‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 4)Chapitre 12 sur 49 · NS · texte numérisé non relu

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à terre ; et en envisageant mon habit religieux, je mettais la main sur ma tête pour toucher mon voile et voir si je ne me trompais point en pensant posséder le bonheur d'être dans la maison de Dieu, et une part de son héritage.” Malgré la plus scrupuleuse attention qu'elle avait sur elle-même, la Mère de l'Incarnation ne pouvait garder longtemps le secret d'un don si rare et si précieux ; car le parfum de la parcle sainte, qui inondait son âme et ses lèvres, comme jadis celles du roi-prophète, d'une douceur plus suave qu'un rayon de miel, s'exhalait de lui-même, à son insu, et embaumait tous ses discours. es compagnes ne tardèrent pas à s’en apercevoir, et pendant les heures de récréation, elles se réunissaient autour d'elle, et faisaient tomber la conversation sur les Saintes Ecritures. Aussitôt le souflle divin l’emportuit hors d ellemême, et elle se mettait à disserter avec une éloquence admirable sur le texte sacré. Les novices ravies et émerveillées

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demeuraient des heures entières suspendues à ses lèvres, recueillant avec une religieuse avidité les paroles inspirées que lui dictait l'Esprit-Saint.

“Sœur Marie, lui dit un jour une des novices, expliquez-nous donc ce qu’a voulu dire l'écrivain-sacré par ce passage du livre des Cantiques : Osculetur me osculo oris sut.

La maîtresse des novices, qui se trouvait alors présente, lui fit apporter une chaise et lui ordonna, en vertu de la sainte obéissance, de dire tout ce qui Ini viendrait à l'esprit sur ce passage. Elle obéit avec sa candeur et sa simplicité ordinaires, et commenca, les yeux baissés et d’un air profondément recueilli, la paraphrase du texte sacré. Mais dès qu’elle eut prononcé les premières paroles, sa figure s’illumina tout à coup, un doux sourire effleura sa lèvre, et sur ses traits radieux se peignirent un enthow siasme et une exaltation dont jamais personne n'avait encore été témoin. Un torrent d'éloquence merveilleuse débor-

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da de son cœur avec une fécondité, une abondance et une onction qui transportèrent toutes les assistantes hors d’ellesmêmes. Immobiles, les yeux fixés sur elle, et retenant leur respiration, elles l’écoutèrent pendant longtemps dans le plus profond silence, jusqu’à ce qu'enfin sa parole s'éteignit peu à peu ; et elle entra dans une douce extase. Ses compagnes, pénétrées de respect et de vénération, n’osèrent pas interrompre ce calloque intime et mystérieux, qu'elle continuait avec son céleste Epoux, et dont les anges seuls furent les heureux témoins.

Quand Dieu communique ainsi ses grâces extraordinaires à ses élus, et les remplit des ineffables douceurs de ses consolations, ce n’est que pour les animer à de nouveaux combats, et les préparer à ces épreuves souveraines qui sont le partage exclusif des âmes héroïques. Car la vie des prédestinés sur la terre est l'image fidèls de celle du Grand Crucifié ; et si parfois ce divin Sauveur les conduit sur le Thabor ce nest que pour raffermir leurs pas sur la route du Calvaire.

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Le temps était venu où sœur Marie allait imprimer à sa vertu cette force, cette énergie qui s’acquiert et se retrempe ‘dans l'infirmité.! Les ténèbres se firent soudain dans son âme, et les plus horribles tentations l’assaillirent de toutes parts. Elle se vit en proie à des pensées continuelles de désespoir, d'infidélité, de mépris de Dieu, d'orgueil, de vanité, de blasphème, d'impureté, d'aversion du prochain, et d'un suprême dégoût des choses de Dieu. Toutes ces tentations formaient comme autant de vagues en furie que soulevait la tempête, et qui ébranlaient jusque dans leurs fondements les remparts de sa conscience.

Un ciel d'airain s'était appesanti sur elle, et pas une étoile n’en perçait les épaisses ténèbres. À peine un dernier rayon de paix intérieure luisait-il encore au fond de son âme ; mais si pâle et si lointain qu'il était presque imperceptible.

‘“ Ainsi livrée, sans aucun secours apparent du ciel, aux agitations d’une

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