‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 20 sur 90 · LES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES

On comptait onze églises, dont dix paroissiales, dans les trois quartiers de la Cité, indépendamment de la cathédrale et des sept églises de l'abbaye de Noire-Dame. Elles furent toutes consumées par les flammes dans l'incendie de Îlî2, et reconstruites peu de temps après.

Le quartier St-Georges en renfermait quatre : St-Georges , Notre-Dame et Saint-Pierre-au-Marché, et Saint-Etienne-de-la- Yille. Les deux premières étaient placées près de la porte Chevresson, à côté de l'endroit que l'on nommait le Vicux-Monl. Elles furent détruites avec Saint-Etienne-de-la-Ville, dont nous ignorons l'emplacement, lors de la construction de la citadelle, en î59o.

Saint-Pierre-au-Marché était placé à l'extrémité du Cloître. On prétend que le premier vaisseau en avait été construit , en ol5 , par Clotilde , reine de France. Cette église était d'abord une collégiale : après la destruction des trois églises précédentes, leurs biens furent réunis à Saint -Pierre, qui devint en même temps paroissiale. Cette église a été transformée en habitation particulière dans ces derniers tem[)s; on en voit encore des vestiges.

Le quartier Sainte-Geneviève renfermait trois églises : Ste- Geneviève, Sainte-Benoîte et St-Corneille. Sainte- Geneviève était placée dans l'impasse de ce nom; elle était fort ancienne, et existait dès le (î'""' siècle. En C50 , Landon , archevêque de Reims, lui donna le village d'Eppes avec ses dépendances. A la lin du iS""' siècle, les chanoines de la cathédrale y établirent un chapitre d'hommes. Cette église a été détruite dans la révolution.

Sainte-Benoîte se trouvait au fond de l'impasse de ce nom , dans la rue porte Royer. Elle était autrefois , dit-on , succursale de l'éghse Saint-Pierre d'Ardon.

L'église de Saint-Corneille et Saint-Cyprien ne fut jamais paroissiale : c'était , dans l'origine , la chapelle du palais royal qui s'élevait dans son voisinage; elle était desservie par les curés de la ville, qui, avant le 11""' siècle, y vivaient en communauté, constitués en confrérie. Cette église était placée à l'entrée de la rue Sainte-Geneviève : on en voit encore des restes.

îl y avait quatre églises dans la Cité proprement dite; c'étaient : Saint-Remi-Porte , Saint-Martin-au-Parvis, Sl-Remi- Piace et Saint-Michel.

St-Remi était placée h. la porte du Cloître , d'où lui venait son nom de Saint- Rémi à la porte. Cette petite église, reconstruite au 16""^ siècle, formait un vaisseau carré; ses portails présentaient des détails pleins de goût, dans le style de la renaissance. Elle a été abattue en 1840; les archéologues en déploreront longtemps la perte.

11 y avait anciennement dans cette église une confrérie célèbre sous le nom de Saint-Maur. Les biens en furent réunis h l'hôpital, en 1G83.

Saint-^ïartin-au-Parvis tirait son nom de sa position sur le parvis de la cathédrale , contnî et a gauche du grand j>ortail : cette église, plus grande que la précédente, avait la forme

tl'uiie croix latine. La nef existe encore; elle est transformée en habitation particulière.

L'église Saint-Michel était placée à l'entrée de la Cité , près de la porte Mortée. Une très-ancienne tradition veut qu'elle ait été construite sur les ruines d'un temple élevé au dieu Mars par les premiers habitants de Laon. Elle était formée d'un vaisseau carré de petite dimension, et accompagnée d'une tour surmontée d'une flèche en bois. Cette tour et sa ilèche ont été démolies dans la révolution comme menaçant ruine , et l'église en 1838.

L'église de Saint-Remi-à-la-Place tirait son surnom de sa position sur la Placette. On la nommait aussi Saint-Remi au velours , parce qu'elle était fréquentée par la majeure partie des familles riches de la ville. Elle a été convertie en salle de spectacle en 1807, et existe encore avec cette nouvelle destination.

Le Rourg renfermait six églises qui étaient : Saint-Victor, Sainl-Jean-au-Rourg, Saint-Cyr, Saint-Julien, Sainl-Pierrele-Yif et Saint-Martin.

L'église Saint-Victor était placée dans les Chenizelles , non loin de la porte de ce quartier : elle fut détruite par les Anglais, en 15o9.

Celle de Saint-Jean était en même temps collégiale. Elle s'élevait près des murs et du rempart actuel de Saint-Jean : elle fut reconstruite au IG'"" siècle. On en voit encore l'abside, qui est circulaire.

L'église Saint-Cyr était placée dans la rue de ce nom ; œlle de Saint-Julien , à l'entrée de la rue des Casernes. Cette dernière était très-ancienne : elle existait déjà au 10'"' siècle. Les villages de Clacy et Thierret dépendirent longtemps de sa paroisse.

L'église Saint-Julien devint collégiale au 12"'* siècle : on voyait autrefois auprès d'elle le caveau où saint Génébaud ac-

coiiiplit sa pénitence. Saint-Cyr a été détruite dans la révolution , et Saint-Julien vers 1820.

L'église Saint-Pierre-le-Viel ou le Vif était placée près de celle de Saint-Martin, dans la rue de l'Ancien-ColIège. On pense qu'elle avait été c/»nslruite par saint Béat. Ce n'était , dans l'origine, qu'un petit oratoire souterrain, où les chrétiens se rassemblaient dans les temps de persécutions, pour s'y livrer aux exercices de la religion. Le vaisseau de cette église, reconstruit dans l'un des derniers siècles, existe encore; il a été transformé en manufacture de laine.

Nous parlerons ailleurs de l'église Saint-Martin.

Indépendamment de ces six églises, on trouvait encore plus anciennement deux autres églises dans ce quartier. La première était celle de Sainte-Preuve, que l'on dit avoir été fondée au 6""^ siècle par Clotilde, reine de France. On sait qu'elle s'élevait sur le Bourg, mais on en ignore la place précise. Elle était desservie par un prieur et des religieux qui , dit-on , furent chassés au l^™" siècle par des mal intentionnés. La seconde était l'église Saint-Just. Celle-ci se voyait a peu près à la place où est aujourd'hui la chapelle du cimetière. Elle fut réunie à celle de Saint-Cyr, au li"'" siècle.

On comptait trois églises dans la ville de Saint-Yincent : Saint-Etienne-des-Champs , Saint-Bemi-a-la-Tour et Sainte- Ceneviève-hors-des-Murs.

L'église Saint-Etienne-des-Champs ou Saint-Etienne-du- Mont , était placée à peu près à l'endroit où l'on a percé la nouvelle porte de Paris. La nef en fut démolie en lo45, pour construire le rempart de ce côté : le chœur fut abattu en io95, lors de la construction du bastion que l'on voit encore en ce lieu.

Celle de Saint-Remi-à-la-Tour était située près de la tour Saint-Remi, qui tire son nom , dit-on, de ce que saint Rémi , archevêque de Reims, aimait à se retirer, avant son pon-

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tifical , dans cet endroit de la montagne alors désert. Elle fut démolie en 1545, lorsqu'on construisit le rempart depuis cette tour jusqu'à celle d'Eve.

Sainte-Geneviève-des-Champs ou Sainte-Geneviève-hors-des- Murs, était placée sur le chemin de Saint-Yincent ; nous ne pouvons en assigner l'emplacement d'une manière plus précise. Elle fut détruite par les Anglais, au 14"''' siècle.

La Villette de Saint-Yincent renfermait quatre églises , non compris celle de Saint-Yincent; c'étaient : Saint-Autbod , St- Genest, Saint-Génébauil et Saint-Hilaire.

E'église de Saiut-Autbod , vulgairement Saint-Aubeiif , était placée à peu près a l'endroit où est le calvaire actuel ; celle de St-Genest se voyait près des Creuttes. Nous ignorons l'emplacement de celle de St-Génébaud, qui avait été construite, dans les dernières années du 1 2"* siècle, par un abbé de St-Yincent. Ces trois églises lurent détruites par les Anglais, en loaO.

L'église de St-Hilaire était située près de la porte d'entrée et des murs de l'abbaye de Saint-Yincent : c'était l'ancienne église des religieuses de Saint-Hilaire. Elle servait de paroisse à La Yillette et à Semilîy. Après la destruction de sa nef par les Anglais, le chœur continua de servir jusqu'en 1590, époque où la chapelle de Semilly ayant été érigée en paroisse, on le démolit à son tour pour agrandir cette même chapelle avec ses matériaux.

Indépendamment de ces églises paroissiales, il y en avait encore plusieurs autres renfermées dans l'enceinte des couvents ou des abbayes de la ville.

Eglise de Saint -Vincent. — On n'a aucun renseignement sur la première église de Saint-Yincent : on sait seulement qu'elle avait été reconstruite au II""" siècle par l'abbé Régnier, et terminée en 1072. Cette église était presqu'entièremeiit en bois, et fut bâtie avec le bois que le roi Philippe I" permit aux religieux de prendre dans la forêt de Crêpy.

Moins (l'un siècle après, c'est-a-dire en 1145, cette église fut incendiée par la foudre et entièrement détruite. Un abbé de cette maison, nommé Hugues, la reconstruisit et cette fois tout en pierres; les travaux durèrent 50 ans, de 1175 à 1205. Ce nouveau vaisseau avait 500 pieds de long, et 100 pieds dans la croisée ; ses collatéraux seuls étaient voûtés. Selon le goût du temps, dit un ancien historien, on en fit le chevet carré et on le perça d'une croisée circulaire (rose). Les extrémités des ailes (transseps) étaient terminées de même.

Le portail se composait d'une porte géminée centrale, surmontée d'une grande arcade ogivale, et d'un pignon très-aigu dans le style du ÎG'"*' siècle, avec deux petites portes latérales disposées de même. Dans les intervalles, les murs étaient décorés de hautes arcatures entre lesquelles se montraient des statues portées sur des socles élevés. Au-dessus régnait une petite galerie , et l'arcade était percée d'une rose dans le style flamboyant. Le tout se terminait par une corniche et un pignon , également décorés d'arcatures. Quatre clochetons, dont deux placés à l'extrémité des contreforts , complétaient ce portail. Ces derniers étaient aussi surmontés de statues portées sur des socles.

A l'intérieur, cette église présentait dans son ordonnance générale et ses détails, une grande ressemblance avec la cathédrale. A St-Vincent, l'ogive peut-être moins indécise que dans cet édifice, s'y montrait aussi partout mêlée au plein cintre; une large allée principale entourée d'étroits bas-côtés; des colonnes dont les chapiteaux portaient les mêmes ornements ; des travées ogivales surmontées d'une seule petite galerie ; des voûtes également ogivales, et dont les nervures retombaient sur des faisceaux de colonnettes qui descendaient elles-mêmes jusque sur les grosses colonnes, en se rattachant aux parois (le l'église par des anneaux ; un chevet carré percé de trois icnêlres lancettes dans le bas, et d'une rose dans le haut; une

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double rangée de petites fenêtres cintrées ou a peine ogivales, ouvertes au-dessus de la galerie et le long des bas-côtés; tout, en un mot , dans l'église de Saint-Vincent , rappelait la cathédrale et paraissait avoir été copié sur elle. Néanmoins, elle n'était ornée que d'une seule tour , qui ne lut même terminée qu'en 1511. A cette époque, on reconstruisit le portail (nous venons de voir que le style est en effet de ce temps), et l'on voûta la nef.

Quelques années après, le 14 septembre 1556, la foudre tomba sur celte église pendant que les moines chantaient matines, passa au-dessus d'eux sans les toucher, arracha quelques pierres dans une chapelle, entra dans les combles où elle brisa une partie de la charpente sans y mettre le feu , et ressortit par une fenêtre.

La voûte de la nef et le grand clocher s'écroulèrent en 1012, par suite de l'ébranlement (jue l'église avait soulfert durant le siège de Laon par Henri IV, cpii avait placé du canon sur cette même tour.

Celte église a été abattue pendant la révolution française, et il n'en reste plus que quelques pans njéconnaissables.

Eglises de Sainte-Marie. — Lorsqu'au milieu du 7"" siècle, Sainte Salaberge fonda à Laon l'abbaye de Sainte-Marie , elle lit construire sept églises pour les besoins de sa communauté. Elle consacra la première à la vierge Marie; la seconde était sous le vocable de saint Michel et de tous les anges; la troisième, de saint Jean-Baptiste et de tous les patriarches et prophètes; la quatrième, de sainte Marie-Madeleine; la cinquième avait été élevée en l'honneur de la Sainte-Croix ; la sixième, de saint Aper, martyr; et la dernière, de saint Pierre et de tous les apôtres. Les six premières étaient renfermées dans l'enceinte même du monastère; la septième s'élevait à l'entrée, du côté de la porte Rover.

Cinq de ces églises subsistaient encore au commencement

tlii 42""' siècle; mais celles de saint Aper et de la Sainte-Croix étaient déjà tombées de vétusté. Les autres furent détruites par l'incendie de 1112, car elles étaient en bois.

On ignore si toutes furent alors reconstruites; mais il est permis d'en douter; car il n'est plus dès-lors question que de deux d'entre elles, l'église de Saint-Pierre et celle de Sainte- Marie. La première fut abattue en 1145, la seconde en lo90.

On voit encore les ruines de cette dernière : elle était placée à la pointe de la montagne qui domine la cuve Saint-Vincent. On peut s'assurer qu'elle avait la forme d'une croix latine et qu'elle était terminée par un chevet circulaire. Sa longueur pouvait être de 80 mètres, et sa largeur de 40. On n'y voyait point de bas-côtés.

Cette église fut démolie par les ligueurs , dans la crainte que, placée comme elle l'était sur le rempart, elle n'en facilitât l'escalade aux troupes royalistes. On trouva dans les murs, des cheveux enveloppés de vieux taffetas, et une petite bouteille de verre pleine d'huile.

On voyait dans l'église de Ste-Marie, le tombeau en marbre blanc d'Etienne de Suzy, cardinal et chancelier de France, mort en 4511.

Eglise des Capucins. — Nous ne possédons aucune espèce de renseignement sur cette église, qui fut démolie dans le cours de la révolution française.

Eglise des Cordeliers. — Cette église, également détruite à cette époque, renfermait les tombeaux de plusieurs personnages distingués.

On y voyait celui d'Antoine Dubourg, chancelier de France, qui mourut à Laon en 1558, écrasé sous les pieds de la foule par laquelle il avait été renversé de sa mule pendant qu'il descendait la montagne. Il était représenté à genoux et les mains jointes.

On y voyait aussi la tombe de Guillaume d'Harcigny, médecin de Charles Vï, mort en 1595. Ces mots étaient gravés

h l'entour : Obiit venerandœ memoriœ magisler GmUehmis De Jlarcigny , anno salulis 4593, die mensis Jiinii decimo. — Deo et nalurœ redde simplicia acta compositi : sint Deo grata.

Eglise des Minimes. — Ce monument, de moyenne dimension , n'existe plus entier. Après avoir été longtemps le réfectoire du coliège, on t'a, dans ces dernières années, rendu à sa destination primitive. Il sert aujourd'hui de chapelle h cet établissement.

L'église des Minimes n'offre rien de remarquable dans son architecture. Ses voûtes, formées d'ogives de transition, sont supportées par de lourdes et épaisses nervures, réunies au centre par une clef fieuronnée , et reposent sur des colonnes Irès-grêles. Tout, dans cette construction, accuse le IS""" siècle.

Deux particularités sont à noter dans cet édifice : la première, c'est qu'il a toujours été considérablement enterré audessous du sol environnant; aussi l'a-t-on coupé dans sa hauteur par un plancher, afin d'en mettre le pavé de niveau avec celui des places voisines; la seconde, c'est que le dessus en était occupé par le dortoir des religieux , chose contraire aux prescriptions de l'église , car les anciens canons défendent expressément de faire servir à aucun autre usage que celui du culte, les édifices élevés pour lui.

A cette petite église se rattache un grand souvenir : selon la tradition, c'est dans son enceinte que le fameux Abailard aurait enseigné, quand, au 12"'" siècle, il voulut élever à Laon une école en opposition avexî celle d'Anselme, le célèbre ducleur des docteurs.

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