Histoire de la ville d'Amiens
Le second volume de Y Histoire delà Ville d’Amiens s’arrête au 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799). Au milieu de la désorganisation à laquelle présidait le gouvernement du Directoire, chacun se prenait à souhaiter l’avènement d’un pouvoir fort et respecté qui préservât la France de la ruine et la sauvât des théories dissolvantes auxquelles elle se voyait exposée. Les Jacobins, en lutte avec les républicains modérés, les accusaient de trahison ; les modérés reprochaient au Directoire son incurie et à la Constitution ses défauts. L’anarchie régnait partout, la Nation épuisée interrogeait l’avenir avec anxiété.
Ce n’était pas seulement la République que compromettaient l’avilissement de l’autorité, le mépris de la hiérarchie, la dépravation des mœurs : c’était la société toute entière qui marchait à sa perte, lorsque Bonaparte survint environné du prestige de la victoire.
J’ai dit comment les Amiénois accueillirent le coup d’Etat de Brumaire, avec quelle satisfaction ils saluèrent l’avènement des Consuls et le nouvel état de choses
substitué au régime dont Gay-Vernon était l’agent déconsidéré dans le département de la Somme. Atteignant le seuil de notre histoire municipale la plus actuelle, je craignis alors de le dépasser.
« Nous touchons au terrain brûlant de la politique moderne, écrivais-je en terminant les pages dans lesquelles je m’efforçai de retracer les fastes de notre ville, ce sera la tâche d’un annaliste de l’avenir de suivre les Amiénois à travers les vicissitudes du xixe siècle. » Et voici que, cédant à l’attrait de l’œuvre qui a rempli la meilleure partie de mon existence, je deviens l’annaliste dont, hier encore, je redoutais les responsabilités.
C’est que l’histoire contemporaine, si féconde en crises politiques, a vu se produire d’importantes transformations auxquelles la Ville d’Amiens ne demeura point étrangère ; c’est que l’étude de cette histoire prend chaque jour une importance plus grande dans les préoccupations des hommes éclairés et dans l’enseignement de nos collèges et de nos écoles.
On peut se demander si l’impartialité est possible lorsqu’il s’agit d’une époque immédiate, que nous avons en partie vécue. Chacun a des préférences théoriques, natives ou acquises au cours du temps, et ne saurait s’en affranchir totalement.
Mon but est d’établir la part qui revient à chacune des municipalités dans les progrès réalisés, abstraction faite des principes politiques qui les inspiraient. Sans espérer mettre d’accord sur les événements accomplis
tant d’esprits, d’ailleurs sincères et droits, que leur appréciation divise encore, je voudrais tout au moins que le lecteur rendît justice à la modération du récit. J’enregistrerai scrupuleusement les faits, aspirant à faire revivre la vérité, telle qu’elle m’est apparue à travers les documents contemporains, telle que les survivants des générations de 1815 et de 1830 me l’ont révélée, telle enfin que moi-mème j’ai pensé l’entrevoir.
Je crois être en droit de dire que je n’ai rien négligé pour que cette étude historique soit digne des suffrages de mes concitoyens. Ils voudront bien tenir compte des difficultés qu’elle présentait, et pardonner la témérité de l’entreprise en raison de l’intérêt qui s’y attache.
Histoire de la Ville d'Amiens au XIX? siècle
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