‹ Histoire de la ville d'Amiens (volume 3)Chapitre 196 sur 246 · Arch. mun. Délib. BB 13, p. 74 v°. 19 avril · texte numérisé non relu

Arch. mun. Délib. BB 13, p. 74 v°. 19 avril

Accensement à Me Jehan Dippre, chanoine, d’un terrain entre la porte

Saint-Denis et « le coing de la rue où soloit estre la porte Saint Michiel jusques à la rue qui se fera nouvelle ou encore à présent est le fossé de la vieille forteresse », c’est la rue Neuve (Amiral-Courbet).

Ibidem. BB 14, p. 188 v°. 27 juillet 1484.

Cens sur un terrain de l’ancienne forteresse « sur la rue et Voirie nouvelle en venant de Saint-Denis au carfour de le Belle Croix », c’est la rue du Fossé (Trois-Cailloux).

Ibidem. BB 14, p. 29. 24 février 1486.

Cens sur un terrain « estant des fossés de la vieille fortresse scéant du long et au derrière de la place nommée le Malemaison et en largeur jusques à la rue et Voirie nouvelle, en venant du carfour de le Belle Croix à la porte Saint-Fremin » .

2. Me de Gaucourt, héritier de l’évêque Jean de Gaucourt et les doyen et chapitre de l’église d’Amiens, prêtent à la ville 1,200 écus d’or, — 33 grands blancs et demi pour chacun. — S. Philippe de Morvilliers, S. Antoine Clabaut, S. Fremin le Normant, S. Antoine Caignet, Aubert Fauvel, Colart le Rendu et le grand compteur Jehan le Hérenguier, s’obligent et se portent garants pour le remboursement. 18 mai 1476.

3. Arch. mun. Délib. BB 13, p. 37 v°. Abandon aux marguilliers de Saint-Jacques des démolitions de la tour Saint-Jacques pour les matériaux être employés aux travaux à faire en leur église, à la condition qu’ils feront la démolition à leurs dépens.

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ensuite pour une période de quatre ans, les pouvoirs du mayeur Antoine Clabault, qui a attaché son norn à l’œuvre capitale de la réunion de la ville et des faubourgs L

Les dernières années du règne.

La nouvelle de la mort de Charles le Téméraire, tué sous les murs de Nancy, le 5 janvier 1477, fut accueillie à Amiens comme un gage de paix et de sécurité. Louis XI se trouvait délivré du plus redoutable de ses adversaires. Les villes que le duc de Bourgogne tenait en gage, entamèrent aussitôt des négociations avec Torcy. Abbeville ouvrit ses portes aux lieutenants du roi de France ; Montdidier, Péronne, Montreuil-sur-Mer, suivirent cet exemple. L’habileté de Philippe de Commines fut pour beaucoup dans ce mouvement qui rendait à la France la barrière de la Somme. Vers le même temps et par la même influence, les places de Ham, Bohain et Saint-Quentin se soumirent. Françaises de cœur et d’origine, ces populations reprenaient avec satisfaction leur nationalité vraie. L’Artois résista plus longtemps. Après un long siège, après des vengeances et des réactions sanglantes, le Roi finit par triompher du courage opiniâtre des bourgeois d’Arras.

Louis XI les proscrivit en masse et les malheureux habitants disséminés dans le royaume, privés de ressources et

1 . Antoine Clabaut, seigneur d’Hédicourt, gendre de sire Aubert Fauvel, l’un des plus riches bourgeois de la ville, dut à sa fortune indépendante et à sa grande intelligence de siéger presque sans interruption pendant plus d’un quart de siècle, dans l’échevinage où son influence ne cessa d’être prépondérante. Dix-sept fois mayeur, souvent pourvu d'importantes missions, il demeure sans contredit, l’une des plus grandes figures, la plus grande figure peut-être de nos annales. (A. Janvier. Les Clabault , pp. 83 et suiv.).

de protection, furent remplacés par des étrangers venus de Tours, de Troyes, d’Orléans et d’ailleurs. La ville s’appela Franchise. La haine contre le Bourguignon tenait du délire.

La prospérité commerciale d’Amiens s’accrut dès lors d’une nouvelle industrie, la Sayeterie , qui comprenait la fabrication très variée d’étoffes de pure laine, ou de laine mélangée de fil, ou même de pur fil. Des ouvriers sayeteurs, chassés d’Arras, sollicitèrent l’autorisation d’y exercer leur profession. Elle ne leur fut point accordée tout d’abord, car le Roi, qui les poursuivait de sa vengeance, ne le permit pas. Le 17 avril 1480, l’échevinage enjoignit cependant aux nouveaux venus de présenter un double des statuts d’Arras, et le 4 juin fut promulgué le règlement en trente-six articles qui stipulait les dimensions des saies, les conditions du travail, d’apprentissage et de maîtrise de cette industrie lucrative, dont notre ville eut longtemps le monopole et qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours sous le nom d'articles d'Amiens b

Marie de Bourgogne, fille et héritière de Charles le Téméraire, avait épousé Maximilien d’Autriche. Depuis cinq ans, Louis XI ne cessait de négocier. La mort de la duchesse, succombant aux suites d’une chute de cheval (27 mars 1482), leva le principal obstacle aux traités. Elle laissait deux enfants dont les Gantois s’attribuèrent la tutelle, en même temps qu’ils envoyaient au roi de France une députation chargée de demander la paix. Les ambassadeurs flamands passèrent et repassèrent par Amiens2. Louis XI

d. Arck. mun. Registre aux brefs et aux statuts AA 13, pp. 235 y0, 248. 4 juin 1480. « Brefs et statuts des saiteurs d’Amiens. » — 19 janvier 1510. « Modification aux brefs et statuts des saieteurs d’Amiens. » Comptes 1480-81, pp. 21. Première mention du droit de x sols perçu sur les apprentis et apprenties du métier : vingt-huit l’ont acquitté.

2. Ibidem. Comptes 1481-82, p. 42 v°. « A la taverne du blancq cherf le xxne jour d’octobre pour quatre kanes de vin à monsieur le président

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désirait, lui aussi, la paix. Il désirait plus encore la réalisation d’un beau rêve : les fiançailles du Dauphin avec la fille de Maximilien.

D’une part, l’habileté de d’Esquerdes \ que l’on était parvenu à détacher de la cause désormais perdue des ducs de Bourgogne et nommé récemment « lieutenant général es marches de Picardie », de l’autre, les intelligences secrètes avec les Gantois les plus influents, triomphèrent finalement du mauvais vouloir du prince qui consentit à envoyer des ministres plénipotentiaires à Arras, où se trouvaient de la part de la France, d’Esquerdes, le premier président de la Vacquerie, Olivier de Coëtmen et Jean Guérin. On arrêta les bases du traité. Les premiers articles réglaient le projet de mariage. La fiancée avait trois ans et devait être élevée en France jusqu’au jour de la célébration des noces. Louis XI conservait la Picardie et la Bourgogne (23 décembre) 2.

L’échevinage, aussitôt informé de la signature de ce traité 3, prescrivit des actions de grâce et des réjouissances

de le Vacquerie, xv s. » — « A la taverne du blancq bœuf le xxixc de décembre pour dix kanes de vin présentées à MM. les ambassadeurs de Flandre. »

1. Philippe de Grèvecoeur, seigneur d’Esquerdes, fils de Jacques de Crèvecœur et de Jeanne de la Trémouille, mort en 1494, gouverneur de l’Artois et de la Picardie, pour le duc de Bourgogne, passé au service de la France, à la mort de Charles le Téméraire, Il avait épousé Isabeau d’Auxy.

2. Arch. mun. Reg. aux Chartes AA 5, p. 210 v°. Le duc d’Autriche et les États de Flandres avaient exigé la ratification du traité d’Arras par l’Université et par vingt-sept villes de France. Voir le procès-verbal de l’assemblée des trois états du bailliage d'Amiens réunis à cet effet le 2 janvier 1483 (n. s.).

3. Ibidem. Comptes 1482-83, p. 72. « A Gabriel, chevaucheur de l’escurie du Roy nostre sire, la somme de vi escus d'or qui valent ix livres xvm sols, par à cause de certaines lettres qu'il avait apportées de par mons. le premier président du Parlement, de la ville de Franchise 'Arras), touchans le traitté de la paix faitte entre le Roy et le duc d'Autriche. »

publiques. 11 y eut Te Deum , procession, feux de joie, beau et docte discours adressé aux bourgeois et représentations théâtrales b

Mademoiselle d’Autriche arriva à Amiens à la fin de mai, venant d’Hesdin, où M. et Mme de Beaujeu1 2 étaient allés la recevoir des mains du sire de Ravenstein. On lui avait préparé une réception magnifique. Les rues étaient tendues sur le passage du cortège qui pénétra en ville par la porte Montrescu. De distance en distance, s’échelonnaient des échafauds sur lesquels les compagnons joueurs de farces mimaient des scènes de circonstance. Pierre de Dury et Pasquier de Bettembos se signalèrent dans une représentation toute flatteuse pour la Maison de France, que l’auteur faisait descendre de Francion, fils d’Hector, afin de relier le futur époux de la princesse Marguerite aux héros de Troie la grande3.

Mme de Contai eut l’honneur de recevoir les hôtes princiers en son logis de la rue du Soleil 4. C’est là que le mayeur offrit les riches présents de la ville : à la Dauphine, une nef

1. Arch. mun. Comptes 1482-83, p. 74 v°. «A Pierre de Dury, orfèvre et clerc des ou3rrages d’icelle ville, la somme de lx s. pour sa paine et travail de avoir fait ung jeu qui par lui et aultres joueurs a esté joué sur un chariot en divers lieux avant laditte ville, à la louange et honneur du Roy, de mons. le Doffin et du traittié de paix. »

2. Anne de France, fille aînée de Louis XI, épouse de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu. Délib. BB 14, p. 90 v°.

3. Arch. mun. Comptes 1482-83, p. 77 v°. « A Robert le Mangnier et aultres compaignons des paroisses de Saint-Souplis, Saint-Leu, Saint-

Fremin, Saint-Germain, Saint-Remy, Saint-Martin, xi livres pour

avoir joué sur hours en divers lieux, du long le cauchie, à l’entrée de madame la doffine, dix hystoires montrées par personnaiges et à Pierre de Dury xx sols pour luy et ses compaignons pour avoir joué meilleure hystoire que les autres » Cf. page 344, note 3.

4. Ibidem. Délib. BB 14, pp. 53, 94 v°. Marguerite de Lulli, veuve de Guillaume Le Josne, sire de Contai.

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en vermeil surmontée de tourelles, et k Mme de Beaujeu deux drageoirs et deux cuillers également en vermeil œuvres d’artistes amiénois.

Mademoiselle d’Autriche reprit ensuite sa route vers Paris. Elle y fit son entrée le 2 juin et de Paris fut conduite à Àmboise, pour la cérémonie des fiançailles.

Antoine Clabault et Jean le Normant s’y rendirent sur l’invitation du Roi et assistèrent à l’entrée de la Dauphine, en compagnie des députés de la plupart des villes de France. « Les rues d’Amboise étaient tendues de cordes et de draps au-dessus comme l’on fait à Amiens à la procession du Saint-Sacrement »1 2.

A l’issue de la cérémonie au château, Louis XI lit envoyer aux délégués de ses bonnes villes « vins et poissons pour diner ensemble et faire grande chère » (23 juin 1483). Les promesses les plus séduisantes ne leur furent point épargnées. Le dauphin les recevant un jour après la messe leur dit :

« Je vous remercie de la peine que vous avez prise pour moi et si vous avez besoin de moi, je suis à vos ordres. »

En présence des sires de Beaujeu, de Dunois et d’Albret,

1. Arch. mun. Comptes 1 482-83, p. 80 v°. «A Jehan Alart, Jehan Grouche, Pierre Fauvel, Jehan Damiens, Henry Coroier, Pierre de Dury et Pierre Quinquant, orfèvres, demourans à Amiens, la somme de vic lxxiiii livres ii sols vi deniers, assavoir xiixx ix livres xv sols pour deux drageoirs et deux cuilliers d’argent demi dorez par eulx fais et livres pour la ville, pesans ensemble xvn marcqz deux onches et quinze estrelins, au pris de x livres vm sols le marcq non ouvré et nu livres pour dorure et fachon chacun marcq et 1111e xxim livres vii sols vi deniers pour avoir fait et livré ung navire d’argent dorée garnie de chasteaux et de piet pesant trente marcqs deux onches et demie au priz de x livres vm sols le marcq et pour le

dorure et fachon de chacun marcq lxxii sols » Les deux drageoirs offerts

avec les « louchettes » à Mme de Beaujeu; le navire, àMme la Dauphine.

2. Ibidem. Délib. BB 14, p. 98. 12 juillet 1483. Relation par Antoine Clabault de son voyage à Amboise.

le chancelier laissa entendre qu’on les avait mandés pour être les témoins du royal hymen, mais plus encore dans le dessein de les réunir prochainement à Tours, afin de les consulter touchant la réforme de la justice et d’établir, s’il était possible, une loi, un poids, une monnaie. On leur promit aussi l’abolition des péages. Enfin Louis XI annonçait la convocation très prochaine des États du royaume. « Je sais bien, dit-il, en congédiant les députés, que vous aimez mieux me voir vieil homme que mort » l.

Une loi, un poids, une monnaie, la suppression des entraves au commerce, autant de bons et beaux projets que le Roi devait emporter dans la tombe !

La mort, qui avait combattu pour lui en frappant successivement ses adversaires, étendait maintenant la main sur « le vieil homme ». Plus que personne, « convoiteux de vivre », il mettait tour à tour ses espérances dans le secours du ciel et dans le secours de son médecin, Jacques Goictier, praticien cupide qui en abusait pour extorquer des sommes énormes et combler sa famille de faveurs. Pierre Versé 2, l’un de ses neveux, fut pourvu de l’évêché d’Amiens. Il s’en montra d’ailleurs parfaitement digne.

Le 25 août, Louis XI fut frappé d’une attaque d’apoplexie et succomba cinq jours après, au château de Plessis-les-Tours. Beaujeu, qu’il avait établi, conjointement avec Anne de France, pour gouverner le royaume pendant la minorité de Charles VIII, notifia immédiatement l’événement au mayeur et aux échevins. Le lendemain, le jeune Roi leur donnait l’assurance formelle que le changement de règne ne modifierait en aucune façon les stipulations faites à Arras, soit

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