LE SECOND CONSEIL GÉNÉRAL
et Duchesne descendirent de la Montagne, où elles et la mère Thérèse formaient, à Grenoble, cette société parfaite dont Mme Barat leur avait dit naguère : « Je veux qu'à vous trois vous fassiez une trinité qui soit l'image de celle du ciel1. » La mère Geoffroy vint de Niort, accompagnée de la mère Emilie Giraud , pour qui le bonheur de se retrouver entre Mmo Barat et Mme Duchesne était depuis longtemps l'objet d'un doux espoir. Enfin la mère Henriette Girard, qui depuis 1811 faisait partie de la communauté d'Amiens, en amena l'assistante Mme Eugénie de Gramont.
Les dispositions que celle-ci apportait n'étaient que trop connues de Mme Barat. Elle ne lui en ouvrit pas moins la porte du conseil. Dans cette jeune professe, un moment trompée, elle voyait une religieuse de grande espérance ; et elle ne doutait pas que l'atmosphère de charité, de sainteté et de vérité qu'elle allait respirer dans cette réunion , ne pénétrât son âme de lumière et de paix.
Les Pères jésuites possédaient, rue des Postes, une chapelle aussi modeste que le reste de leur établissement. C'est là que les mères du conseil vinrent entendre la messe avant l'ouverture de leur assemblée. Le Père de Clorivière leur tint un petit discours sur le sacré Cœur de Jésus, qu'il leur fit envisager comme l'objet spécial de leur dévotion, de leur imitation et de leur apostolat. Il ajouta que l'Église en retirerait de grands fruits; et que ce Cœur sacré, mieux connu et mieux servi, ferait pleuvoir sur la France un déluge de grâces.
Les séances du conseil se tinrent d'ordinaire chez Mrao de Gramont, au couvent des filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve. La chapelle de cette maison possédait une célèbre
i Poitiers, 27 août 1814.
statue de la sainte Vierge, provenant de l'ancienne église de Saint -Etienne -des -Grès. C'était devant cette Vierge, dont l'origine se perdait dans la nuit des temps, qu'au XVIe siècle, un pieux étudiant de Paris, le jeune François de Sales, tenté du désespoir le plus cruel de tous, celui de son salut, était allé s'agenouiller, et avait retrouvé la paix. Le souvenir de cette faveur obtenue par un saint avait fait donner le nom de Notre-Dame -de-la- Bélivrance au modeste sanctuaire qui avait hérité de la précieuse image. Il y avait au même lieu un autel du sacré Cœur où Mme Barat ne manquait pas d'aller prier plusieurs fois le jour. Elle se tenait ordinairement cachée derrière un pilier, en profonde oraison, et là elle élaborait les affaires du conseil dans la lumière de Bieu.
Elle présida les séances. Le PèreVarin y siégeait, assisté par le second rédacteur des Règles, le Père Julien Bruilhet, qui, toute sa vie, devait être un des plus fidèles appuis de la Société.
Le Père Druilhet ou Bolet, comme on l'appelait quelquefois, avait à cette époque environ cinquante ans. C'était un drame que sa vie. Il était d'Orléans; n'étant encore que diacre, il fut préposé comme sous-principal au collège de cette ville; mais bientôt arriva la Révolution, qui le força de s'enfuir. Il eut beaucoup à souffrir. Rentré à Orléans, il avait dû passer les jours de la Terreur dans le fond d'une cave où une généreuse chrétienne, Mme Gendrier, lui avait procuré une hospitalité intrépidement continuée au péril de sa vie. Plus tard, en 1811, ayant soutenu l'autorité du Pape contre les attentats schismatiques de l'Empereur, il se vit poursuivi avec acharnement , et contraint de se cacher trois ans dans le bourg de Ravenel, à quelques lieues de Cuignières. Enfin, redevenu libre, il se lit
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jésuite. Nous avons vu alors son supérieur l'associer avec le PèreVarin, pour mettre la dernière main aux Constitutions. Ces deux hommes semblaient faits pour se compléter l'un l'autre. Le Père Druilhet n'avait pas l'entrain militaire, l'enthousiasme sacré, l'inspiration sainte qui caractérisaient le Père fondateur. C'était le calme, la lucidité, la mesure d'un esprit organisateur, avec l'aménité et l'onction d'un cœur possédé par la grâce. Il imprima ce caractère aux Constitutions; et les mères conseillères qui l'entendaient expliquer cette législation de charité, croyaient voir revivre dans sa personne quelque chose de la sainteté douce et distinguée du Père de Tournély.
Le travail que venaient présenter les deux Pères était absolument neuf. <c L'essai d'Amiens manquant entièrement d'ensemble, raconte Mmc Barat, il parut plus convenable de refaire le travail entier et de ne consulter pour cela que le premier plan et les premières idées sur lesquelles avait été fondée la Société, dont la lin essentielle est d'être consacrée à la gloire du sacré Cœur de Jésus 1. »
Cette fin fut énoncée dès les premières pages, dans une sorte de sommaire qui, sous le titre de Plan abrégé de l Institut, donne les lignes générales de l'œuvre tout entière. Le sacré Cœur y remplit tout; et les mères du Conseil purent comprendre quels étaient le sens de ce nom, la portée de ce culte, l'importance de cette institution, quand elles entendirent la lecture de ce prologue, si simple et si grand :