NOTIONS PRATIQUES
Les détails dans lesquels noas sommes précédemment entré nous permettent d^abréger la partie technique, qui tend chaque jour à se modifier, surtout pour ce qui concerne les presses, dont les divers systèmes ont tellement changé de forme, quMl n'y a plus une seule pièce dans les machines nouvelles qui ait la moindre analogie avec la presse de 6utenberg, cet antique pressoir destiné aux vendanges.
Les machines pour composer les lettres, qui devaient remplacer la main de l'ouvrier, n'ont eu jusqu'à présent aucun succès, malgré tout ce que les systèmes nouveaux offraient d'ingénieux. Je crois que la composition ne sera jamais exécutée avantageusement par la mécanique; quant à la distribution mécanique, les ouvriers la regardent comme impossible.
Lorsqu'une fonte de caractères est livrée par le fondeur à l'imprimeur, celui-ci doit :
1** S'assurer, en rompant les lettres et en examinant le grain de la matière, si le métal est convenablement dur; trop mou, il s'écraserait sous la presse, et bientôt les lettres seraient hors de service; trop aigre, les déliés des lettres se briseraient. Une bonne proportion pour l'alliage des caractères est de 30 de régule d'antimoine et de 70 parties de plomb. Mon père y ajoutait 5 pour 100 de cuivre et d'étain, ce qui augmentait beaucoup la durée des caractères. Maintenant on ajoute du ferblanc allié à l'étain , pour donner aux caractères, surtout à ceux qui sont destinés à Timpresslon des journaux, une dureté qui en triple et quadruple la durée.
Cet usage d'introduire le fer et le cuivre dans la matière destinée à la fonte des caractères était anciennement pratiqué; il en est question dans le poème de Claude-Louis Thiboust sur la Typographie^ publié en 1754, et dans le Manuel Typographique de Fournier, t. I, p. 109.
2" Examiner avec soin, à l'aide du typomètre, si les lettres sont d'une parfaite hauteur. Les lettres trop basses ou trop hautes annoncent une négligence blân^able du chef d'une fonderie de caractères, car l'impression en éprouve un grand préjudice, puisque pour peu qu'une lettre soit plus basse que le» autres , elle ne marque point ou marque mal à l'im-
pression , et trop haute elle marqué trop et empêche la lettre voisine de droite et de gauche de s'imprimer convenablement.
3° S'assurer si la proportion des cadrais et espaces est dans des rapports convenables avec la lettre; ordinairement lescadrats, cadratins et espaces doivent être dans la proportion de 20 pour 100.
4° Examiner si le nombre des lettres est dans un juste rapport entre elles , et conforme à la nature des ouvrages auxquels la fonte est destinée (1). Si c'est à des ouvrages en latin, les lettres m, n, ti, doivent prédominer; si c'est de l'italien, ce seront les a, les t, les o. Pour l'anglais, le nombre des k, t, ^,t£; différera considérablement de ce qu'il en faudrait pour la langue française , où Ve domine, surtout dans les vers.
S** N'employer que d'habiles compositeurs, pour éviter les corrections résultant soit de leur incapacité sous le rapport littéraire ou typographique, soit de leur manque d'attention. Rien n'endommage plus VcHl de la lettre que les corrections, surtout lorsqu'elles sont exécutées par des ouvriers qui se servent maladroitement de la pointe pour enlever les lettres de la forme , car il arrive souvent qu'ils gâtent l'œil de la lettre voisine , parce que la pointe leur échappe ou qu'ils l'appuient sur la lettre qui est à côté. Aussi mon aïeul ne permettait-il point qu'on se servit de pointe dans ses ateliers de composition; l'ouvrier devait soulever la ligne avec ses doigts, puis retirer la lettre, en un mot exécuter la correction sans le secours de la pointe. Qu'eût-il dit s'il avait vu s'introduire l'usage des pinces, bien plus désastreux encore que celui des pointes, usage qui devrait être interdit dans toute imprimerie!
6° Ne se servir que de papiers bien fabri«> qués et exempts de graviers. J'ai vu souvent des fontes de caractères promptement mises hors de service par l'effet du sable, des graviers et ordures que contenaient des papiers fabriqués dans des papeteries dépourvues de sabliers et d'épurateurs.
(i) A cet effet 11 coOTlent de mettre en cottes la fonte tOQt entière et de la composer, afin de connaître par ce qui restera an bardeau quelles sont les tortet surabondantes, que l'on doit rendre an fondeur, et quelles sont celles qui manquent, afin qu'an moyen d'un assortiment les sortes qui se trouvent au bardeau soient égalisées.
Il serait inutile de décrire les anciennes presses et même les piesses modernes, toutes en fonte, et dont les nombreuses transformations ont été une cause de ruine pour les imprimeurs. Les unes ont pour principe la vis ( la presse Stankope) , les autres le levier (U presse Clymer), d'autres encore le plan incliné, soit en dessus, soit en dessous (la presse Frapié), Ces diverses combinaisons se modifient à l'infini; aux unes le levier est brisé, articulé et prend une forme pareille à celle du genou ; il y en a où le contrepoids et le levier qui servent à relever la platine sont heureusement remplacés par la réaction d*un ressort à boudin : telle est la presse dite Albion, que M. Giroudot a imitée dans la presse qu'il a appelée Gutenbergeoise ; d'antres, plus compliquées, encrent à la fois les formes par des rouleaux que fait mouvoir l'ouvrier même qui donne la pression : telle est la presse Hopkinson, ou celle de M. Terzuolo; d'autres enfin , comme la presse de M. Frapié, où ce n'est plus la platine qui descend , mais bien le marbre qui pour donner la pression est soulevé contre la platine, devenue imnoobile, etc., etc.
Les presses noécaniques , soit à cylindre, avec ou sans réaction, soit à platine, varient à l'infini, et sont généralement connues du nom du mécanicien qui les a construites. Ce sont en France :MM. Giroudot, Gavaux, Tbonellier, Tissier, Rousselet , Selligue , Dutartre et Lenormant. Us ont apporté à leurs presses des perfectionnements qui, surtout dans celles de BIM. Dutartre et Leiiormant, ont été remarqués aux dernières Expositions de l'industrie française.
La belle découverte des machines à imprimer a délivré l'impression de tout ce que cette partie mécanique de la profession avait autrefois de pénible ou de repoussant : 1° ]à fatigue des bras pour tirer le barreau de la presse, distribuer Tencre sur les tampons, et toucher les formes pour encrer les caractères ; 2® le dégoût de la préparation et de la manutention des tampons ou balles en laine recouvertes de peau de chien , qui ne donnaient une impression parfaite que lorsque cette peau approchait de l'état de putréfaction (1). L'antique usage de ces balles a été heureusement, et au grand soulagement des ouvriers, remplacé par les rouleaux, composés de colle, ou gélatine, et de la mélasse, dont la proportion varie selon les différents degrés de la température atmosphérique, ce qui nécessite souvent dans la même journée le changement de ces rouleaux.
(1) Souvent on les faisait macérer dans de l'oriDe. La peau de chien, préférable à la peau de mouton, était employée seulement pour des Impressions Inférieures.