‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 3)Chapitre 22 sur 31 · PE LÉ ES · texte numérisé non relu

PE LÉ ES

À peine eut-elle repris sa première pratique d’oraison qu’elle se sentit complètement soulagée ; et quoique le violent mal de tête qu'elle avait con-

Après avoir dit qu’en se conformant à cette manière d’oraison enseignée dans ces livres, elle y savourait de grandes délicrs, Sainte Thérèse ajoute : ‘‘ Comme ce profit et ce plaisir se sentent, personne ne m’eût fait retourner à l’Humanit: sainte du Sauveur, dans laquelle je croyais vraiment trouver un obstacle. O Seigneur de mon âme, et mon Bien, Jésus crucifié, je ne me souviens jamais sans douleur de cette opinion que j’ai eue. Je la considère comme une grande trahison dont je me rendis coupable à l’égard de ce bon Maître ; et quoiqu’elle partit de mon ignorance, je ne saurais trop la pleurer ; j'avais été toute ma vis si dévote à Notre-Seigneur..…..

‘« Le temps où je fus dans cette opinion dura très peu, et ainsi je revenais toujours à ma coutume de chercher ma joie dans ce bon Maître, surtout lorsque je communiais. J’eusse voulu avoir toujours devant les yeux son portrait et son image, ne pouvant l’avoir aussi profondément empreinte en mon âme que je l’eusse souhaité. Ai-je bien pu, Seigneur, avoir en l’esprit, même une heure seulement, cette pensée que vous me dussiez être un obstacle dans la voie d’un plus

nd bien ? Et d’où me sont venus à moi tous les biens, si co n’est de vous ? Je ne veux point penser qu’en ceci, j'aie commis de faute, car j’en éprouve une trop vive douleur, et certainement ce n’était que de l’ignorance. Aussi, vous êtes-vous hâté d’y apporter remède ; dans votre bonté, vous m'avez envoyé des personnes pour me tirer de cette erreur ; vous avez fuit plus, vous avez daigné vous montrer à moi très souvent ; c'était, 6 mon Maître, pour me faire comprendre plus clairement combien grande était cette erreur, pour que je le fisse comprendre à plusieurs autres à qui je l’ai dit ; enfin, pour me le faire écrire maintenant en cet endroit. Quant à moi, je suis convaincue que si plusieurs âmes, arrivées à l’oraisor d’union, n’avancent pas davantage, ou ne parviennent pas à une très grande liberté d'esprit, ce qui les arrête, c’est cette fausse idée.”” Sainte Thérèse, Sa vie écrite par elle-même, chap. 22.

tracté ne cessât de la tourmenter pendant deux années entières, elle n’en continua pas moins de marcher à grands pas dans les voies de la perfection qui s'ouvraient chaque jour plus larges devant elle, sous la sage conduite de son nouveau directeur. Elle ressentit de plus en plus un ardent désir des souffrances et des humiliations, et elle ft au comble de ses vœux lorsqu'elle vit qu’elle pouvait en rencontrer tous les jours des occasions dans la nouvelle situation où elle se trouvait chez sa sœur. Aussi n’attendit-elle pas qu'on lui prescrivit aucun emploi : elle choisit elle-même ce qu'il y avait de plus pénible et de plus humiliant : le service des domestiques et de la cuisine. Comme elle prenait grand soin de cacher les talents naturels qu'elle possédait, Dieu permit qu’on vint à se persuader qu'elle n'était capable d'aucun auire emploi, et que les domestiques mêmes, profitant de son silence, de sa douceur et de son obéissance, la traitassent avec hauteur,

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jusqu'à s’attribuer une espèce d'autorité et d’empire sur elle. Mais ces mauvais traitements et l'étrange conduite de son beau-frère et de sa sœur, à son égard, loin de la rebuter et de l’aigrir contre eux, ne servirent qu'à lui faire aimer davantage sa condition ; elle croyait y trouver autant de trésors qu'elle y rencontrait d’humäiations et de mépris.

‘4 Je faisais, dit-elle, l'office de servante envers les domestiques de mon frère et de ma sœur, et quelquefois j'en avais cinq ou six de malades sur les bras. Je n'avais garde de souffrir que d’autres en prissent soin, et jusques aux choses les plus viles, je n’eusse pas voulu les laisser faire aux servantes ; meis je les faisais en cachette, en sorte que quand elles se présentaient pour s’en acquitter elles trouvaient tout fait.”

Telle fut la vie de la servante de Dieu, pendant l’espace des trois ou quatre premières années qu'elle demeura chez sa sœur ; années de joie et de bonheur pour elle, car au milieu de cette vie

abjecte et de ces actions basses et humiliantes, pour lesquelles la nature a ordinairement tant de répugnance, l'amour dont son âme était embrasée pour Jésus- Christ lui faisait trouver une allégresse incroyable. La joie de son cœur était si grande dans les humiliations qu’elle en concevait même du scrupule. Elle crut devoir s’en ouvrir à son directeur dans la crainte qu'ii n’y eût du péché ou de l'imperfection. Tel était même son amour pour la souffrance, qu’elle prenait plaisir à se brûler elle-même, lorsqu'elle travaillait près du feu, en pensant à l'amour divin dont elle souhaitait d’être consumée. Tant d'héroïsme et de constance dans les hu niliations, tant d'amour pour les souffrances, tant de fidélité aux grâces du ciel ne pouvaient manquer d'attirer sur elle une surabondance de dons célestes ; car Dieu ne sollicite l'amour de sa créature que pour l’inonder de ses bienfaits. Et dès que l’âme y correspond, un abîme de grâces attire mille autres abîmes. Aussi la Majesté

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divine la disposa-t-elle par une dernière faveur à entrer dans une nouvelle phase de perfection, en lui inspirant l’idée la plus sublime de la pureté qui doit orner une âme pour être digne de lui être entièrement consacrée, et de participer aux chastes noces de l’Époux.

Un jour, dit-elle, que j'étais en oraison devant le Saint-Sacrement, je me trouvai dans un grand recueillement intérieur, et il me fut montré que Dieu était comme une grande mer qui rejetait de lui tout ce qui ressent la mort et l’impureté. Il m'instruisait par là qu'il voulait de moi une très grande pureté d'âme ; ce qui me donna une telle délicatesse intérieure, que le moindre atome d’imperfection me semblait une monstrueuse impureté, qui séparait mon âme de ce Dieu de pureté. Je ne voulais autre chose qu'être abimée dans cette grande mer, de crainte d’amasser des souillures, qi ne me rendissent indigne d’être toute à Dieu. Je ne faisais que dire, à pureté ! à pureté ! cachez-moi en

vous, Ô grande mer de pureté ! rien ne me pouvait distraire ; et il me semblait que cette grande mer eùt rompu ses bornes sur 1aoi, que j'y étais toute subnergée, et que je perdais de vue toute autre chose.”

Ainsi la plus solide humilité jointe à l’abnégation la plus parfaite, et une pureté de cœur séraphique, telle: furent les deux ailes qui furent données à cette colombe du Seigneur, pour s’élancer vers le ciel, et s'élever à des hauteurs tellement inaccessibles que l'œil a peine à l'y suivre, et qu’elle seule pourra nous en raconter les divines splendeurs.

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