‹ Histoire de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 34 sur 106 · LEZ · texte numérisé non relu

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Ce fut vers l’année 1635 que la Mère de l’Incarnation entra dans cette nouvelle phase de la vie intérieure.

Un feu si dévorant ne pouvait longtemps demeurer secret; aussi éclata-t-il bientôt au dehors. Il fit une telle impression sur elle qu’elle parut entièrement changée. Communiquant ses ardeurs à tous ses sens, et pénétrant jusque dans la moelle de ses 08, cette flamme réduisit son corps dans un tel état d’exténuation et de maigreur, qu’elle ne fut bientôt plus qu’un squelette vivant ; en sorte qu’elle pouvait dire en toute vérité, comme le Psalmiste : L'ardeur de mon zèle m'a consumé.

Son directeur, appréhendant pour ses jours, lui oraonna de se distraire autant qu’il lui serait possible. Elle fit tous ses efforts pour lui obéir, mais ce fut en vain, et il fallut l’abandonner à la conduite de Celui qui seul tient entre ses mains la vie et la mort.

Cependant l’heure approchait où Dieu allait rompre le sceau des énigmes dont il avait jusqu’alois voilé ses desseins sur elle. Sa vocation pour le Canada allait se dessiner clairement.

Dès son entrée aux Ursulines, un secret pressentiment lui avait dit qu’eile n’y était qu’en passant, et comme un dépôt que Dieu réclamerait à son jour. Elle repoussait toujours cette idée, dans la crainte que ce ne fût un piège de Satan ; mais comme cette pensée revenait sans cesse, elle se vit obligée de s’abandonner, sans examen, entre les bras du Seigneur, ne demandant que l’accomplissement de sa volonté.

Les Ursulines, de leur côté, ne tardèrent pas à remarquer en elle quelque chose d’extraordinaire qui leur faisait dire que Dieu l’appellerait bientôt ailleurs, et qu'elle ne mourrait pas dans leur monastère.

Son directeur était alors le Père Jacques Dinet, recteur du collège des Jésuites de Tours, qui fut, peu de temps après, appelé à la cour de Louis XIII, où il deviut confesseur du roi.

Un jour que la Mère de l’Incarnation lui faisait part de son amour pour l’apostolat, et lui racontait le songe mystérieux qu’elle avait eu à ce sujet, le Père lui dit qu’il n’y avait rien en cela qui ne fût très possible, et que probablement le Canada était le pays qui lui avait été inortré en songe. A cette révélation inattendue, la Mère de l’Incarnation tomba des nues ; car jamais elle n'avait entendu parler du Canada, et il ne lui était pas venu un seul instant à l’esprit qu’elle dût jamais contribuer à la conversion des infidèles autrement que par ses vœux et ses prières.

A quelques jours de là, étant au chœur en oraison, elle fut ravie en extase, et la vision qu’elle avait eue en songe lui futreprésentée de nouveau avec les mêmes circonstances ; et elle entendit une voix qui lui dit: “ C’est le Canada que je t’ai fait voir, et il faut que tu ailles y fonder une maison en l’honneur de Jésus et de Marie.”

‘Ces paroles, qui portaicat esprit et vie dans mon âme, continue la servante de Dieu, me réduisirent dans un anéantissement indicible. J’eus néanmoins assez

de force pour répondre : O Dieu éternel! vous pouvez tout, et moi je ne puis rien. Mais aidez-moi, me voilà prête. Dès ce momentet sans aucune réflexion, ma volonté fut unie à Dieu ; d’où s’ensuivit uneextaseamoureuse, dans laquelle cette infinie bonté me fit des caresses qu'aucune langue humain ne saurait ex-

primer.

‘Je ne vis plus ensuite d'autre pays pour moi que le Canada ; et mes courses ordinaires étaient parmi les Sauvages, avec les missionnaires.”

Sur ces entrefaites, la Mère de l’Incarnation reçut du Père Poncet de La Rivière, missionnaire de la Compagnie de Jésus qu’elle ne connaissait pas, une lettre accompagnée d’une Relation des Missions du Canada. Ce saint religieux, qui a arrosé et fécondé les sillons de la Nouvelle-France de ses sueurs et de son sang, rendait compte à notre Mère de sa vocation pour ces missions. Et quoiqu'il n’eût pu être instruit par aucune voie humaine de ses élans pour l’apostolat, il lui envoya en même temps, comme symbole d'invitation, un petit bourdon qu’il avait apporté de Notre-Dame de Lorette.

‘Je vous envoie, écrivait-il, ce bourdon pour vous convier d'aller servir Dieu dans la Nouvelle-France.”

La Mère de l’Incarnation fut ravie de cette invitation ; néanmoins elle n’osa y répondre autrement que par de vagues remerciements, tant cette entreprise lui paraissait au-dessus de ses forces et de sa condition.

Mais tandis qu’elle ne songeait qu’à bien s'assurer de la volonté de Dieu, et à se mettre en état de l’exécuter, la Providence ménageait à son insu les moyens de faire réussir les desseins qu’elle avait sur elle. *

* Le P. de Charlevoix,

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