‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 2)Chapitre 241 sur 294 · M.vcnAHT. Manuserits. IV, p · texte numérisé non relu

M.vcnAHT. Manuserits. IV, p

4. Arek. mun. 1703, 1-. Inhumations. — Délib. P)B 108, p. 3. Concentration des cérémonies religieuses dans l’intérieur des temples.

3. Ibidem P, an II. Lettre aux officiers municipaux d’Amiens, 10 frimaire an II (0 décembre 1703). — lieg. de la Pernianenee. 14 novembre 1703,

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pour patrons des nouveau-nés : Le Pelletier, Barra, Marat et Maratine L

L’ère de l’incarnation cesse d’être en usage. La Convention (5 octobre 1793) date l’ère des Français du 22 septembre, jour de la fondation de la République^. L’année est divisée en douze mois égaux de trente jours, après lesquels viennent cinq jours appelés les jours complémentaires. Les mois sont désignés conformément à la température et aux travaux de la campagne, savoir : pour l’automne : vendémiaire, brumaire, frimaire; pour l’hiver; nivôse, pluviôse, ventôse; pour le printemps : germinal, floréal, prairial ; pour l’été : messidor, thermidor, fructidor. Chaque mois est divisé en trois décades. Le repos du dimanche est aboli et transféré

1. Durant la période qui s’écoula du 12 nivôse an II (1®’’ janvier 1793) au 11 nivôse an IV (31 décembre 1794), les registres aux actes de naissance des cinq arrondissements de la ville contiennent plus de cent actes dans lesquels figurent ces prénoms généralement associés à des noms de saints. Quelques exemples :

D*’ arrondissement: Ami de Raison B..., R’’ pluviôse II; Messidor Décadi P..., 22 messidor II; Maratine L..., 3 fructidor II; Brutus P..., 6 pluviôse II.

II® arrondissement: J. -B. Républicain D..., 6 germinal II; Pomme Prairial L..., 18 prairial II ; Baptiste Marat et Baptiste Barras B..., 26 pramial II; Pierre Montagne B..., 4 complémentaire IL

IIP arrondissement : François Liberté D . . . , 9 pluviôse II ; Victor Égalité L..., 21 ventôse II; Brutus Marat B..., 3 floréal II; France La Montagne S..., 14 messidor IL

IV® arrondissement : France Brutus Q,.., 24 ventôse II ; Carmagnole L..., 14 messidor II; Thermidor T..., 3 thermidor II; Barra L..., 4 complémentaire IL

V® arrondissement : Républicain Fleur d’Orange L..., 18 germinal II ; Brutus G..., 3 floréal; J. -B. Égalité M..., 3 messidor II; J. -B. Marat Ho.., 13 messidor IL

2. Art. IV de la loi du 5 octobre 1793. La première année de la République française a commencé à minuit le 22 septembre 1792. — Art. V. La seconde année a commencé le 22 septembre 1793 à minuit. — Le calendrier républicain, mis immédiatement en usage, date de Lan IL

ANDllÉ DUMONT EN MISSION DANS LE DÉPARTEMENT. oUo

au décadi (le dixième jour de chaque décade), f.es noms des saints sont remplacés par ceux des animaux, des jilanles et des instruments utiles dont l’usage est plus particulièrement approprié à chaque saison. Au lieu des grandes fêtes de la religion chrétienne il y a des fêtes pour la jeunesse, pour l’adolescence, pour l’age mûr, pour la vieillesse et d’autres, parmi lesquelles le 23 thermidor (10 août) et le 2 pluviôse (21 janvier).

Afin de se conformer au nouvel état de choses, le conseil général de la commune décide que les séances auront lieu les diiodi, quartidi et octodi h Les foires de la Saint- Jean, de la Saint-Martin, de la Saint-Nicolas seront celles de Messidor, de Brumaire, de Flore'al. Les termes de payement usités pour les loyers : (Pâques, 1"’^ août et Noël), sont fixés au F" floréal, T" fructidor, nivôse.

L’inauguration du culte de la déesse Raison eut lieu le 30 brumaire (20 novembre).

L’irrévérence gauloise des fabliaux inspira, dans beaucoup de villes, les organisateurs de la fête, qui souvent dégénéra en de burlesques et cyniques parodies des ministres de la religion. Elle affecta, à Amiens, une certaine décence et une certaine gravité.

Sur la place du Marché et à la base d’une montagne symbolique semée de rochers, d’arbres, de verdure, s’élève l’autel de la patrie ; à droite et à gauche, se dressent des bûchers: l’un fait de confessionnaux et de lettres de prêtrise, l’autre, d’emblèmes féodaux et de titres de noblesse. La déesse de la Liberté et de la Raison, assise sur l’autel, vêtue de blanc et coiffée du bonnet rouge, se drape dans un manteau bleu. Elle tient à la main une pique surmontée du bonnet phrygien. Pour remplir ce rôle, la municipalité a choisi Eulalie Charlotte Gohier, que l’on croyait être la

1. Arch. mun. Délib. BB 108, p.73. 21 nivôse II (10 janvier 1704).

HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.

légitime épouse du général Taillefer, récemment promu au commandement de la 15" division militaire K

Deux jeunes citoyennes la couronnent de feuilles de chêne, aux applaudissements de la foule avide d’un spectacle étrange, sous le regard protecteur des autorités constituées, au son des musiques, au bruit du canon 2. Après que les emblèmes du fanatisme religieux et de la féodalité ont été réduits en cendres, les différents groupes invités à participer aux solennités de la fête se rendent processionnellement à la place de la ci-devant église Notre-Dame pour la plantation de Varbre de l’humanité et de la fraternité. Un peloton de la garde nationale avec fifres et tambours ouvre la marche, déployant un étendard portant cette tirade emphatique :

Le peuple est debout! Il écrase le fanatisme et les tyrans!

Chacun des groupes a choisi une légende qui se lit sur sa bannière. Les femmes :

Nous élèverons nos enfants dans la haine des l'ois et des prêtres!

Les jeunes citoyennes vêtues de blanc :

Nous ne nous marierons qida Vautel de la Patrie,

Et nous n'épouserons que ceux qui auront concouru asa défense !

Les jeunes citoyens :

Patience ! Nous vengerons nos frères !

1. Le dialogue entre deux électeurs du département de la Somme sur le compte rendu à ses commettants par André Dumont, ex-conventionnel, membre sortant du Conseil des Cinq-Cents, p. 17, désigne en ces termes la déesse Raison : la gatin de Taillefer. Le mystère qui environnait son état-civil, au moment de la fête du 30 brumaire, était alors dissipé. A l’occasion d’un certificat de civisme réclamé par « la Gohier, se disant femme Taillefer », le conseil général de la commune produisit une lettre de Taillefer déclarant que cette femme qui s’était donnée comme son épouse — et tout Amiens le croyait — était l'épouse séparée de l'émigré Le Normand, venue se fixer à Amiens, le 2 vendémiaire an II, et qui résidait rue Saint-Denis. Arch. mun. Délit. BB 110, pp. 6 v° et 67.

2. Arch. mun. an II, L^. Extrait du registre de la Société populaire, du 8]|nivôse an II (20 décembre 1793),

ANDRÉ DUMONT EN MISSION DANS LE DÉPARTEMENT. Iji)'}

Dumont, représentant du peuple, la commission révolutionnaire, le district, le conseil général de la commune : Peuple ! tu nous as confié les inlèréls, nous jurons de les défendre !

Les juges des tribunaux :

Aussi justes que Véquilibre !

Les vieillards des deux sexes :

Notre âge et nos infirmités ne nous laissent que les regrets de ne pouvoir défendre notre patrie !

La Société populaire :

Guerre aux châteaux. Paix aux chaumières.

Mépris des prêtres et surveillance pour le peuple !

Enfin le char de la déesse apparaît.

Après la cérémonie de la plantation de l’arbre de l’humanité, de la fraternité, de la liberté et de l’égalité, le cortège pénètre dans le temple. La déesse trône sur le maîtreautel et reçoit les hommages grotesques de ses adorateurs ! Au-dessus et au-dessous d’elle se détachent ces mots :

La Vérité et la Raison. La République une et indivisible ! Egalité, fraternité, liberté ou la mort !

On lit, sur la chaire :

L'imposture a disparu. L'égalité reste !

Sur l’un et l’autre des deux autels placés à droite et à gauche du chœur :

A Pelletier et Marat assassinés pour avoir voté la mort du tyran et défendu le peuple, la Patrie reconnaissante ! L'immortel Beaurepaire ^ préfère se donner la mort que trahir ses devoirs

1. Nicolas Joseph Beaurepaire, commandant de la place de Verdun, se brûla la cervelle dans la nuit du 1®'" au 2 septembre 1792, pour échapper à la honte de se rendre aux Prussiens.-

2. Marche de la fête civique et républicaine qui aura lieu le 30 brumaire

La solennité se termine par de touchantes embrassades et par des danses. Jamais, à aucune époque de l’histoire, on n’a tant usé et abusé de l’accolade. Au Conseil général de la commune, à la Société populaire, le baiser fraternel se donne à tout propos, aux cris de « vive la République ! »

Peu de temps apres cette manifestation, la bonne harmonie, qui n’avait cessé de régner entre la Société populaire et André Dumont, se trouve tout à coup gravement compromise. Le conventionnel se rendait à Péronne, le 30 novembre 1793; lorsque le factionnaire de la porte de Noyon veut faire arrêter le carrosse pour s’assurer de l’identité des voyageurs. Personne ne devait sortir sans exhiber un passeport. « C’est le représentant du peuple! », dit le cocher en passant à une allure rapide. Cela pouvait être une supercherie et, sur l’ordre du chef de poste, nommé Étienne, le soldat de garde s’élance à la poursuite de la voilure, menaçant de couper les traits à coups de sabre. André Dumont lui assène de violents coups de poing et essaie de le désarmer. Étienne, accouru pour dégager le malheureux, se voit insulté grossièrement. « Sachez que je suis le représentant du peuple, s’écrie le voyageur, je ne dois pas être arrêté! » Étienne ne le connaissait pas; il ne portait aucun insigne. Aux sages observations de cet officier, Dumont répond en le faisant conduire au poste par ses propres soldats !

Grand émoi dans la ville. Le peuple se rend en foule au temple de la Raison. Là, le conventionnel invective le misérable qui a méconnu, en sa personne, la dignité de la représentation nationale; Étienne et la plupart des hommes du poste sont maintenus en prison. Le lendemain, André

de Van second de la République une et indivisible j, à Amieiis. De l'imprimerie de F. Caron-Berquier.

Inscriptions placées lors de la fête civique et républicaine donnée dans la commune d'Amiens. A Amiens, de l’imprimerie de F. Caron-Berqnier.

Dumont et lui se retrouvent en présence au siège de la Société populaire. Chacun fait à sa façon le récit de l’événement dont les conséquences pouvaient être fort graves. Vaniteux, infatué de sa dignité, habitué à ne supporter aucune contradiction, le représentant s’obstine à incriminer violemment ceux qui ont eu l’audace de le rappeler à l’obéissance aux lois. Les membres de la Société populaire, qui s’attribuent le privilège de défendre l’opprimé et l’innocent, quand il s’agit de bons républicains et de vrais patriotes, l’interrompent à plusieurs reprises et couvrent sa voix de leurs clameurs. 11 s’emporte : « il va mettre la ville en état de siège et y appeler 25,000 hommes de troupe ^ »

Il y eut enquête pour donner une apparence de satisfaction à la Société populaire, et l’enquête tourna naturellement à la confusion d’Étienne : « Ceux qui furent mandés ne firent que des réponses évasives et avouèrent depuis qu’ils avaient trahi la vérité, parce que chacun craignait pour sa liberté si il osait parler véridiquement contre le représentant qui voulait avoir raison »

« Jalouse de porter le flambeau de la vérité au milieu du mélange inextricable des petites passions, des vengeances personnelles, de l’amour-propre qui veut l’emporter malgré tout 2 », la Société populaire poursuivit, par tous les moyens, la mise en liberté des patriotes injustement punis. Leur captivité dura six mois, et pendant six mois (12 frimaire au 16 prairial, 2 décembre au 4 juin) elle assiégea de ses réclamations la Convention, le comité de salut public, le comité de sûreté générale et le représentant Gérard Scellier, dont l’hostilité à l’égard d’André Dumont date de cette époque

1. Arch. mun. Registre des délibérations de la Soeiété populaire, pp. 1 et suiv.

2. Ibidem. Heg. de la Société populaire, pp. i2 v°. 14, 30, 47.

3. Dans leur ténacité à vouloir « le triomphe de l'innocence », les

Quelques jours après cet incident, l'arbre de la liberté disparaît pendant la nuit et Dumont, ne se sentant plus de rage, prend un arrêté vengeur :

La République ou la mort!

« Attendu qu’il est indispensable de sévir avec la plus irrande rigueur pour arrêter les progrès de rinfernale conspiration fomentée par des prêtres et des fanatiques :

Article premier.

Toutes les autorités constituées s'assembleront sur le champ et feront faire les plus promptes perquisitions pour découvrir les auteurs de ce crime affreux et faire tomber sur eux le glaive de la loi.

Article II.

Les coupables seront punis de mort sur le lieu même où le crime a été commis.

Article III.

Tout homme ci-devant connu sous le nom de prêtre, bedeau, suisse, chantre et autres de cette espèce, trouvé dans les rues ai»rés six heures du soir ou avant sept heures du matin, sera arrêté et conduit en prison.

Article IV.

Tout citoyen trouvé dans les rues après dix heures du soir sera incarcéré.

Article V.

Tout homme qui, par ses actions ou ses propos, tenterait à faire improuver les mesures révolutionnaires, sera arrêté et livré à une commission établie pour juger les conspirateurs. Tous les citoyens sont invités à exécuter eux-mêmes la première disposition de cet article L

clubistes poursuivront André Dumont jusque dan s le sein delà Convention, alors que, relevé de sa mission dans le département de la Somme (14 floréal an II, 3 mai 1794), il y aura repris séance. Ils ne voulaient pas, pour Étienne et ses amis, une grâce fondée sur de prétendues excuses; ils exigeaient une véritable réparation d’honneur. Les difficultés sans nombre résultant de cette situation très tendue n'auront certainement point été étrangères au rappel ultérieur de Dumont dans la Convention.

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