Le P. de Charlevoix
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conduite si haut dans les voies de la perfection, lui fut enlevé. Elu supérieur du monastère des Feuillants, il fut remplacé dans la direction de notre sainte par un religieux, qui n'avait hérité d'aucune de ses précieuses qualités. Autant l’un était éclairé, prudent et profondément versé dans la conduite des âmes, autant l’autre était aveugle et inexpérimenté. Avant d'avoir suffisamment approfondi l'état de sa nouvelle pénitente, il lui déclara ouvertement que
jusqu'alors elle avait été mal dirigée, et
que ses premières dispositions n'avaient été que de dangereuses illusions.
Cette révélation fut un coup de foudre pour la servante de Dieu, qui demeura terrassée sous le poids de cette sentence inattendue.
Non content d'avoir ainsi tout bouleversé dans sa conscience, il alla jusqu’à l’'abandonner entièrement à elle-même, pendant des moisentiers. L’imprudence d’une telle conduite était extrême, .et aurait pu être fatale, si la Mère de l'In-
carnation n'eût possédé tous les caractères de la femme forte ; cer dans cette agonie de toutes les puissances de l'âme, la tentation du désespoir est presque continuelle.
Pendant deux longues années, elle se vit toujours suspendue sur le bord du précipice, sans pouvoir comprendre quelle main invisible la soutenait audessus de l’abime néant sous ses pieds.
Mais la direction intérieure de l'Esprit- Saint, qui suppléait à l'insuffisance de son confesseur, conduisit heureusement ses pas à travers tous les écueils.
Ce fut au plus fort de ces désolations intérieures qu'eile entendit parler des célèbres poxsessions de Loudun', qui faisaient grand bruit à cette époque.
1. L'histoire des possédées de Loudun est trop connue pour que nous en parlions ici. Mais la cause de ces phénomènes étranges est encore aujourd’hui l’objet de chaudes discussions. La science moderie, qui trop souvent s’est mise au service de l’impiété, s’est éver'uée à leur trouver une cause naturelle ; mais jusqu’à ce jour, elle n’a réussi qu’à inventer des mots nouveaux à la place de véritables raisons. Pour quiconque ne veut pas à tout prix rejeter l’intervention du surnaturel, l’origine démoniaque de ces phénomènes est de toute évidence.
Nous renvoyons ceux qui voudraient approfondir cette question à l’excellent livre de M. de Mirville : Des Esprits, Paris, 1854.
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