PRÉFACE
Si de nos jours le martyrologe romain contient les noms de saints évêques non moins vénérés que celui de saint Charles Borromée, nul d'entre eux, quel que soit Téclat de sa vie bienheureuse, ne saurait l'emporter sur le pieux cardinal dont la mémoire sera bénie dans toute la chrétienté, tant que le catholicisme triomphera des fausses doctrines, tant que Tamour de la patrie fera battre le cœur de ses enfants. Dieu accorda ce saint pasteur à son Eglise, à une époque où elle avait besoin de grands dévouements et de grands exemples, et en même temps qu'il lui donnait saint François Xavier, saint Ignace de Loyola, saint Louis de Gonzague, et qu'il se préparait à lui envoyer saint Vincent de Paul et saint François de Sales. On ne sera donc point étonné d*apprendjre qu'un grand nombre d'écrivains nationaux aient retracé cette vie si humble, si remr plie, si édifiante. A la tête de ces biographes il faut placer révêquede NovareBescapé, J.-B. Possevin, l'un des secrétaires de saint Charles, et J.-P. Giussano, prêtre de la congrégation des oblats. C'est, aidé de ces témoignages contemporains et de précieux manuscrits, dont nous avons obtenu la communication en Italie, que nous avons tenté d'ajouter quelques fleurs à la couronne d'immortelles tressée par nos doctes prédéces-
■ IST. SAINT CVARLlt.
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seurSy en l'honneur du saint illustre dont les vertus et les actions admirables ne sauraient être assez connues des lecteurs clirétiens. Noble famille que cette pieuse famille Borromée qui a donné à son pays tant de noms éminenls, et qui, pour la gloire et le triomphe de l'Eglise, revît dans un de ses rejetons que sa sainteté Pie IX vient lui-même de consacrer au service des autels !
Toutefois y s'il n'est point de nom en Italie plus populaire que celui du saint cardinal ; si son souvenir est dans tous les cœurs comme son image est dans toutes les églises ; si les peintres, les statuaires, les écrivains d'au delà des monts, se sont réunis pour payer leur tribut d'hommages à cette grande gloire de Tépiscopat, à peine en France connaît-on autrement que par la renommée de ses vertus le nom de FAp6tre de Milan. La conclusion du saint concile de Trente due eti partie à sa pieuse persévérance; Thérésie de Zwingle anéantie dans le Piémont par sa fermeté; la victoire des armes ctiréHennes à Lepante accordée à ses ferventes et perpétuelles oraisons ) les Milanais secourus au milieu des plus imminents périls, «durant les ravages causés par la peste qni les désola de 1576 è i577, sont les uniques actions du saint cardinal que rhistoire générale ait jusqu'ici retracées. Pour nous, nous nous sommes appliqué à i^lre connaître le héros chrétien tout entier. Le lecteur le suivra donc tour à tour à Milan où un peuple incrédule et sensuel recouvrera sa foi et son innocence en écoutant ses exhortations paternelles; dans les monastères où les sages règlements qu'il tracera rétabliront l'ordre et la discipline méconnus; dans les conciles et synodes de l'Eglise de Milan, où sa voix persuasive rendra à un clergé malheureu- | sèment trop turbulent et trop ambitieux l'obéissance et Thumilité indispensables aux ministres des saints autels ; dans ces '
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pénibles visites pastorales où sa charité le conduira jusqu'aux lieux les moins accessibles, au milieu de peuplades ignorées, souvent sans foi, sans pasteurs, et qu'il ne quittera qu'après en ^ avdir fait des hommes et des chrétiens ; dans son palais archiépiscopal où, fuyant le monde et l'éclat, et retiré dans son oratoit^e, il passera des nuits entières en prières au pied do la croix, ou livrera son corps affaibli à des austérités et des mortifications continuelles. Nous dirons également les noms et les travaux des prélats et des savants amis du cardinal Borromée afiiliés à V Académie des Nuits VcUicanes, cette docte assemblée créée par ses soins à Rome; nous assisterons avec lufaux conclaves où Pie Y et Grégoire XIII montèrent dans la chaire de saint Pierre ; nous visiterons la congrégation des oblats de saint Ambroise rétablie par le saint archevêque à Milan, et celle des Pères jésuites appelés aussi par le prélat dans cette vaste cité ; nous accompagnerons Charles à Turin où \ . nousnousagenouillerons devant le saint suaire, au mont Ya- I ralle où nous prierons avec lui, enfin nous assisterons à son agonie bienheureuse.
Nous avons pensé qu'on serait bien aise de retrouver dans notre livre l'analyse de deux traités écrits par le saint cardinal, et dont les exemplaires sont devenus d'une grande rareté en France. Ces deux ouvrages, empreints d'une érudition et d'une . charité tout évangélique, sont le Traité contre les danses et les comédies^ que Charles composa à l'époque où il entreprit d'arracher le peuple de Milan aux scandaleux excès auxquels il se livrait les jours de fêtes, et le Pastoral qu'il destina aux curés . du Milanais, et qui renferme de nombreux fragments des lois, f ordonnances et lettres pastorales que le prélat plaça dans la collection qu'il publia sous le titre modeste d'iicles de l'Eglise de MUan (Acta Ecclesise Mediolanensis). « Ces Actes, a dit un