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avait été épuisé ; les étoffles mêmes de leur costume, leurs guimpes, leurs bandeaux, tout avait été employé à panser les malades, Ce ne fut qu'à l'arrivée de la flotte du printemps qu'elles reçurent les effets indispensables à leur vêtement.
Cependant les lettres de la Mère de l'Incarnation avaient réveillé l’enthousiasme de l’apostolat dans les monastères de Paris et de Tours. Toutes les religieuses de ces saintes communautés brülaient du désir de venir partager les fatigues et la vie crucifiée de leurs sœurs du Nouveau Monde.
La Mère de l’Incarnation n'avait cependant pas déguisé les rudes labeurs de cette vie. Elle en avait, au contraire, tracé l’Apre peinture dans toute sa rigidité.
“ Pour goûter la vocation du Canada, écrivait-elle à la supérieure de Tours, il faut de toute nécessité mourir à tout ; et si l'âme ne s'efforce de le faire, Dieu le fait lui-même, et se rend inexorable à la nature, pour la réduire à cette mort,
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qui, par une espèce de nécessité, l'élève à une sainteté éminente. Je ne puis vous dire ce qu'il en coûte pour en venir là.”
Et dans une autre lettre où elle annonçait une perte cruelle qu’avaient subie toutes les communautés de Québec.
“ Ce ne sont pas ces choses-là qui font souffrir, mais c’est une certaine conduite de Dieu sur l'âme, qui est plus pénible à la nature que les tortures et les gènes.
Lorsque je vous dis que les ouvriers de l'Evangile sont morts, et que leur vie est cachée en Dieu, c’est qu’ils ont passé par cette conduite, se joignant à Dieu. et se rendant avec lui inexorables à eux-mêmes, pour faire mourir toute vive cette nature, qui est si nuisible aux parfaits imitateurs de Jésus-Christ. Il me semble que je vous vois dans l’impatience de savoir si j'ai tant souffert ; oui, mon cœur ne vous peut rien céler ; et je ne suis pas encore au bout. Aussi ne suis-je pas arrivée à la perfection de ceux dont je vous parle. ”
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Mais loin de les intimider, l'excès même de ces tribulations alimentait l'enthousiasme religieux des Ursulines de France. Sur les instances réitérées de la supérieure du monastère de Paris, l’archevèque consentit à accorder deux religieuses à la mission du Canada. La Mère Marguerite de Flécelles de Saint- Athanase et la ‘Mère Anne le Bugle de Sainte-Claire arrivèrent à Québec le 7 juillet 1640.
Cette nouvelle recrue fut accueillie avec allégresse, mais fit songer plus que jamais à la nécessité absolue de commencer sans délai la construction du monastère, que la faiblesse des moyens avait fait retarder jusqu’à ce jour. On comprend à peine comment leur étroit logis pouvait servir d'asile à un si nombreux personnel. Outre les cinq religieuses, le pensionnat se composait de quinze à dix-huit élèves sauvages, sans compter les élèves externes qui fréquentaient les classes.
“ Je vous dirai comment nous pou-
vons Lenir tant de personnes en un ai petit ion. L'extrémité dos chambres est divisée on cabanon fnites d'ais de pin: un litest placé près de terre, et l'autre comme au plafond, en sorte qu'il v faut monter avec une échelle, Avec tout cela nous nous estimons plus hou:
rouses que 8i nous étions dans le monnstère le plus accommodé de ln France.’
Un autre inconvénient résultait de l'arrivée des Ursulines do Prris, isaues d'une branche de la famille sainte Ursule, différente de celle de Tours.
Outre la diversité des costumes, les doux communautés n'étaient pas soumises aux mêmes constitutions, celle de Paris s'enwageant, par un vœu solennel, à l'éducation de la jeunesse,
Une telle diversité ne pouvait subsister dans le même monastère sans altérer l'harmonie, et entrainer de graves difficultés. La Mère de l’Incarnation se vit donc dans la nécessité de travailler à fondre ies deux constitutions, afin d'établir l’uniformité, tout en les adaptant
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au besoin du pays, Lan solution d'une question ai délicate cxigenit un jagement exquis, el une prudence consommée.
La Mère do l'Inenrnation, éclairée des lumières qu'elle puisnit dans ses ineffnblon colloques avec Dieu, ÿ consacra toute l'ardeur de son zèle, À In suite de longues conférences avec ses sœurs, elle réussit autant par l'entrainement de son
exemple et de son incomparable piété, que par l'ascendant de son grand esprit,
À opérer l'union désirée, et à préparer des constitutions uniformes, chef-d'œuvte d'habileté et de sagesse.
Les principaux articles établissaient :
lo. Que les Ursulines de Tours feraient le quatrième vœu particulier aux religieuses de Paris, celui d'instruire la jeunesse ; mais seulement pour le temps de leur séjour en Canada ; de sorte que si quelque raison les obligeait de retourner en France, elles en seraient déliées.
20. Que les Ursulines de Paris adopteraient le costume de la congrégation de Tours.
Ces deux clauses principales réglées, les autres modifications furent accueillies sans difficultés. |
Le projet de constitution ainsi élaboré fut envoyé en France pour recevoir la sanction des deux communautés de Tours et de Paris. Non-seulement il reçut une approbation unanime, maïs il parut si sage et si habilement concerté, qu’il réveilla l’idée de réunir, sous une règle unique, l’ordre entier des Ursulines de France, issu de la double congrégation de Paris et de Bordeaux. La proposition devait même en être faite à l'assemblée générale du clergé de France qui devait se réunir en 1645. Mais diverses circonstances entravèrent cette fusion qui n'eut jamais lieu. Le seul vestige qui en subsista fut le sentiment d’admiration qu'avait excité cette mâle conception, indice d’une pensée aussi vaste que puissante, et d'une connaissance étonnante du cœur humain. La Mère de l’Incarnation fut regardée comme une des femmes les plus remar-
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quables de son époque, si féconde cependant en femmes illustres ; elle eut autant d’admirateurs de son génie, qu'elle en avait eu de sa sainteté.
* Cependant les lettres d'approbation étant arrivées en Canada, la Mère de l'Incarnation s’occupa de faire mettre en vigueur les articles d'union. Ils furent signés par toute la communauté, le 8 septembre 1641, en présence du Père Vimont, supérieur des Jésuites. Ces règles toutefois n'étaient que provisoires ; elles furent suivies jusqu’à l’année 1647. Alors, à la prière des Ursulines, des constitutions conformes aux premiers engagements, et adaptées au pays, furent rédigées par le P. Jérôme Lale-
: < \ * mant. ‘ On les observa jusqu’à l'année
1682, époque à laquelle les Ursulines de Québec s’affilièrent à la congrégation des Ursulines de Paris, à la suggestion de Mgr de Laval.” !