‹ Histoire de la ville de Laon et de ses institutionsChapitre 89 sur 90 · HÔTEL DE MONNAIES · texte numérisé non relu

HÔTEL DE MONNAIES

Dès le temps de la première race des rois de France, Laon possédait un atelier monétaire. Cet établissement s'y perpétua sous la seconde et la troisième races, jusque vers le milieu du 1 i""' siècle.

Le droit de frapper monnaie dans la ville de Laon , après avoir été exercé par les rois , le fut ensuite par les évêques. On ne connaît pas exactement l'époque où se fit ce changement ; mais il y a tout lieu de croire qu'il eut lieu à la fin du 10'"" siècle. Le siège épiscopal de cette ville était alors occupé par Adalberon , prélat turbulent et ambitieux qui , parmi les droits et les privilèges qu'il parait avoir exigés pour prix de ses trahisons, put bien obtenir également celui de battre monnaie : c'est au moins le premier évêque de Laon dont on connaisse aujourd'hui les monnaies d'une manière certaine.

Après que le droit de battre monnaie eut été retiré aux évêques de Laon par Philippe de Valois, un atelier monétaire fut encore établi dans celte ville a ])lusieurs reprises. Dès 1420, les Anglais qui alors occupaient Laon. y créèrent une fabrique de ce genre afin de se concilier les habitants. Trente ans après, Charles YII, en reconnaissance des secours que cette ville lui avait prêtés, y établit a son tour, par ordonnance de novembre 1456, un atelier monétaire pour fabriquer monnoie d'or, (l'argent el de noir , de cours, poids et aloij que len les faict à présent et les fera cy-après (1).

Des raisons qui nous sont aujourd'hui inconnues, empêchèrent, à ce qu'il parait, cet établissement de prospérer. Cependant, plus d'un siècle après, lorsque la ville se fut dé-

(1) Kw 126'2, saint lotiis rendu sur les monnaies une ordonnance pour laquelle il s'entoura des conseils des dépiilés des lionnes \illes. (.eux de l.aon elaicn Kohaille du Cloître; et Pierre de iMouceau.

clarée pour la ligue, les habitants, pressés d'ailleurs par le manque de numéraire, pensèrent à le relever, et obtinrent du duc de Maine l'autorisation de faire frapper monnaie dans leur ville, jusqu'à la somme de 8,000 écus. A cet effet, un marché fut passé, en février loOO, avec un orfèvre : il fut décidé que l'on frapperait des quarts et des demi- quarts d'écu qui, d'un côté , porteraient une croix avec ces mots : six nomen domim BENEDicTUM , ct de l'autre l'écusson de France avec la légende : cAiiOLUs DECiMUS FRANcouuM REX Cl les lettres L et A jointes ensemble. Ces pièces devaient être au même poids et aloi que celles fabriquées du temps de Henri III.

La fabrique de monnaie de Laon fut longtemps établie dans le cellier de l'un des bâtiments de la cour du roi : celle du ten)ps de la ligue le fut dans la maison du prévôt.

Monnaies royales. — Avant que Laon eût une monnaie particulière , les rois y firent frapper en différentes fois des pièces dont plusieurs sont venues jusqu'à nous. La première race en fournit cinq ou six; la seconde, deux ou trois.

Tiers de sou d'or : tête de roi ornée d'un diadème perlé. Pour légende: levdvnv fit; au revers, une croix et pour légende : vicimo , nom du monétaire.

Tiers de sou d'or : tête ceinte d'une double bandelette, l'habit brodé à la royale avec l'agrafe sur l'épaule. Pour légende : LVDVNi FIT ; au revers , une croix avec un L et un V sous les bras, et pour légende : ..s...ivio>et, nom du monétaire.

Tiers de sou d'or : tête de roi ceinte d'un diadème , le côté droit couvert d'un écu ouvragé, autour le mot lavdvno : au revers, un oiseau, et pour terminer la légende du droit, CLOATO. On prétend que cette pièce lut frappée h Laon par Clovis, en mémoire de la bataille qu'il avait remportée sur les, Romains.

Tiers de sou d'or : tête nue , à droite la légende leviivino ; au revers un personnage assis, tenant à la main quelque chose qu'on croit être une massue; légende ; skjimvdo, nom du flionétaire.

Tiers de sou d'or : d'un C(3lé lavdvno fit avec une ttHe de roi à droite, au revers sigilaico avec une croix.

Les pièces carlovingiennes sont :

Denier d'argent de Charles-le-Chauve : au droit , le monogramme de ce prince , avec la légende gratia di i\ex ; au revers une croix avec les mots lvgdvm clavati. +

Denier d'argent de Charles-le-Simple : au droit, un temple avec les mots : karolvs gratia di rex; et au revers, une croix avec les mots : mot {monela) lvgdvm clavat. +

Cette dernière pièce nous paraît être le premier échantillon de la monnaie de Laon. Si cela est vrai, c'est à Cliarles-le- Simple, qui faisait de cette ville son séjour habituel, qu'il faut attribuer la création d'une monnaie particulière à Laon. En outre, en considérant que son revers représente un temple contre l'usage ordinaire de cette époque, peut-être pourrait-on aussi la regarder comme formant la transition entre les monnaies royales et les monnaies épiscopales de cette ville. Peut-être même indique-t-elle que le droit de battre monnaie fut concédé à cette épaque aux évéques de Laon, qui d'abord lirent représenter un temple, et le remplacèrent plus tard par leur propre buste.

M. Desains a fait connaître (1) une pièce très- curieuse trouvée aux environs de Saint-Quentin , parmi un grand nombre de monnaies des évêques de Laon. Cette pièce, qu'il propose de regarder comme la monnaie muetla de Laon , peut , ce nous semble, appuyer notre conjecture. Elle présente d'un côté» comme la pièce précédente , le péristyle d'un temple soutenu par quatre colonnes , avec une petite croix au milieu , et au revers une grande croix à branches égales et d'une forme insolite. Elle porte pour exergue les seules lettres 3D. 3P. sieurs fois répétées, ce que M. Desains regarde comme les initiales des mots /Edes episcopi. S'il en est ainsi, cette pièce viendrait inunédiatement après la précédente et serait conune l'essai des monnaies épiscopales qui paraissent ensuite.

(1) Rcchcrclu-s sur les iiioiiiiaics flr Laon. IS^ÎS.

'ii'2 I.IVHI' VII.

Monnaies épiscopales. — Quoi qu'il en soil , la monnaie Laonnoise, que l'on nommait alors Lovesienne , Loiwesienne ou Loonisienne , est très-ancienne; elle était fort renommée pour sa pureté et reçue partout. Après l'institution de la commune au commencement du 12'"^ siècle, l'évêque Gaudri l'altéra tellement, qu'elle tomba dans un grand discrédit et que beaucoup de gens se trouvèrent ruinés. Ce prélat vit bientôt que le tort retombait sur lui-même , et ne pouvant remédier au mal, il ordonna que les oboles d'Amiens fussent reçues dans la ville; mais cette monnaie étant aussi mauvaise que l^iutre, fut partout refusée. Alors il imagina de faire frapper, dit un historien contemporain , la monnaie à son effigie avec un bâton pastoral. Il semblerait d'après ce passage que jusqu'alors les évéques de Laon ne mettaient pas leur buste sur les monnaies de cette ville : cependant nous avons la preuve du contraire. Quoi qu'il en soit, cette dernière monnaie de Gaudri, aussi mauvaise que les autres , ne fut pas mieux accueillie.

Les successeurs de Gaudri s'appliquèrent à rétablir la pureté de la monnaie de Laon , et elle ne tarda pas a reconquérir son ancienne renommée. Au milieu du 15""' siècle, elle était la seule, avec les purs tournois et parisis , admise à la circulation dans les domaines royaux. Dans une ordonnance rendue par saint Louis, en l;2G5, il est dit : « Que nul ne preigne en la » terre le roi que purs tournois et parisis et Louvesiennes , » deus pour un parisis. »

On voit par ces termes quelle était la valeur de la monnaie de Laon : elle valait un demi-parisis, c'est-a-dire , 12 sous () deniers, et devait être à 3 deniers 18 grains de loi, argent le roi, et de 15 sous maille double, au marc de Paris, c'està-dire que dans une livre il devait y avoir ô parties 18 vingtquatrièmes de fin et le reste en alliage.

En 1515, Louis X régla la forme et le titre des monnaies royales et celles de^i grands vassaux de la couronne. L'évêque de Laon dut frapper la sienne au même litre que ei-dessus et coitime il suit :

INSTITlTIOiNS FÉODALKS, MILITAIFŒS, ETC. 423

« Item, la monnoie de l'évèque de Loon ;

» Et doit faire l'évèque de Loon, le coin de sa monnoie devers croix et devers pille , telle :

» X LVDOVicvs REX. Une tête de roi couronnée mise de » front;

» + GAzo EPS LAvn. Une tête mitrée mise de front. *>

Les évêques de Laon ne se conformèrent point a ce règlement et ils recommencèrent à altérer leur monnaie. Des plaintes très-vives s'élevèrent h ce sujet, et Philippe de Valois, dit un historien manuscrit, jugea que le seul remède à ces abus était de retirer aux évêques de Laon le droit de battre monnaie : ce qu'il fit en 1351.

Ainsi que nous Tavons dit, la plus ancienne monnaie épiscopale de Laon connue , est celle d'Adalbéron , qui occupa le siège de cette ville de l'an 977 à 1050. On en possède plusieurs échantillons qui paraissent avoir été frappés tant sous Hugues Capet que sous Robert, son successeur. Les premières, très-rares, présentent d'un côté une tête de face grossièrement dessinée et surmontée d'une croix, avec une légende où le seul mot ADALBERO soit bien lisible; au revers, une seconde tête aussi de face et surmontée de trois croix ; la légende , fort difficile à lire , paraît présenter le mot hvgo.

Les autres, plus communes, présentent aussi d'un côté une tête de face d'un dessin également incorrect, et surmontée d'une croix avec les mots : adalrero ladep { Laudunensis episcopiis) ; de l'autre, une seconde tête surmontée de trois croix et la légende robut ou rort fra. IRoberlus Francorurn rex. )

Les monnaies des évêques de Laon qui succédèrent à Adalbéron jusqu'au milieu du 12"* siècle, ne sont point connues; mais on en a de Gautier de Mortagne, qui occupait le siège de cette ville de 1151 à 1155. Elles présentent d'un côté une tête de face toujours grossièrement dessinée , mais plus arrondie que dans les précédentes, surmontée non plus d'une croiv

mais d'une mitre très-basse et formant comme deux cornes , selon les expressions d'un écrivain manuscrit, avec les mots GALTERVS EPC. {episcopus); au revers, une tête également de lace , couronnée d'un diadème surmonté de trois croix , et la légende lvdovicvs rex (Louis YII.)

On possède aussi quelques monnaies de Roger de Rosoy, frappées sous les règnes de ce même Louis VII et de Philippe- Auguste. Les premières, à peu près semblables à celles de Gautier, présentent pour exergue d'un côté rogervs epi. {episcopus) ; de l'autre, lvdovicvs rex. Dans les secondes, la tête de Pévêque, toujours surmontée d'une mitre très-basse, est en outre ornée de moustaches. Leslégendessont les mêmes que pour les précédentes.

Enfin, la dernière monnaie épiscopale de Laon connue, est celle de Gazo de Champagne, qui fut évêque de cette ville de 1515 à 1517. Elle présente d'un côté les mots : gaso eps. LAVD. avec une tête d'évêque d'un dessin correct, laquelle est coiffée d'une mitre vue de face, et d'une forme plus allongée que dans les monnaies précédentes; de l'autre, un buste de roi, ceint du diadème, avec la légende lvdovicvs rex (Louis X.)

Ainsi que nous l'avons vu précédemment, la livre Loonesienne, Lovesienne ou Laonisienne valait un demi-parisis; elle équivalait à un denier d'or. Elle se divisait en sous et en oboles que l'on nommait minimi laudunenses. Il y avait aussi des mailles Lovisiennest

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