‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 59 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE VII

pures et suppliantes étaient toujours tendues vers lui? La ferveur de ses enfants, déjà si admirable, s'était encore accrue par l’imminence du danger ; la colonie comptait autant de saints que d'habitants. Exposés chaque jour à tomber sous les balles des Iroquois, ils se tenaient sans cesse prêts à mourir en héros chrétiens ; ils s'étaient même engagés publiquement par un vœu à se confesser et à communier au moins une fois le mois. Aussi, pendant que la guerre sévissait au dehors, au dedans fleurissait une paix inaltérable. L'union, la concorde, cimentées par la piété, liaient tous les citoyens. Chaque habitation avait été placée sous la protection d’un saint, et tous les jours, matin et soir, le chef de la famille, entouré de sa femme, de ses enfants et de ses serviteurs agenouillés au pied de l’image du saint patron, récitait à haute voix la prière, suivie de l’examen de conscience et des litanies de la sainte Vierge !.

« Si la vie était si pure aux derniers échelons de la société canadienne, on peut juger de sa perfection parmi les chefs qui en étaient les guides et l'exemple. Pendant que le nouveau gouverneur, M. d’Ailleboust, continuait les précieuses traditions léguées par son prédécesseur, que les missionnaires jésuites donnaient leur septième martyr à l'Église, que M. de Maisonneuve, avec une poignée de braves, faisait de son corps un rempart à la colonie, que les Hospita-

1 Relation des Jésuites, Lettre du Père Ragueneau, 1651, page 2.

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lières se consumaient auprès du lit des malades, les Ursulines recueillaient les débris encore tout tremblants de cette jeune génération indienne échappés au massacre des Iroquois, et leur apprenaient à tourner leurs cœurs vers Celui qui essuie toutes larmes et guérit toutes blessures.

« C'est à cette époque que remonte la touchante tradition qui représente la Mère de l’Incarnation assise au pied d'un vieux frêne, dont les antiques rameaux ombragent encore aujourd’hui le cloître des Ursulines, et entourée de petites sauvagesses qu’elle catéchise et console. Quelles pures et intimes jouissances devaient enivrer son âme, quelles actions de grâces devaient monter de son cœur vers Dieu, lorsque, promenant son regard sur ‘out ce qui l’entourait, elle voyait enfin l’entier accomplissement de tous ses vœux: ce pays sauvage ouvert à son apostolat, ces chères néophytes, et surtout ce vaste et beau monastère qui surgissait du sein de la forêt!

« Mais, hélas ! un affreux malheur va dans un moment anéantir cette suave réalité: un incendie terrible, dans une nuit fatale, va réduire en cendres ce précieux asile élevé au prix de tant de sueurs!. »

1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l'Incarnation, Ille partie, ch. vi.

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