Reg, aux Chartes AA 42, pp. 59 v
SIÈGE ü’AMIENS PAR CHARLES LE TÉMÉRAIRE.
Pour avoir si bien mérité de Louis XI, en s’exposant à de terribles représailles, les Àmiénois n’ambitionnent d’autre récompense que l’indissoluble réunion de leur cité à la couronne de France. Le traité de Troyes les a vendus à l’Angleterre et celui d’Arras aux Bourguignons. Redevenus Français par le rachat des villes de la Somme, le traité de Conflans les avait livrés encore à Charles le Téméraire. Cette douloureuse instabilité, si pénible pour le patriotisme de la grande majorité des habitants, menaçait d'anéantir le commerce et de les ruiner à tout jamais.
La spontanéité de la soumission à Dammartin, la loyauté proverbiale des bourgeois, le dévouement à l’égard des rois prédécesseurs de Louis XI, leur avaient créé des droits à la reconnaissance du prince. Ce n’est point assez d’avoir accordé l’exemption des droits de franc fief, l’abolition de certaines taxes onéreuses, l’autorisation, pour les échevins, de lever telles contributions qu’ils jugeront utiles pour l’achèvement et l’entretien de l’enceinte fortifiée1, d’avoir pleinement ratifié les privilèges octroyés dans la journée fameuse du 2 février. Les cruelles angoisses des six dernières semaines méritent mieux encore : la France entière se trouvait intéressée à ce que « l’une des meilleures, plus anciennes, somptueuses, notables et puissantes cités » ne demeurât pas davantage exposée à la merci des événements politiques.
Louis XI visite Amiens peu de jours après la retraite des Bourguignons, comble les vœux de ses fidèles bourgeois et remet au mayeur, Guillaume de Bery, les lettres patentes qui stipulent que leur bonne ville demeurera désormais « inséparablement unie à la couronne; sans que traités de paix, partages ou apanages l’en puissent jamais séparer » 2.