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que j'allais faire. Il m'accorda cette grâce. Toutefois, pendant la cérémonie, jeus beaucoup de peine à conserver toute l’attention nécessaire pour ne rien omettre ; et ce ne fut pas sans de grandes difficultés que je parvins à lire la formule de mes vœux. Après la céré-»
monie, j'expérimentai en mon âme des
choses, dont j'ai encore la mémoire bien
récente, mais dont je ne puis rien ex-
primer.
‘‘ Dès que je fus retirée dans ma cellule, ces saillies furent si puissantes, qu’il fallut me prosterner, ne sachant en quelle posture temir mon corps. J'étais si transportée et hors de moi, qu’en marchant par la maison, il me semblait que tout füt mort pour moi. Je ne pouvais entendre ni comprendre que mon divin Époux ; toutes les puissances intérieures étaient retirées au fond de l’âme, où elles étaient toutes avec Dieu, comme dans leur centre, de sorte que l'extérieur demeurait comme privé de sentiment. ” Cet instant de félicité ne fut qu’un
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éclair de bonheur entre deux orages ; les épaisses ténèbres de la tempête se refermèrent bientôt sur ce lumineux sillage tracé par le rayon d'en haut ; car cette grande âme n'était née que pour souffrir. À peine huit jours s’étaient-ils écoulés depuis sa profession, qu’elle se vit replongée dans l’abîime des mêmes angoisses. La seule trace qui lui restât de son bonheur évanoui fut un amour plus ardent pour les croix, et une exaltation toute nouvelle qui lui faisait embrasser avec délices la pauvreté et le dénüment spirituel. Il ne lui restait plus qu'une faible et dernière consolation sur la terre : c'était celle de pouvoir verser de temps en temps toutes ses peines intérieures dans le sein de sa douce et tendre amie, la Mère Supérieure. Mais l’austère pénitente voulut sevrer son âme de cette dernière et suprême consolation, et marcher absolument seule, à travers toutes les aspérités, à la suite de l’Epoux.
Cependant la Mère de Saint-Bernard, touchée de compassion, résolut de cher-
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cher quelque moyen de mettre un terme à ses souffrances. Le Père George de la Haye, de la Compagnie de Jésus, homme éminent par sa sainteté et ses lumières, prêchait alors le carême à la cathédrale de Tours. Souvent il était venu faire des exhortations aux Ursulines, et avait ravi toute la communauté par sa science et ses vertus. Nulle n’en avait été plus profondément touchée que la Mère de l’Incarnation. Des ce moment elle avait éprouvé une vive inclination de s’ouvrir à lui. Mais la crainte de céder à une tentation d’inconstance et de légèreté l'avait toujours retenue. Elle se vit donc au comble de ses vœux, lorsque la Mère Supérieure vint lui ordonner de découvrir l’état de sa conscience au Père de la Haye. Dès la première entrevue qu'elle eut avec ce saint religieux, elle sentit s’évanouir une partie de ses craintes, et renaître cette confiance et cet abandon qu'elle avait eus autrefois avec son ancien directeur. Le Père ne se contenta pas d'entendre l’aveu sincère et
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ingénu de toutes ses tentations ; mais il voulut qu'elle mît par écrit toutes les orces qu'elle avait reçues de Dieu depuis son enfance, et l'usage qu’elle en avait fait, afin de porter un jugement plus assuré sur l’état de son âme.
L'humble servante dé Dieu y consentit, mais à la condition d'écrire en même temps tous les péchés et les imperfections de sa vie.
Dieu lui manifesta à l'instant même qu'il approuvait ce commandement ; ce jour-là, qui était le Vendredi-Saint de l’année 1633, au moment où elle allait se mettre à l’œuvre, il lui mit sa vie tout entière devant les yeux, avec une clarté parfaite sans qu’elle eùt besoin du moindre examen.
Telle fut l’origine de la première relation de sa vie.
Après un mûr examen de ce mémoire, et après avoir consulté le Seigneur, le Père de la Haye lui déclara qu’elle ne pouvait pas douter que c’était uniquement l'esprit de Dieu quil'avait conduite.
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À ces paroles, toutes ses peines se dissipèrent ; son esprit recouvra toute sa liberté, comme si une main invisible l’eût délié des chaînes d’une lourde captivité. Cette heureuse tranquillité dura jusqu'au jour de l’Ascension. Alors un léger nuage vint obscurcir pour un moment cette douce sérénité. ‘“ Il me sembla en ce jour, dit-elle, que Notre- Seigneur, en montant au ciel, emportât avec lui toutes les joies dont il me remplissait, pour me remettre dans l’état de téntations et de croix, où j'avais langui auparavant.
Mais ce nuage ne fut que passager ; car peu après, elle raconte ainsi sa délivrance :
‘“ Un soir que je me promenais par obéissance dans une allée du jardin, fortement unie à Dieu, et lui faisant de nouvelles protestations de vigilance sur moi-même, j'eus un instinct très puissant de m'arrêter et de demander pardon du plus profond de mon cœur à ce divin Epoux, en lui promettant une éternelle
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