LE TEMERAIRE
L’armée bourguignonne en marche vers Amiens. — Le camp de Saint- Acheul. — Dammartin organise la défense. — Forces respectives des assiégés et des assiégeants. — Le maréchal Rouhault est chargé de la garde de la nouvelle enceinte. — Conférences entre le comte de Saint-Pol et le comte de Maries. — Première sortie repoussée. — Hésitations du duc de Bourgogne. — Attitude de Louis XI. — Le camp de la Fosse- Ferneuse. — Bombardement de la ville. — Suspension des hostilités. — Retraite de Charles le Téméraire. — Amiens indissolublement réuni à la couronne de France.
Amiens repris, c’était .l’humiliation subie à Péronne vengée. Le coup habilement préparé, plus habilement exécuté, déconcerte le duc de Bourgogne, tandis que Louis XI, au comble de ses vœux, prescrit une solennelle procession d’actions de grâces qui se déroule à travers les rues de Paris jusqu’au sanctuaire de Notre-Dame de Recouvrance, en présence de la Reine et de la duchesse de Bourbon.
Furieux de la défection des Amiénois, plus furieux peut-être de s’être ainsi laissé jouer, Charles le Téméraire rassemble en toute hâte, au camp de Wailly-les-Arras, une armée que Jean de Wavrin 1 estime à cinquante mille hommes, mais que Jean de Molesme 2, secrétaire du duc,
1. Jean de Wavrin. Anciennes chroniques d'Angleterre. Édit, de la Société de l’Histoire de France, T. III, p. 63.
2. Philippe de Commines. Mémoires. Édit, de la Société de l'Histoire de France, T. III, p. 278. Lettre du 23 mars 1471.
réduit au chiffre plus probable de trente mille combattants. 11 veut à tout prix rentrer dans Amiens et se met en route le 13 février.
Le 21 , le prince passe la nuit à Daours 1 , gagne Allonville, s’approche jusqu’à la Justice, accompagné de trois cents hommes d’armes, fait sonner les trompettes. « Ceux d’Amiens pouvoient pleinement veoir toute sa puissance qui estoit terrible à regarder. »
D’Allonville, le duc se dirige vers Picquigny, s’empare du château qui le rend maître du cours de la Somme, campe, le 4 mars, à Cléry, le lendemain, dans la vallée de la Selle, entre Saleux et Vers, le 7, sur les hauteurs dominant le Pont-de-Metz. Averti que le Roi et le connétable marchent sur Amiens à la tête de forces considérables, il se transporte à Saint-Acheul, le 10, et établit son camp, derrière les murailles de l’abbaye, du côté de Longueau, dans un parc auquel des charriots servent de clôture et que les soldats fortifient « tellement qu'il estoit périlleux à y entrer » 2.
L’avant-garde occupe la Fosse-Ferneuse. Miles de Bourbon reçoit le commandement du camp dont personne ne peut sortir sans permission. Les plus grands seigneurs de Flandre, de Picardie et d’Artois s’y trouvaient réunis, entre autres Jacques de Luxembourg, Philippe de Bourbon, Charles et André de Toulongeon, Jean et Jacques de Harchies, Philippe de Commines, Robert, de Saveuse, Baudouin de Lannoy, Jean du Biez, les sires de Fiennes, de Roucy, de Neufchastel, d’Arcv, de Carency, de Montigny, de Joigny, d’Esquerdes, de Humbercourt, de Bièvres, de Moreuil,
4. La marche du duc est consignée dans les États journaliers de dépense dressés par ses comptables, conservés aux Archives départementales du Nord. — Cf. M. Roux. Abbaye de Saint-Acheul , Pièces justificatives, n° xxxiii, p. 522.
2. Olivier de la Marche. Mémoires. Édit, de la Société de l’Histoire de France, T. III, p. 71.