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LA FAMINE DE LAN III

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de Saint-Leu une cérémonie funèbre expiatoire en l’honneur des victimes de la journée du iO août, ün courageux « insermenté » prononce l’oraison funèbre des héroïques défenseurs de la monarchie massacrés sous les murs du château des Tuileries ^ là où, depuis quatre années, le peuple n’avait entendu que les discours impies de Cousin de Grainville ou les harangues passionnées des clubistes.

Cependant un certain nombre d’ecclésiastiques se refusaient encore à signer l’acte de soumission qui révoltait leurs consciences. La Convention en prit occasion de remettre tout à coup en vigueur les lois non abrogées de 1792 et 1793 contre les ministres du culte passibles de la réclusion ou de la déportation. Obéissant aux instructions du gouvernement, le conseil général de la commune ordonne que les réfractaires, arrêtés dans les vingt-quatre heures, seront internés dans la maison, convertie en prison, des Filles Pénitentes de la rue des Capucins. Vingt-cinq prêtres, dénoncés et signalés à la gendarmerie, furent activement recherchés. Tous se dérobèrent aux poursuites à l’exception de l’abbé de Solignac, appréhendé à son domicile de la rue des Rabuissons. Cette nouvelle persécution n’était pas prévue. Si précaires que fussent encore les facilités concédées à l’exercice du culte paroissial, elles avaient déterminé plusieurs ecclésiastiques émigrés à rentrer en France. De ce nombre étaient deux prêtres, venant de Munster, qui, arrivés à Amiens après un pénible voyage de vingt-cinq jours, se virent obligés de reprendre immédiadement le chemin de l’exil '.

1. Oraison funèbre des citoyens morts dans la journée du fO août sous les murs du château des Tuileries, prononcée devant le peuple le 30 août dans Téglise de Saint-Leu. Amiens, an IV. 1 vol. in-8® de 23 pages.

2. Arch. înun. an IV, Affaires religieuses « Extrait du registre aux arrêtés du département de la Somme en sa séance du S brumaire, Tan

de la République (30 octobre 1795). » A Amiens, de l’imprimerie des

HISTOIRE DE LA VILLE d’aMIENS.

Sur le point de se séparer, la Convention adopta la loi organique connue sous le nom de Constitution de Tan lll. Le pouvoir législatif devait être confié à deux assemblées électives : l’une appelée le conseil des cinq cents, composée de députés âgés de vingt-cinq ans au moins, qui rédigeait et proposait les lois; l’autre,. le conseil des anciens, dont les membres devaient avoir au moins quarante ans, qui les sanctionnait ou les repoussait. Le pouvoir exécutif appartenait au Directoire, composé de cinq membres. Dans l’état où se trouvait l’opinion publique, irritée contre la Montagne et les Terroristes, il était facile de prévoir des élections en majorité réactionnaires. La Convention le craignait et elle décida, par deux articles additionnels votés les 5 et 13 fructidor (22 et 30 août), que les deux tiers des députés sortants rentreraient de droit dans la composition du futur corps législatif.

De vives protestations s’élevèrent contre cette audacieuse atteinte aux droits des électeurs. Saladin, qui s’était brusquement adouci, pressentant que quelque maître allait surgir du chaos, et qui, de révolutionnaire fougueux, était devenu royaliste non moins fougueux, combattit les articles additionnels avec une extrême énergie à la tribune, dans les journaux. Un factum signé de lui, dont le succès fut retentissant, demandait que tous les membres du nouveau corps législatif fussent librement choisis. Son nom ne tarda point à prendre place, dans une circonstance mémorable, à côté de ceux de Boissy d’Anglas, de Bovère, de Lanjuinais

Associés. — « Extrait du registre aux arrêtés du département de la Somme, en sa séance du 7 germinal, Van de la République (27 mars 1796). » De l’imprimerie de Caron-Berquier. — Procès-verbaux des visites et perquisitions faites par la gendarmerie nationale pour arrêter les prêtres insermentés et les conduire en la maison de réclusion, en exécution de l’arrêté du 7 germinal an IV (pièce manuscrite). Délib. BB 114, pp. 92 v°, 96 v°. Germinal an V (mars-avril 1797). — Darsy. Amiens et ledépa?iement de la Somme pendant la Révolution. T. I, p. 264.

LA FAMINK DK l’aN III.

et autres, signalés, après la journée du 13 vendémiaire (5 octobre), comme les principaux instigateurs de l’insurrection royaliste dont Barras triompha avec le secours de Bonaparte. Ils furent décrétés d'accusation, emprisonnés et, la plupart, déportés.

L’agitation gagna Amiens. La Constitution y fut acceptée par un cinquième à peine des électeurs ^ qui rejetèrent avec indignation les décrets de fructidor La première section, en majorité républicaine, qui siégeait à la chapelle de la Providence, sous la présidence du citoyen Falize, n’eut pas sitôt affirmé, par 208 voix contre 53, sa volonté de les voir abroger qu’elle résolut de se constituer en permanence,

1. 1 Section du Midi : du n° 1 à b02 et grand faubourg Beauvais, se'ant à l’église de la Providence.

2 Section de la Fontaine des Frères: du n° 503 à 1,001 et petit fau-

bourg Beauvais, séant k l’église des Carmélites.

3 Section de l’Ouest: du n° 1,002 à 1,447 et faubourg de la Ilautoye,

séant à l’école des filles de la paroisse Saint-Jacques.

4 Section du Port: du n° 1,448 à 1,948 et Saint-Maurice, séant à la

chapelle Saint-Jacques.

5 Section du Grand Marché : du n° 1,949 à 2,545, Longpré et Bertri-

court, séant au presbytère de Saint-Germain.

G Section du Nord : du n° 2,54G à 3,019 et faubourg Saint-Pierre, séant à l’église de l’Hutel-Dieu.

7 Section des Arts : du n° 3,020 à 3,G33, Petit-Saint-Jean et Benancourt,

séant au presbytère de Saint-Leu.

8 Section de l’Ouest : du n° 3,G34 à 4,200, faubourg de llam et Mon-

tières, séant à la chapelle derrière le chœur de la cathédrale (petite paroisse).

9 Section du Centre : du n° 4,201 à 4,811, La Neuville, Saint-Acheul

et Boutillerie, séant à la chapelle des Grands-Chapeaux.

10 Section du Temple : du n° 4,812 à 5,400 et faubourg de Noyon, séant à la salle des prix du collège.

2. Arch. mun. an 111, K^, n° 5. Assemblées primaires. Factum imprimé sous ce titre ; Empêchons la guerre civile. Provès-verbal, ou lettres d’envoi du résultat des opérations accomplies pour l’acceptation de la Constitution. Un millier de citoyens environ prirent part aux scrutins, dont les procès-verbaux étaient immédiatement envoyés, par la poste, à la Convention (comité des décrets, procès-verbaux et archives).

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jusqu’à l’installation de la prochaine assemblée législative, malgré l’illégalité flagrante de celte résolution b Joseph Lebon, qu’un décret du 29 messidor an III avait renvoyé devant le jury criminel du département de la Somme, fut condamné à la peine de mort le L" vendémiaire an IV (23 septembre 1795). Sa détention à la Conciergerie ~ d’Amiens avait duré un peu plus de deux mois et le procès avait rempli vingt-trois audiences. La haine furieuse qui éclatait partout contre le sanguinaire délégué de la Convention dicta pour ainsi dire la sentence. A Paris et en province, Lebon était devenu l’objet d’une exécration universelle 2. Il subit le dernier supplice le 24 vendémiaire

1. Arch. mun. Procès-verbal original des opérations de vote dans la P'o section, pour l’acceptation de la Constitution et la nomination des électeurs. — Au dernier jour de la session, l’assemblée primaire, considérant que la permanence votée quelques jours auparavant est illégale, se déclare dissoute.

2. Deux lettres inédites datées de la Conciergerie [Arch. mun. an 111, P. Affaires politiques) :

Joseph Lebon aux Officiers municipaux d’Amiens chargés de la surveillance des prisons.

Il dépend de vous de m’accorder la chambre voisine de celle que j’occupe. Elle est plus élevée et j’y pourrais travailler. Veuillez prononcer de suite sur la demande que je vous en fais.

A la Conciergerie, ce 22 thermidor, an 3“®, Joseph Lebon.

Joseph Lebon aux Officiers municipaux d’Amiens.

Je suis très sensible aux démarches que vous voulez bien faire pour me procurer la collection des bulletins (de la Convention). Vous y réussirez beaucoup mieux que je n’y réussirais moi-même. Je me repose donc entièrement sur vos soins obligents.

A la Conciergerie, ce 24 thermidor, an 3®, Joseph Lebon.

3. Cf. la relation du procès de Joseph Lebon par la eitoyenne Varié. 2 vol. in-8®. Amiens, imprimerie des Associés, avec cette épigraphe :

Grands dieux, exterminez de la terre où nous sommes Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes.

Paris. Histoire de Joseph Lebon. Arras, 1804.

LA FAMINE DE l’AN III.

(IG octobre 1795). Quand il eut endossé la chemise rouge, il s’écria : (c Ce n’est pas moi qui dois la porter; il faut l’envoyer à la Convention ». Durant le trajet, de la Conciergerie à la place du Crand Marché, la foule le vit chanceler plusieurs fois. On dut le hisser sur l’échafaud. Un grand verre d’eau-de-vie qu’il absorba au moment de quitter la prison l’avait rendu incapable de proférer une parole U Lebon espéra, un instant, en la clémence de la Convention. Barras dit à ce propos - : « Les uns, par le retour sur eux-mêmes d’une situation pouvant subir quelque comparaison avec celle du condamné, les autres, par indulgence pour les excès de la Révolution, auraient voulu que le sang cessât de couler ». Mais Barras ajoute : « La Convention crut avec raison que le crime imputé à Lebon et condamné par des formes légales était hors de la possibilité de l’amnistie. Elle agit sans pitié, avec une rigoureuse équité contre celui qui n’en avait apporté aucune dans l’exerciee de ses fonctions, en lui refusant le bénéfice de l’amnistie générale. »

1. Le cadavre de Lebon a été inhumé dans le cimetière de Saint-Roch, situé, en dehors des remparts, sur l’emplacement actuel de la place de la gare. Dix ans après, dans ce cimetière abandonné, on crut reconnaître sa sépulture à la quantité de pierres jetées sur la tombe par la foule indignée.

2. Mémoires de Barras, membre du directoire. Paris, 1895, T. I, p. 290.

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