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témoignage plus éclatant de la sainteté de cette femme extraordinaire, qu’en la jugeant mûre pour une telle oblation.
Mais Dieu avait aussi des vues particulières sur notre Mère en lui inspirant cet acte héroïque : il voulait ceindre ses reins pour de nouveaux combats; il voulait en faire une des colonnes les plus fermes de l'Église du Canada, que l’esprit de ténèbres menaçait en ce moment même d’engloutir dans une mer de sang. L'année 1649 ouvre en effet une période de calamités et de sanglantes persécutions pour cette jeune chrétienté. Nous avons raconté ailleurs * les désastres et la dispersion tragique de cette nation huronne évangélisée au prix de tant de sueurs depuis plus de vingt ans (1628), et enfin convertie à la veille de sa destruction. (Cette navrante nouvelle fut apportée à Québec par le P. Bressani ; elle répandit la consternation dans toute la colonie. Mais nul n’en ressentit le contre-coup avec plus de violence que la Mère «|: l’Incarnation. Son âme fut déchirée au récit des horribles supplices infligés aux PP. de Brebeuf et Laicmant, et de l’anéantissement de cette Église de: Hurons qui promettait une si belle moisson pour le ciel. Les tristes débris de cette nation, décimés par la famine, la guerre et l'épidémie, vinrent, sous la conduite du P. Raguenau, se réfugier à Québec, seul endroit où ils se crussent à couvert de leurs implaca-
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* Voir l’Introduction.
bles ennemis.* Ils dressèrent leurs cabanes autour de l'hôpital de l’Hôtel-Dieu.
Attendrie à la vue de tant d’infortunes, la ville entière tendit les bras à ces pauvres fugitifs, qui arrivaient dénués de tout, frappés de stupeur, et exténués de fatigue et de misère. ‘Ah! que ce coup me fut terrible! s’écrie la Mère de l’Incarnation. C'était la chose la plus pitoyable qui fût encore arrivée dans cette nouvelle Église. Les révérends Pères qui étaient demeurés vifs avaient plus souffert que ceux qui étaient morts. À la vue de ces âmes consommées en vertu, dans lesquelles Jésus-Christ vivait plus qu’elles ne vivaient elles-mêmes, et dont la sainteté était si visible à tout le monde, chacun était ravi. Ils nous amenaient les faibles restes de leur troupeau, environ quatre ou cinq cents chrétiens, échappés à la fureur de leurs ennemis. Dans l’affliction que je ressentais en mon âme, la seule consolation qui me restait en voyant ces pauvres fugitifs, était de me voir proche d’eux et de pouvoir instruire leurs enfants. Dans ce but, Notre- Seigneur m'inspira d'étudier leur langue, que je n'avais pas encore apprise; car à notre arrivée dans ce pays, je laissai ce soin à la Mère de Saint-Joseph pour m’appliquer à l’étude de l’algonquin et du montagnais, dont nes avions plus de besoin alors. Les citoyens firent leur possible pour assister ces malheureux
* Ils arrivèrent à Québec le 28 juillet 1650
exilés ; mais les maisons religieuses, Madame de La Peltrie, et surtout les PP. Jésuites, y contribuèrent pour la plus grande partie. Comme j'étais dépositaire, c'était moi qui distribuaïs la nourriture et les vêtements à ceux dont nous nous étions chargées, ce qui était pour moi un sujet d’intarissables consolations.” La Mère de l’Incarnation se mit à l’étude de la langue huronne avec toute l’ardeur de la jeunesse. ‘ Vous riez peut-être, écrivait-elle à son fils, de ce qu’à l’âge de cinquante ans, je commence à étudier une nouvelle langue; mais il faut tout entreprendre pour le service de Dieu et le salut du prochain.” Elle eut pour premier précepteur le P. Bressani, naguère captif chez les Iroquois et délivré miraculeusement après avoir été torturé par le fer et le feu. Le saint martyr venait chaque jour s'asseoir près de la grille du monastère, et lui enseignait, avec une patience admirable, les rudiments de l’idiome barbare, lui en traçent les règles de ses doigts mutilés et encore sanglants. Quel spectacle! d’un côté, un martyr, de l’autre, un archange. Étonnante sublimité de notre histoire | à chaque page, vn rencontre un miracle d’héroïsme ou de sainteté!
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