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rendait ainsi gaie et allègre, car je ne trouvais aucun charme au milieu du siècle, ;
Ce n’était pas sans un profond dessein providentiel que notre bienheureuse se trouvait j-tée au milieu du tumulte des affaires Les plus compliquées et les plus difficiles. La sagesse divine la préparait ainsi au grand ouvrage qui devait être le but de toute son existence.
Elle le reconnut clairement elle-même plus tard. “Je vois maintenant, écrivait-elle de la Nouvelle-France, que tous les états, épreuves et travaux par lesquels je suis passée étaient une disposition pour me former à l’œuvre du Canada. (C’a été mon noviciat, d’où néanmoins je suis sortie loin d’être parfaite, mais pourtant, par la grâce de Dieu, en état de porter les embarras et les travaux de la Nouvelle-France.”
Cependant elle ne cessait de soupirer jour et nuit après l’urion mystique dont le Seigneur lui avai fait la promesse.
Dans l'ardeur de sa flamme et pour
obéir à l’ordre qu’elle en avait reçu, elle ne lui donnait plus d'autre nom que celui d'Amour. Car étant un jour en oraison et s'adressant à Notre-Seisneur avec les plus profonds sentiments de respect et d’humilité, elle entendit ce divin Sauveur lui dire avec une ‘neffable douceur : “ Tu m'appelles tou grand Dieu, ton Maitre, ton Seigneur, ot tu dis bien, car je le suis. Mais aussi je suis charité. L'Amour est mon nom, et c’est celui que je veux que tu me donnes. Il n'y en a point qui me plaise davantage, ni qui exprime mieux ce que je suis à l'égard des hommes. ”’
À ces paroles, son âme fut inondée d'une douceur inexprimable, Ce nom adorable se grava dans son cœur en traits de flamme, et, dans la suite, lorsqu'elle s'adressait à Jésus-Christ, ou qu’elle parlait delui,elle ne l’appelait plus autrement que son Amour, son très pur et très chaste Amour.
Du jour où elle avait vu tomber devant elle les chaînes qui l’attachaient
au monde, elle avait senti se réveiller en son âme, avec plus de force que jamais, les violents désirs qu'elle avait ressentis dès sa plus tendre enfance pour la vie religieuse. Æ£lle communiqua ses pieux desseins à son directeur.
Ma fille, lui répondit le saint homme éclairé de Dieu, le Seigneur, qui dispose de toutes choses avec force et suavité, vous réserve un jour ce bonheur, mais il reste un dernier lien qui vous retient dans le siècle. Vous devez y rester encore quelque temps pour surveiller l'éducation de votre fils.” L’héroïique femme courba son front avec résignation sous l’ordre du ciel ; mais dès lors son corps seul demeura dans le siècle, son cœur s'était envolé vers le cloître.
Chaque jour apportait un nouveau degré à son éminente sainteté. Le Seigneur lui ayant découvert les trésors infinis cachés dans les conseils évangéliques, elle conçut la pensée d’ajouter au rœu de chasteté qu'elle avait déjà fait, ceux de pauvreté et d’obéissance.
Après un müûür examen, son confesseur lui accorda la con-olation de ls prononcer. Ainsi elle pratiquait dans le siècle les vertus du cloitre, et elle satisfaisait, autant qu il était en eile, aux ardents désirs qui la dévoraient d'embrasser la vie religi-use. “ Mon vœu d'obéissance, écrit-elle, était pour mon dir :cteur, pour mon frère et ma sœur, auxquels j obéissals comme un enfant obéit à son père et à sa mère. Dieu seul connait ce qu'il y avait à souffrir en c tte sorte d'obéis.
sance, mais sa bonté me tralitait encore avec trop de douceur. Pour la pauvreté, je n'avais rien à mon u-ag:que ce que ma sœur me donnait ; mais elle était si bonne et si charitable qu'eil: m accordait plus que je ne voulais. Quant aux intérêts de mon fils, je les confiais à la providenc+ de Dieu, qui m inspirait d'en agir ainsi; Car comme j: trouvais des biens infinis dans :a pauvreté d'’esprit, je ne pouvais lui procurer que ce trésor inestimable, de sorte que je ne faisais rien ni pour lui, ni pour moi.”
Mais si cette héroïque mère ne mettait aucune borne à ses généreux sacrifices, Dieu de son côté n’en mettait point à ses libéralités. Après qu'elle eut prononcé ses vœux d’obéissance et de pauvreté, le Seigneur lui fit don d’une des grâces les plus précieuses qui aient jamais enrichi son âme.
“ Un jour que j'éteis en oraison, continue-t-elle, et que je prodiguais mes caresses à mon divin Jésus, il me dit au cœur ces paroles : Pax huic dor.ui. Ce fut un nouveau charme pour me consumer d'amour ; car cette parole fut plus pénétrante que la foudre ; et elle eut un tel effet que jamais depuis je n’ai perdu la paix intérieure un seul moment, quelque croix que j'aie eu à supporter ; et à l'heure que j'écris ceci, il y a déjà plus de huit ans que cela est arrivé. Il n’y a rien d'heureux en cette vie comme la possession de cette paix. C’est une nourriture du paradis et une vie de Dieu, qu’il nous fait goûter dès cette vie, comme un gage de celle dont nous jouirons dans l'éternité. ”
Cette source intarissable de paix, que le Seigneur avait fait jaillir de son cœur, ne se répandait pas seulement dans toutes ses facultés, mais débordait encore sur le prochain. L'on sentait en l’approchant et en conversant avec elle une atmosphère de calme et d’inaltérable sérénité.
Cependant l'attente des éternelles fiançailles, auxquelles l'avait conviée l'Epoux sacré des âmes, la faisait languir de plus en plus, et arrachait de ses entrailles d’inconsolables gémissements Elle cherchait dans la communion journalière un soulagement à sa douleur, et s’unissait à lui par la foi et par l’amour, en attendant cette autre union plus intime, dont elle ignorait encore les mystères. Cependant quoiqu’elle possédât son bien-aimé tout entier dans la communion, elle sentait de nouveau s’allumer dans son âme, après la consommation des saintes espèces, la soif insatiable qui la consumait. Alors dans son ardeur de s'unir à lui sans retour,
elle se prenait à désirer la mort, et s'écriait en gémissant avec l'Epouse des Cantiques : ÆEnseisnez-moi, mon bienaimé, où vous prenez volre repas, el où vous reposez dans la chaleur du midi.
# Quoiqu'il fût en moi, continue-t-elle, il semblait fuir loin de moi, et se retirer dans la lumière inaccessible où les Séraphins mêmes ne peuvent pénétrer. ”
Son corps exténué par les fatigues, brisé par les austérités et les macérations, puisait une force miraculeuse dans l’aliment céleste. On ne peut, en effet, expliquer autrement la vie d’inconcevables mortifications qu’elle menait. Cependant ce que nous en avons vu jusqu'à présent ne peut en donner qu’une bien faible idée ; car les pénitences auxquelles elle s'était déjà condamnée n'étaient rien en comparaison de celles qu'elle s’infligea par la suite.
Souvent elle se levait dans l'obscurité de la nuit, au cœur de l'hiver, et lorsqu’elle était toute transie de froid, elle s’armait d’une discipline et se déchirait
impitoyablement., Elle se revêtait ensuite d’une haire dont les nœuds et les épines pénétraient dans les plaies qu’elle venait de faire et prolongeaient ainsi ses horribles soufliances ; c’est dans cet état qu'elle allait se jeter sur son misérable grabat pour prendre quelques instants de repos.
Durant l'été, elle se servait d2 diseiplines d’orties, dont les tortures étaient si cruelles qu'elle n’eût pas souffert davantage si elle se fût plongée tout entière dans une chaudière bouillante.
Cette douleur était telle qu’en touchant des charbons ardents, elle n’en ressentait pas les brûlures. Les effets s’en faisaient sentir pendant trois jours consécutifs ; alors elle recommencçait et y ajoutait de nouvelles rigueurs en se frappaut avec une discipline de chaînes.
Son lit consistait en une simple planche qu’elle recouvrait d'un cilice, et sur laquelle elle prenait quelques heures de repos. À force de coucher ainsi sur le bois, le côté sur lequel elle reposait
habituellement devint complètement insensible. Cette mortification fut pour eile plus pénible qu'aucune autre ; car la dureté du bois et la pesanteur de son corps faisaient entrer les crins de son cilice dans la chair ; de sorte qu’elle en ressentait toujours les piqûres et pouvait à peine dormir. Pendant ses repas, elle mêlait de l’absinthe à sa nourriture ; et dans le cours de la journée, elle en gardait presque constamment dans sa bouche, pour en savourer l’amertume à longs traits. Mais ses parents s'étant aperçus que cette habitude détruisait sa santé, lui en interdirent l'usage.
Parfois elle allait passer la nuit dans une caverne située dans un lieu écarté, aux environs de la ville, et là elle demeurait de longues heures à prier et à se donner de cruelles disciplines.
Cependant ces pénitences excessives loin d’altérer la vigueur de son tempérament, semblaient au contraire lui donner de nouvelles forces pour se livrer à des austérités plus extraordinaires
encore. Son confesseur y voyait si évi demment les opérations de la grâce, qu'il n’osait les lui défendre. Elle-même semblait incapable de s'opposer à l’irrésistible besoin de souffrances qui la tourmentait : ‘“ Quoique l'inspiration se fit sentir avec une grande paix, elle avait cependant tant de force et de persuasion qu'il me fallait aller où elle me poussait, et je ne manquais pas d’y recevoir de nouvelles grâces et une augmentation de paix intérieure. Avoir toujours son Dieu présent et ne lui pas obéir, cela est impossible ; voir qu'il est l'amour même, cela est encore plus pressant. L'âme ne demande qu’à lui complaire et à faire amoureusement tout ce qu’il veut. À la moindre vue qu’elle a de son inspiration, elle dit : allons, mon Amour, allons à la croix. Alors elle semble voler, tant elle a de désir de contenter Dieu. Mais aussi plus elle souffre, plus elle lui est unie. Elle est entre ses mains comme le fer entre les mains du forgeron, qui le met au feu, le bat sur
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l’enclume et lui fait faire autant de retours qu’il est nécessaire à son dessein. ”
Il semble, après ce martyre d'amour, qu'il ne manquait plus rien à l’héroïque fiancée du Seigneur pour mériter d’être conviée aux noces immortelles. Assez longtemps elle avait marché au-devant de l’Epoux, dans la nuit des plus austères pénitences, tenant toujours sa lampe allumée et remplie de l'huile des plus pures vertus. Mais le Dieu des âmes est un Dieu jaloux ;-et il veut que l’holocauste des affections terrestres soit consumé jusqu’à la dernière étincelle sur l’autel du cœur. Il restait encore à notre sainte une dernière et suprême épreuve à subir avant d’être admise au festin nuptial. Il fallait que ce vase d'élection, déjà purifié par les flammes, fût brillamment ciselé, et enrichi des plus radieuses pierreries, pour que l’Epoux céleste daignât le porter à ses lèvres et s’abreuver du vin de l’amour sans tache dont il était rempli.
Tout à coup elle sentit s’évanouir toutes les consolations intérieures, qui lui avaient donné des ailes dans son vol vers les cieux ; le soleil de justice, dont les rayons éclairaient son âme d’une lumière si vivifiante et si pure, se voila entièrement àses yeux, et les plus épaisses ténèbres s’appesantirent sur satête. Les exercices de piété, auxquels elle se portait naguère avec tant d’allégresse et de charme, ne lui causèrent plus que du dégoût. Les austérités lui devinrent insupportables ; et la servitude volontaire à laquelle elle s'était condamnée chez sa sœur ne lui parut plus qu’un honteux esclavage, indigne d’une personne de rang et d'éducation. À quoi bon, lui soupirait tout bas le tentateur à l'oreille, à quoi bon cette aspiration vers une vie plus parfaite que le commun des fidèles ? À quoi bon cet assujétissement continuel à un directeur ? Ne suffit-il pas d'observer fidèlement les commandements de Dieu, comme tant d’autres chrétiens, pour assurer son salut ?