Arch. mun. Délib. BB 16, p
se trouvait nécessairement exposé à toutes les vicissitudes, en butte à tous les dangers résultant d’une situation frontière1.
1. Ibidem. BB 16 pp. 209 à 212. Novembre 1492. Mesures de guerre : on mettra à la garde de la porte Montrescu, chaque jour, deux postes, soit seize hommes armés et « embastonnés », à la porte de Beauvais, huit hommes ; aux portes de Noyon et de la Hotoie, trois hommes.
Chaque nuit, quatre postes en quatre quartiers feront le guet au rempart.
On placera l’artillerie de la ville sur le rempart.
Le guet du beffroi sera renforcé de quatre hommes afin de garder sûrement la grosse cloche.
Les femmes veuves riches comme la veuve de Bery, la veuve de Colart le Rendu, la veuve du Crocquet, la veuve de Firmin le Normant seront contraintes d’envoyer à leur tour et à leurs dépens des hommes à la garde des portes et au réveil (guet de nuit).
Les gens d’église se réuniront « embastonnés » par quartiers. Le maître des ouvrages fera placer des clochettes aux portes où il n’y en a pas.
On installera une eschauguette (guérite) pour faire le guet de jour sur la porte du « bolvert » de Montrescu.
Un boucher originaire de Bruges établi près la porte Saint-Firmin sera expulsé. Les habitants nés aux pays d’Artois et de Flandre ne seront autorisés à demeurer en ville, qu’à la condition de prêter serment au Roi, à l’hôtel des Cloquiers.
On fabriquera cent-vingt maillets de plomb pour en armer les religieux des trois ordres mendiants et les enfants des grandes écoles en état de « porter bastons, dont les maistres respondront. »
Voici la disposition des quartiers avec leurs quartiniers :
Pour le premier : Jehan Bertin, grainetier et Pierre de Barly, depuis la tour du Vidame jusqu’à le porte de Montrescu.
Pour le second : S. Nicolas Fauvel et Robert aux Cousteaux depuis la porte de Montrescu jusqu’au pont du Cange.
Pour le troisième : Me Jehan de Lully et Pierre de May depuis le pont du Cange jusqu’à Rabuissons.
Pour le quatrième : S. Jehan Peredieu et Loys d’Aut depuis la tour des Rabuissons jusqu’à la tour du Vidame.
Chacun de ces quartiers des remparts correspond, pour le service du guet des gens d’église, à autant de secteurs. La ville est ainsi divisée en quatre secteurs dont le point de départ est le carrefour de Saint-Mcirtinau-Bourg.
TRENTE ANNÉES DE PAIX
Malgré le péril qui menaçait le royaume, le Roi ne voulut rien changer à la base des tailles arrêtée à Tours et se contenta d’y ajouter successivement, sous le nom de crues, des subsides extraordinaires. Paris dut fournir mille hommes pendant trois mois, et Amiens trois mille livres tournois (environ 84,000 francs)1.
C’est ici que se place la légende du coup de main tenté sur notre ville par un lieutenant de l’archiduc, maître d’Arras, légende dont une femme serait l’héroïne.
Voici le récit tel qu’il se lit dans la mer des Histoires 2, recueil historique presque contemporain. Il est minuit; les habitants du faubourg Saint-Pierre entendent du bruit. Une femme court aux fossés, appelle la sentinelle, signale la présence des gens de l’archiduc. On sonne la cloche du guet, celle du beffroi s’ébranle aussitôt, la population épouvantée descend en armes dans les rues, vole aux remparts. Par bonheur, la lune brille : « 11 faisait aussi clair quasi comme de jour ». On pointe l’artillerie, l’ennemi s’enfuit. Rubempré veut poursuivre et les bourgeois ne demandent que cela. Le mayeur Clabault tempère leur ardeur. « Nous devons nous borner à garder la ville, dit-il. Le Roi ne réclame rien autre chose de nous. »
Les archives locales sont absolument muettes concernant cette tentative de surprise, qui aurait eu lieu entre le 4 novembre 1492, date de la reprise d’Arras par les Impériaux, et le 23 mai 1493, date du traité de Sentis, qui mit fin aux hostilités.