'épéc des Russes. Une seule conférence de quelques heures sufQt aux plénipotentiaires pour rédiger, non la paix, mais la capitulalion de la Turquie.

Les articles patents conservaient l'indépendance de la Crimée, du Kouban, de la Bessarabie, démantelés de l'empire, la libre navigation^de la mer Noire et de la Méditerranée, c'est-à-dire le blocus perpétuel de Constantinople ; des conditions étaient imposées au gouvernement de la Porte, en Moldavie et on Valachie, sou» le contrôle moral des Russes; le

Page 1