Le P. de Charlevoix
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donne la Mère de l’Incarnation, et celle des religieuses que la communauté lui désignera pour compagne. ”
Pendant cet intervalle, M. de Bernières avait conduit Madame de la Peltrie au monastère des Ursulines. La supérieure à la tête de toutes les religieuses l’attendait à l'entrée du cloître. Dès qu’elle parut, toute la communauté, séparée en deux chœurs, entonna le Veni Creator, pendant que lacloche du monastère sonnaïit à toute volée. On la conduisit en triomphe à l’église, où le prie- Dieu, destiné aux visites épiscopales, lui avait été préparé. Après le chant du Te Deum, toutes les religieuses, rangées en hémicycle autour d'elle, s’agenouillèrent ensemble au moment où elle se prosterna pour adorer le Saint-Sacrement. Il y eut un instant de silence solennel et de recueillement plein d’émotion. En se relevant après son adoration, Madame de la Peltrie promena ses regards sur le cercle de figures rayonnantes qui l’entouraient. Elle fut frap-
pée de l'air d’exaltation religieuse dont elles paraissaient toutes animées. ‘ On eût dit, ajoute la Mère de l’Incarnation, que cette bonne Dame avait apporté avec elle la joie du paradis, et que l'Esprit-Saint qui venait d’être invoqué, était descendu sur chacune de nos sœurs, et les consumait du même feu dont furent embrasés les apôtres, réunis dans le cénacle, au jour de la Pentecôte”
Il y eut alors un moment d’enthousiasme indicible ; toutes les religieuses vinrent, l’une après l’autre, se jeter aux pieds de Madame de la Peltrie pour se disputer l'honneur de son heureuse préférence. Elles embrassaient ses ge noux, les arrosaient de leurs larmes, et lui adressaïent des paroles si touchantes que Madame de la Peltrie, suffoquée par son émotion, ne pouvait répondre que par des sanglots.
“ Pour moi, continue la Mère de l’Incarnation, dès que je l’eus envisagée je me ressouvins de cette Dame que j'avais vue en songe, et qui m’accompa
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gnait dans le grand pays qui m'avait été montré. L'ingénuité et la douceur de son visage, son teint, et toutes ses manières m'en renouvelèrent l’idée, et mon cœur se sentit tout à coup uni au sien dans l’œuvre qu'elle allait entreprendre pour la gloire de Dieu, Ce qui me fit encore admirer la divine Providence, ce fut d'apprendre plus tard d'elle-même, qu’en même temps que Dieu me l'avait montrée intérieurement, il lui avait aussi donné les premières inspirations de fonder un séminaire en Canada.” Pendant les trois jours que l’illustre fondatrice demeura dans le monastère, toutes les religieuses se succédèrent l’une après l’autre à sa chambre pour lui renouveler leurs instances, dans la crainte de n'avoir pas été suffisamment remarquées. Comme elles connaissaient l'influence de M. de Bernières sur Madame de la Peltrie, elles descendaient ensuite au parloir, où il passait une partie de la journée, et le priaient d’intercéder -en leur faveur.