‹ Histoire de la ville d'AmiensChapitre 160 sur 197 · Journal d'Amiens, 23 octobre · texte numérisé non relu

Journal d'Amiens, 23 octobre

De nouvelles informations parvenues dans la soirée calmèrent les inquiétudes L Les Prussiens s’étaient avancés en force jusqu’à Breteuil, mais pour se replier aussitôt.

Il n’entrait point encore dans les vues du général de Moltke d’étendre la zone d’investissement au delà de quinze lieues de Paris. Beauvais et Clermont demeuraient les points extrêmes de l’occupation permanente. Si la division de cavalerie du comte Lippe poussait des reconnaissances jusqu’à Saint-Just, Breteuil, Montdidier, au Nord, et jusqu’à Grandvilliers, Formerie, au Nord-Ouest; si quelques engagements avaient lieu avec les francs-tireurs ou avec les troupes chargées du service des avant-postes, ces mouvements, qui inquiétaient Amiens, n’avaient d’autre but que de l’inquiéter, en effet. Le .général de Moltke ne pouvait distraire du siège de Paris des forces suffisantes pour étendre à Bouen et à Amiens une occupation que l’intérêt du ravitaillement de l’armée assiégeante ne rendait pas nécessaire. Toute autre deviendrait la tactique des Allemands dans le cas où l’armée en formation dans le Nord deviendrait assez importante pour essayer une diversion sur Paris, car il importerait de la tenir à distance en reculant la zone d’investissement.

L’énergie du général Farre et la nomination du général Bourbaki au commandement de cette armée (18 octobre) rendirent cette éventualité très prochaine, précisément à l’heure où la reddition de Metz donnait à Moltke la libre disposition des troupes dont il avait besoin pour occuper, autour de Paris, un périmètre plus étendu 1 2.

1. Arch. mun. Invasion. Dépêche expédiée à 10 h. 45 du soir :

« Maire d’Amiens à maire Boulogne :

« Ne partez pas maintenant. Attendez dépêche. Général fait coucher troupes. Croyons avoir instant de répit. Prussiens se retirent. »

2. Henry Daussy. La ligne dr la Somme pendant la campagne de 4 870- 1 87 1 . Paris, Dumaine éditeur, pp. 19 et 20.

De toutes les nouvelles qui venaient, coup sur coup et avec une impitoyable continuité, attrister notre population, aucune n’a déterminé une émotion comparable à celle que produisit l’annonce de la capitulation de Metz (27 octobre), apportée par des journaux anglais. Au premier moment, personne ne voulait y croire. Le désastre de Sedan était dépassé! Le maréchal Bazaine enlevait à la Patrie plus de 100,000 de ses défenseurs et ouvrait une large brèche à l’invasion, qui allait fondre sur nous avec un redoublement d’impétuosité.

L’indignation débordait 1 !

Les conséquences du malheureux événement étaient faciles à prévoir. Le général de Moltke s’appliquerait à compléter l’occupalion de la ligne de chemins de fer qui décrit un demi-cercle de trente lieues de rayon environ, au nord de Paris et qui, partant de Reims, passe à Laon, La Fère, Tergnier, Amiens, Rouen. Les Prussiens tenaient Reims et Laon. Il leur fallait et ils prendraient successivement La Fère, Amiens, Rouen.

En attendant que la guerre, dans sa triste réalité, fut aux portes d’Amiens, cette douloureuse perspective engendrait la misère. Les ateliers se fermaient, les transactions commerciales se ralentissaient 2, les dépenses privées, subitement interrompues, cessaient d’alimenter la circulation du numéraire3, les recettes de l’octroi devenaient insignifiantes.

Page 1