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OEuvres de Gresset. Paris, Penouard, ISI I

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

l’avait illustrée. Personne ne répondit aux sentiments d’admiration et de gratitude qu’elle concevait à son égard. Le prix ne fut pas décerné. Robespierre, des Rosati d’Arras, et Bailly, le futur maire de Paris, se livrèrent à l’innocent plaisir d’enguirlander des fleurs de leur rhétorique le poète favori des princes. L’œuvre de Robespierre est d’un littérateur habile; celle de Bailly dénote une grande finesse de critique. L’Académie s’est montrée difficile. Le sculpteur du Roi, Pierre François Berruer, exécuta, par ses ordres et d’après un beau portrait de Natier, un buste en marbre blanc solennellement inauguré dans la grande salle de l’hôtel de ville, le 25 août 1787, par un discours de M. Boistel, seigneur de Belloy, neveu du poète qui aurait atteint les plus hauts sommets du Parnasse s’il eût cédé à l’ambition d’étendre sa renommée, plutôt que de s’arrêter tout à coup, au milieu de sa course brillante, dans la vigueur de l’âge et du génie.

A la suite de Gresset, mais bien loin derrière lui, le siècle produit ici une ample moisson de rimeurs. Un essaim de pièces frivoles voltige dans les salons. Elles ont un air de famille qui désespère. L’audace amoureuse des unes, la fade galanterie des autres, dégénèrent également en une monotone sensibilité. Les Affiches les reproduisent indistinctement et sans critique. Les moins mauvaises sont signées M™® Renard, Boulanger de Rivery, Boistel d’Welles, Alexandre Baron. On a dit avec infiniment de raison qu’il y eut alors beaucoup de rimeurs et peu de poètes L

L’Académie accorde aux sciences une part prépondérante dans ses travaux, sans paraître se préoccuper de la mission spéciale que le Roi lui a donnée « de travailler en corps à l’histoire générale de la ville d’Amiens et de la province

1. Antiquaires de Picardie. Bulletins. T. XIX, p. 473. — Robert Guerlin. Essai sur la poésie à Amiens à la fin du xviii® siècle.

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de Picardie’. » Le i)èrc Paire et dorn Grenier, qui se sont cfTorcés d’acquitter celte dette envers le i)rince et envers leurs contemporains, n’en taisaient pas [)artie.

Mettant à protit la dotation de deux mille livres de revenu inscrite dans les lettres royales, l’Académie convertit le Jardin du Roi' en un jardvi botanique. Klle crée un cours de botanique, un cours de chimie, un cours de mathématiques Les médailles d’or, olïertesaux lauréats des concours, provoquent une noble et féconde émulation parmi les savants de la région. La liste des mémoires couronnés dans la séance annuelle publique de la Saint-Louis (25 aoiit)^ serait longue.

Avant que le célèbre pastelliste Quentin de la Tour eut fondé le prix destiné à celui des citoyens de la province qui aurait « accompli la meilleure action d’humanité, découvert le remède le plus utile à la santé, inventé l’instrument le plus propre au perfectionnement de Tagriculture » (1783), la munificence de la ville et de quelques grands personnages donnait à l’Académie les moyens de récompenser des travaux variés : études littéraires, philosophiques et scientiques, poésies, thèses de médecine, etc.

1. Article xviii des statuts insères dans les lettres patentes du 30 juin 1730. Cf. [Arch. de U Académie) \e Registre des assemblées et délibérations de r Académie d'Amiens, in-f° de 170 feuillets, comprenant les procèsverbaux du 1*='^ octobre 1730 au 24 août 1793.

2. Le Jardin du Roi ou jardin du gouvernement, parce que les gouverneurs en avaient la jouissance, occupait remplacement d'une partie de l’ancien fief de Maucreux. Un arrêt du Conseil d'Élat (13 mai 1731) le concède à l’Academie pour y enseigner la botanique, à la condition de servir au duc de Chaulnes une rente de 130 livres en indemnité'.

3. Arcli. mun. Délih. BB 84, p. 88. 12 avril 1734. Dom Robbe, prieur des Feuillants, inaugure le cours de botanique, 1®*’ juillet 1731; D'Hervillez, docteur en médecine, inaugure le cours de chimie, 30 mai 1778; Bellery, inaugurale cours de mathématiques, 13 mai 1730.

4. A partir de 1773, la séance se tient dans la grande salle de f hôtel de ville. Elle avait lieu, auparavant, à févêché.

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

L’intendant d’Agay s’honorait de participer aux travaux de l’Académie, l’initiait volontiers à ses préoccupations administratives, l’entretenait de toutes les questions qui passionnaient alors les esprits : vaccine, paratonnerres, améliorations concernant l’agriculture et l’industrie, navigation intérieure. Le discours sur la navigation intérieure lui valut un témoignage flatteur : « C’est la première fois, lui écrivait Voltaire, qu’on a vu un magistrat, en même temps, à la tête de la province et à la tête de tous les arts; les encourager par son éloquence et par sa protection : vous illustrez un siècle célèbre par tous les arts utiles 1 Heureux ceux qui les exercent sous vos yeux ^ ! »

Appelée à favoriser les arts au même titre qu’elle favorisait le développement des lettres et des sciences, l’Académie ouvrit ses portes aux architectes, aux sculpteurs de talent. Le xviiC siècle en a vu surgir plusieurs. Il a été parlé de Cressent. Jean-Baptiste Michel Dupuis - vint ensuite, au moment où, cédant aux tendances de l’époque, Mgr de la Alotte apportait, dans la décoration de la cathédrale, des changements peu en harmonie avec le style de l’incomparableé difice, et se plaisait à y déployer les pompes d’une ornementation d’un goût disparate. La générosité de l’évêque et du chapitre ^ les libéralités du chanoine Cornet de Coupel permirent de transformer les chapelles auxquelles ont

1 . De Boyer de Sainte-Suzanne. Les intendants de la généralité d'Amiens, p. 372. — Discours prononcé à la séance publique de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts d'Amiens, par M. D'Agay, intendant de la province, sur l'utilité des sciences et des arts. A Amiens, chez Godart, imprimeur du Boi.

2. Jean-Baptiste Michel Dupuis, né à Amiens le 16 septembre 1698, fils de Louis Dupuis, sculpteur, et de Françoise Lhomme.

3. Robert Guerlin. Note sur la vie et les œuvres de Jean-Baptiste Michel Dupuis, sculpteur amiénois, et de Pierre Joseph Christophle, architecte, son gendre. Broch. in-8° de 47 pages.

PÉRIODE DE PROGRÈS

travaillé Dupuis et l’architecte Cliristophle ^ son gendre. Un incendie, survenu en 1744, occasionna des dégâts considérables derrière le chœur et détermina l’évéque à remanier la décoration du sanctuaire. Les deux artistes exécutèrent alors, de concert, « la gloire d’anges » dont l’opportunité est très contestable, mais qui n’en est pas moins en son genre un monument de fière allure et d’un grand caractère. La chaire de la cathédrale est également duc h leur collaboration et il faut reconnaître, toute part faite de l’exagération de certaines appréciations enthousiastes de jadis, que c’est là une œuvre remarquable et de proportions grandioses.

La municipalité avait institué, en 1757, une école publique des arts-, dans laquelle Scellier^ enseignait gratuitement (( le dessin, l’architecture, la coupe des pierres, la charpente, les principes de la construction et de la décoration des édifices. » Chaque année, des prix étaient distribués aux élèves les plus méritants et aux lauréats des concours L Parmi ces lauréats figurent les Carpentier \ que les groupes

1. Pierre Joseph Christopiile, originaire d’Avignon, e'pouse, le 13 de'cembre 1749, Élisabeth Françoise Dupuis.

2. Arch. mun. Délib. BB 83, p. 134. 14 mars 1738. « M. le Maire a

dit que le s’’ Jacques Scellier demeurant en cette ville où il a enseigné

depuis plusieurs années la géométry et les sciences en dépendantes

demande a être autorisé de donner des leçons publiques et gratuites

aux habitans, ouvriers et apprentis sur la théorie et la pratique des

arts, de la manufacture et du commerce dans toute leur étendue »

3. Jacques Scellier, né en 1724, au village de Limeu, près Abbeville, fils d’un laboureur, mort le 20 novembre 1808.

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