Ibidem. Délit. BB 48, p. 31 v°. 30 avril
LA LIGUE
et s’éloigne, tandis qu’usant de sa force avec l’àpre énergie que déploient habituellement les ])artis dans les luttes religieuses, l’échevinage tra(pie sans merci les huguenots et les étrangers, les huguenots à cause de leurs doctrines, les étrangers, parce que l’on commence à redouter la connivence avec l’Espagne et avec le Saint-Siège.
La crainte de l’étranger servit alors de [jrétexte au refus de confier la direction du collège d’Amiens à l’ordre des Jésuites. L’établissement })ériclitait depuis longtemps. Geoffroy de la Marthonie aurait voulu y introduire ces éflucateurs renommés, qui dirigeaient des collèges très llorissants à Rome, Paris, Lyon, Rouen, Rourges, Toulouse et Clermont en Auvergne. Les bourgeois formulèrent une seule objection : « Chez les Jésuites, les chefs qui ont commandement sur les autres sont de la nation d’Espagne et d’Italie », et les Jésuites furent repoussés. Ils n’obtinrent le collège que vingt- quatre ans plus tard L
1. Arch. mun. Délib. BB 46, pp. 81 v°, 120 v'’ et suiv. Novembre 1583.
AB' Jacques Lestourneau, chanoine et pénitencier de l’église xNotre-Dame, délégué par l’évêque pour présenter les Jésuites à l’échevinage, le fit en ces termes ; « Lesdicts Jésuites s’appellent Jésuites, d’autant qu’ils sont de la compaignye de Jésus et assemblez au nom de Nostre-Seigneur, lesquelz religieux sont tous gens aagez et sçavans, quy ne sont contraincts faire profession sy tost que les autres relligieux et lesquels, avant leur réception, font preuve suffisante de leur capacité, vie, mœurs, doctrine, dévotion et religion catholicque. Et quant à leur profession, elle est d'instruire la jeunesse, oyr le pœuple en confession, visiter et consoller les prisonniers et pestiférez, subvenir aux nécessitez publicques et faire autres œuvres de charité. Ont tousjours des précepteurs doctes qui instruisent la jœunesse, tant aux bonnes mœurs que aux bonnes lettres et lisent aux escolles de bons livres, sans qu’il soit permis en leurs collèges lire livres lachifz et de plaisir que l’on montre aux autres collèges à la jeunesse. Et au bout de fan, chacun régent rend compte de l’instruction qu’il a faict des enfans, quels livres il a leu et quel debvoir ont faict les enfans d’estudier et comprendre; et là leur est ordonné quels livres ils liront l’année suivante »
HISTOIRE DE LA VILLE d’AMIENS.
Le nombre des huguenots se trouvait très réduit à l’époque de la paix de Nemours b qui avait procuré aux Guise toutes les forces et toutes les ressources de la monarchie. Quelques-uns habitaient la rue des Lirots. Le peuple, qui se croit maintenant tout permis à leur égard, s’y porte en foule et manifeste son hostilité par des scènes de pillage. La plupart quittent la ville; d’autres se convertissent et achètent le droit de séjour, en se soumettant à la garde vigilante de deux notables catholiques déclarés responsables de leurs personnes tandis que l’échevinage croit donner des gages de sa tolérance, en adoucissant la rigueur des ordonnances de police qui concernent les jours de fêtes chômées 3.
L’hiver de 1587 complique une situation déjà très tendue. La récolte avait manqué et le prix excessif du blé s’ajoute au chômage de la sayeterie. Deux mille ouvriers réduits à la plus affreuse misère parcourent les rues, réclamant des secours que la charité publique est impuissante à leur donner. Beaucoup passent la nuit dehors et tombent d’inanition : « On en trouve plusieurs morts par chacun jour. » Le désespoir s’empare des habitants, des pauvres parce qu’ils n’ont pas de pain, des riches qui redoutent « le sac que les affamés étaient sur le point d’exécuter tant la