‹ Histoire de la vie et de l'administration du cardinal Ximenès annotée et précédée d'une introduction et d'une notice sur Michel Baudier et ses diverses ouvragesChapitre 47 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance de Ximénès. — Son éducation. — Son voyage et son séjour à Rome. — Son retour en Kspagnc. — Sa captivité dans la tour d'Uceda. — Un vieux prêtre, détenu dans la même prison, lui prédit sa grandeur future. — Yiménès , rendu à la liberté , se relire à Siguença. — Il prend la robe de saint François et est élu supérieur du monastère de la Salceda. — Devenu confesseur de la Reine Isabelle et Provincial de son ordre, Ximénès est élevé à lu dignité d’ Archevêque de Tolède.

Les Roy s, qui sont les maistres des biens du monde, advantagent les hommes des dons de la fortune. Mais le soleil, qui est le Roy des astres et la première des causes fécondes, les enrichit de ceux de la nature; de sorte que les régions que cet oeil du ciel regarde plus favorablement produisent des choses plus excellentes que les autres, et les hommes y naissent douez de plus rares qualitez de nature.

L’Espagne, à plain csclairéedes rayons du soleil, a produit de grands hommes. En elle nasquit 1 François cardinal Ximénès , de la noble famille des Cisncros 2 , dont l’origine est aux faux bourgs de l illai-

1 En 1437, sous le règne (le Jean II.

- D’après Gomez, elle était alliée à la plus liante noblesse du pays. On voit encore dans la chapelle de Notre-Dame, aux environs de Léon, le tombeau de I). Gonzalez de Gisnéros, surnommé le Ron. Ge

zar, diocèse de Tolède. Son père fui Alphonse , lequel faisant dans Torrelagune la recepte des décimes du clergé accordées par le pape au roy d’Espagne, espris de la beauté d’une fille d’honneste famille 1 du mesme lieu, l’espousa, et d’elle eust plusieurs enfants, dont Ximénès fut l’aisné. Le baplesme lui donna avec les grâces du ciel, le nom de son père Alphonse, qu’il changea puis après dans le cloislre en celuy de François.

Son enfance fut eslevée dans la ville d’Alcala de Henarès, où il apprit les principes de la langue latine et ceux des bonnes mœurs. De là il fut envoyé à Salamanque pour y apprendre les loix qui reiglent les biens des hommes. Il y fit un tel progrez par les advantages de son esprit, qu’en peu de temps il se rendit capable d’en instruire les autres. Sa maison peu accommodée ne luy fournissoit qu’avec peine

tombeau est surmonté d’un écusson aux armes de la maison de Cisnéros (échiqueté d’or et de gueules) entouré du collier d'un ordre dp chevalerie institué par Alphonse XI. C’est de ce Chevalier, l’un des plus renommés de son temps, que descendait en ligne directe Alphonse Ximénès de Cisnéros, père du Cardinal.

1 I)ona Marina de la Torrc. — Alphonse Ximénès de Cisnéros, qpres avoir fait ses études de droit »\ Salamanque , avait quitté le royaume de Léon pour aller à Torrelaguna remplir une mission relative ii la levée des dîmes que les souverains pontifes avaient accordées aux Rois d'Kspagne durant la guerre de Grenade; c’est là qu'il vit, aima et épousa doua Marina, fille d’un Chevalier de l’ordre de Saint- Jacques, de l’ancienne maison de la Torrc, dont Eugène de Roblès, dans la vie de Ximénès , raconte longuement l’origine romanesque.

( Eigk.nk pf. Roblès, lir de Ximénès, ch. 8.)

DU CARDINAL XIMKXKS.

les nécessitez d’un escolier et son père faisoil effort pour sa despence; cela l’obligea de l’en soulager et de vivre de son travail. 11 enseignoil dans sa chambre le droict à quelques écoliers qui le défrayoient. Son génie le porta plus haut; il employa l’honneste gain qu’il avoit faict en chambre à l’estude de la théologie, dont ayant achevé le cours 1 , il retourna à sa patrie où son père faisoit au tribunal de la justice du lieu l’office de procureur des parties.

Il passa quelques mois dans la maison , où ne trouvant point d’employ digne de sa condition, il obtint congé de son père pour aller à Rome chercher la rencontre de quelque meilleure fortune. Elle lui fut peu favorable en chemin; des voleurs le despouillèrent et le réduisirent à une extrême nécessité. Ce désastre le fit s’arrester à Aix, en Provence, jusques à ce que passant par là, heureusement pour lui, un jeune homme espagnol qui alloit à Rome, appelé Brunet, et qui avoit esté son condisciple à Salamanque , il en eut du secours. Celuy-là le rcceut en sa compagnie et luy fournit la despence jusques à Rome, où estant arrivé, il s’employa à l’exercice d’avocat pour les hommes de sa nation qui plaidoienl aux juridictions de l’Eglise.

Les nouvelles de la mort de son père le rappelè-

1 Sous le professeur Roa, l'un des plus fameux docteurs de son temps.

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