‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 156 sur 246 · Arch. mun. Délib. BB 3, p. 94. 8 juin · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 3, p. 94. 8 juin

5. Jean d’Harcourt, 1418-1433, successeur de Philibert de Saulx, 1413-1418, eut pour compétiteur Philibert de Montjeu, que le roi de

et cherche à lui faire expier par tous les moyens l’énergique attitude de son frère.

Le prélat n’ose plus sortir dans les rues. Un jour, suivi de son clergé, il descendait tranquillement les marches du portail de la cathédrale ouvrant sur la cour de l’évêché, Le Josne se présente tout à coup, à la tête d’une troupe de gens armés, en compagnie de Pierre le Clerc, prévôt de Beauvaisis. L’évêque recule épouvanté et veut rentrer dans l’église. Avant qu’il en ait franchi le seuil, les soldats portent la main sur son auguste personne :

« Je ne vous ai meffaict, s’écrie Jean d’Harcourt, que voulez-vous faire ? Vous ne m’arracherez pas du sein de ma mère ! »

Le prévôt refuse de l’arrêter, et répond au bailli :

« Il est en sainte terre ; agissez vous-même si vous voulez » .

L’incident n’eut pas de suite fâcheuse, mais l’évêque, abreuvé d’outrages, se retira à la cour du pape Eugène IV. Le Josne ne demandait pas autre chose et obtint que son fils lui succédât U

De côté et d’autre surgissent des apôtres éloquents qui voient dans les calamités publiques et dans la misère des temps la manifestation de la colère divine, la juste punition des mœurs relâchées du siècle, et ils entreprennent de réagir contre les funestes tendances de leurs contemporains. Le carme Thomas Connecte, le plus connu de ces apôtres,

France voulait opposer au candidat bourguignon, élu du chapitre. L’échevinage insista auprès du pape Martin Y, pour obtenir que son élection fût confirmée (BB 2, p. 129). Forcé d’abandonner l’évêché d’Amiens en 1 i30, il se retira à Rome, devint évêque de Tournay (1433), archevêque de Narbonne (1438), patriarche d’Antioche (1447) et mourut en 1452.

1. Jean le Josne, né à Amiens en 1410, chanoine d’Amiens, évêque de Maçon, puis d’Amiens, au mois de juillet 1433, accepta l’évêché de Thérouanne en 1436.

parcourt la Picardie1, monté sur une mule, harangue les populations, excite à ce point l’enthousiasme que les églises ne suffisent plus à contenir la foule de ses auditeurs.

Le religieux parle en plein air, au milieu des places publiques, après avoir célébré la messe sur une estrade que les nobles et les bourgeois décorent à l’envie de riches tapisseries. Les traits acérés de son éloquence n’épargnent personne : le clergé et les grands moins que les autres. Il attaque les ecclésiastiques dont la vie n’est pas absolument conforme à leur saint état, condamne le luxe des femmes, désigne principalement à la risée et aux quolibets des enfants le hennin , cette haute coiffure conique, mise à la mode par la reine Isabeau, généralement adoptée par les dames de qualité.

Connecte évangélise Amiens pendant neuf jours consécutifs2. L’échevinage avait fait dresser, dans la cour de l’évêché, un « hourt » 3 sur lequel messeigneurs prennent place pour assister à ses courageuses prédications qui attirent le peuple des villes et le peuple des campagnes voisines. Les femmes, qui n’osent venir l’entendre « sinon en simple

estât corne femmes de labeur », voulant sur le champ

mettre en pratique ses enseignements, renoncent à leurs atours et s’habillent comme « femmes de béguinages ».

Conversion peu sincère et de courte durée ! Le hennin et l’élégance reprennent bientôt leurs droits. « A l’exemple

\. Monstrelet. Édit, préc., T. IV, pp. 302, 304.

2. Arch. mun. Comptes 1428-29, p. 33 v°. « A Fremin le Flament et Andrieu du Quesne, maistres des deux douzaines (de sergents de nuit)

de le ville d’Amiens, la some de xxxii sols parisis pour avoir gardé,

luy et plusieurs aultres sergens du guet de nuit, par ix jours durans, les preschemens fais par frère Thomas, relligieux carme auquelz furent assamblés grant quantité de pœuple de pluiseurs villes et païs. »

3. Ibidetn. « A Nicaise Mourin pour thille par luy livrée de laquelle

on fit un hourd pour Messeigneurs sur lequel ils oïrent les sermons du frère Thomas Cotette lequel prescha en le court Mons. Lévesque. »

du lymeçon, lequel quand on passe près de luy retroit ses cornes par dedens et quand il ne ot (entend) plus riens, les reboute dehors, ainsy firent ycelles » L

Thomas Connecte se rendit ensuite à Corbie, puis en Artois. Le succès de ses prédications, de celle du Vendredi- Saint 1 2au cimetière Saint-Denis surtout, avait été considérable. 11 emporta en souvenir de l’échevinage un calice de vermeil3 et promit de ne point oublier les Amiénois dans ses prières. Mandé par le pape Eugène IV, qui doutait de l’orthodoxie de ses doctrines, il refusa de se rendre à Rome et il fut brûlé comme hérétique.

Cependant les périls du royaume de France s’aggravent de jour en jour. Un cjoup de main hardiment dirigé peut l’anéantir. Pour le sauver, Dieu suscite Jeanne d’Arc. On connaît les étapes de la mission providentielle de la vierge lorraine : Orléans, Patay, Troyes, Reims.

Le triomphe des armes françaises et le sacre de Charles VII ravivent, à n’en pas douter, le sentiment national au cœur des Amiénois opprimés par Le Josne. Lorsqu’aux jours heureux succède la période des revers, lorsque, tombée au pouvoir de Luxembourg, la Pucelle est remise au duc de Bourgogne et par lui livrée aux Anglais, lorsqu’elle est internée à quelques heures d’Amiens, dans la forteresse du Crotov, nous voulons croire que le mayeur de Berv, Pierre Clabault, Pierre et Thibaut du Gard, Jean de Conti et Jean Lorfèvre, pour citer les échevins les plus connus,

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