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** Mon intime Mère, ‘* Tous vos proches me sont chers, et le sujet qui * vous affige, m'afflige aussi. J'en ai eu connaissance ë 5
jusque dans cette extrérnité du monde, et je vous
dirai que nous avons entrepris, l’espace de dix ‘* semaines, de grandes dévotions et de grandes péni- ** tences en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, “afin qu'il plût à sa bonté d'y mettre ordre et d’opé- ‘rer le salut de celle que vous savez. Indépendam- ‘ment de tout cela, j'ai encore en mon particulier ‘l'affaire fort à cœur. Consolez-vous, mon intime ** Mère, en cette pesante croix.”
Il est peu de r'ersonnes en Canada qui soupçonnent que Mademoiselle de La Vallière ait dû quelque part de sa conversion aux ferventes prières des Ursulines et des âmes pieuses de Québec, et que dans le temps où Bossuet adressait à l’illustre pécheresse ses immortelles exhortations, les innocentes supplications des jeunes Canadiennes de la Nouvelle-France faisaient descendre d'en haut, sur sa parole, des grâces de conversion,
L'imagination trouve de sirgulières jouissances dans ces rapprochements inattendus ; surtout lorsqu'ils se relient à des événements si fameux, à des noms si illustres, à des mémoires s touchantes,.
Cependant les prières de la Mère Angélique et de ses amies n'avaient pu encore arracher à ses royales attaches ce cœur si bien fait pour le ciel. Vainement elle s'était offerte à Dieu en victime d’expiation, prête
à souffrir toute sa vie pour la conversion de sa nièce : les années s'écoulaient sans mettre un terme à ce grand scandale. Mademoiselle de La Vallière était ébranlée, mais non renversée. Enfin son héroïque tante voulut donner à Dieu en sa faveur la dernière marque de charité dont une créature soit capable, ‘ Mon Dieu, s'écria-t-elle, je vous offre ma vie pour le salut de cette chère enfant; oui, je consens que vous preniez mes jours, pourvu que vous lui accordiez une telle grâce de conversion, qu'elle abandonne entièrement le monde, et se consacre à vous dans un cloître.”
Tant de générosité toucha enfin le cœur de Dieu ; il agréa son sacrifice. Aussitôt l'on vit Mademoiselle de La Vallière, dont la volonté avait été jusqu'alors si chancelante entre le devoir et son faible cœur, prendre une résolution si calme et si énergique, qu'en présence d'un tel changement, Bossuet s’écrie tout confondu: ‘* Je parle et elle fait. J'ai les discours et elle a les œuvres. Quand je considère ces choses, j'entre dans le désir de me taire et de me cacher, et je ne prononce pas un seul mot où je ne eroie prononcer ma
condamnation.”
Les amies de la Mère Angélique se hâtèrent de venir lui annoncer cette heureuse nouvelle et la résolu-
tion que sa nièce venait de prendre de quitter le
monde. ‘ Dieu soit béni, s'écria-t-elle, mais cela n'ar-
rivera qu'après ma mort.”
En effet, trois mois après son décès, la chapelle des
Carmélites de Paris offrait un des spectacles les plus attendrissants que la terre ait jamais donnés aux anges.
C'était Mademoiselle de La Vallière, désormais sœur Louise de la Miséricorde, qui, après avoir demandé pardon à la reine, en présence de toute la cour de Louis XIV, venait à vingt-neuf ans, s’ensevelir vivante dans le sépuicre du cloître. La reine elle-même voulut étendre le drap mortuaire sur la jeune pénitente, dont l’âme,—selon l'expression de Bossuet, qui seul peut égaler la parole humaine aux grandes choses, —dont l’âme ne pouvait plus respirer que du côté du ciel. *
On se demande pourquoi, dans ce siècle où tout est grand, même le crime, les plus grands coupables trouvent toujours quelque repentir au fond de leur cœur. Ah! c’est qu’outre cette foi profonde que rien ne pouvait déraciner, il n’y avait pas un seul de ces pécheurs qui n’eût dans sa famille quelque âme
pure cachée au sein d’un cloître, occupée sans cesse à élever des mains sans tache vers le ciel, et à intercé-
der pour le coupable.
Ici, c’est la Mcre de l’Incarnation qui tient le premier anneau de cette chaîne invisible, dont la Mère Angélique enlaça le cœur et l’âme de son heureuse nièce, qui la soutint au-dessus de l’abîme, et la déposa enfin aux rivages éternels.