‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 57 · Il succédait au P. Le Jeune · texte numérisé non relu

Il succédait au P. Le Jeune

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en moi-même les miséricordes de Dieu, qui me dirigeait avec tant d'amour. ”

M. de Bernières vint les conduire jusque sur le navire, accompagné du P.

Lalemant ; il ne cessa de leur prodiguer, jusqu'au dernier instant, les attentions les plus touchantes. Ce grand serviteur de Dieu eût bien souhaité de les suivre jusqu'au-delà des mers, et de s’attacher pour toujours à leur œuvre de dévouement ; mais il comprenait qu'il leur rendrait plus de services en restant en France, pour veiller à la fortune de madame de la Peltrie et travailler au soutien de la fondation. En effet, sans l'intérêt continuel qu'il y prit jusqu'à sa mort, et les peines incessantes qu’il se donna, les religieuses eussent été contraintes de repasser en France. Mais ce qu'il ne put faire par lui-même, il le fit plus tard par un de ses neveux, qui passa, quelques années après, au Canada, et qu'on peut compter parmi les plus saints prêtres qui aient fécondé cette Eglise naissante.

“ Enfin, ajoute la Mère de l’Incarnation, il fallut se séparer avec bien de la douleur, et quitter notre ange gardien pour toujours. !: On étend les voiles, le vent nous emporte, et je quitte la France pour n’y plus retourner jamais, et dans une ferme résolution de consacrer ma vie au service des nations sauvages pour les assujétir à leur Roi légitime, mon céleste et divin Epoux.”

Le ciel et la nature semblaient s'unir pour assurer à l'équipage une heureuse traversée. Le vaisseau, incliné sous ses blanches ailes gonflées par la fraîche brise, qui descendait, tout embaumée, des côtes de la France, cinglait rapidement sur les eaux de la Manche. Le spectacle enchanteur d'une mer éclatante, sous un ciel d'azur, aux rayons du soleil levant, épanouissait toutes les espérances, et répandait la sérénité dans tous les cœurs.

Mais à peine le groupe des passagers,

1. M. de Bernières mourut plein de jours et de mérites, le 8 mai 1659.

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= 00 réunis sur le pont du navire, avait-il salué, d'un dernier et mélancolique regard, cette terre mille fois aimée de la France, qui s'éloignait rapidement derrière le vaisseau ; à peine les lignes blanchâtres des rivages de la Normandie avaientelles disparu sous les flots, qu’un danger éminent faillit engloutir d’un seul coup tant d’espoirs à la veille de se réaliser. Plusieurs voiles, dont le nombre croissait à chaque instant, s’élevaient à l'horizon ; et bientôt ils reconnurent une flotte espagnole de plus de vingt vaisseaux, qui se dirigeait sur eux. Le capitaine ne vit d'autre ressource pour éviter de tomber entre leurs mains que de longer de près la côte d'Angleterre.

Cette manœuvre habile les sauva.

La traversée fut longue et orageuse.

Cependant, à l'exception de treize jours pendant lesquels le vaisseau fut trop violemment balloté par la tempête, les missionnaires purent célébrer la sainte messe, et les religieuses eurent la consolation de participer chaque jour au ban-

quet sacré. La petite communauté réunie dans une chambre spacieuse et présidée par le P. Vimont, offrait par sa ferveur l’image de la vie paisible et recueillie du cloître. La méditation se faisait régulièrement chaque matin ; et l'office canonial récité en chœur par les religieuses, les Ursulines d’un côté, les Augustines de l’autre, rompait par sa douce psalmodie les longues heures du jour.

Quelle harmonie plus sublime que celle de ces voix pures dont le sourd murmure de la vague, qui venait battre les flancs du navire, marquait la majestueuse cadence ! Quel plus magnifique contraste que cette oasis paisible, habitée par des anges visibles protégés par les esprits célestes, et flottant au milieu du désert de l’océan en fureur !

Cependant la violence des vents avait poussé le vaisseau vers les mers du nord.

Un matin, jour de la fête de la Sainte- Trinité, pendant qu’on chantait les derniers versets de l'office, un cri d’effroi

retentit tout à coup sur la dunette. En un instant tout l'équipage fut sur le pont et l’on aperçut, à travers une brume épaisse, une énorme montagne de glace que le courant poussait avec impétuosité sur le vaisseau. Elle était si près qu’on entendait la mer se briser en écume sur ses flancs. ‘“ On eût dit une ville flottante. On y voyait, ou l’on croyait y voir des donjons avec leurs créneaux. Les glacons accumulés formaient des flèches et des clochers, dont la cime se perdait dans la brume.” (Comme le vent était trop faible pour en éloigner le vaisseau, le naufrage paraissaitinévitable. Aussi tout le monde se crut perdu ; et le P.

Vimont avait même déjà donné l’absolution générale.

‘“ Pendant tout ce désordre, dit la Mère de l’Incarnation, mon esprit et mon cœur étaient dans la plus grande tranquillité dont il soit possible de jouir ; et je n'eus pas un seul mouvement de frayeur. Ainsi je me trouvais toute prête à faire un holocauste parfait de moi-

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