Histoire de la ville de Lyon
Des faits, d'une haute importance , se rattachent aux variantes que le blason de Lyon a éprouvées depuis huit siècles; elles résument, en quelque sorte, les principaux épisodes de nos annales. Un aperçu de ces changements est donc le préliminaire obligé de cette histoire.
La ville commençait à peine à prendre son rang parmi les cités de la Gaule, qu'elle avait déjà un lion pour emblème. Faut-il voir en lui le souvenir figuré du courage de nos pères, armés pour la défense de leurs libertés? Le noble animal n'a-t-il été placé sur les médailles de Marc- Antoine qu'en souvenir de jeux du Cirque dans lesquels il avait joué un rôle? De ces deux opinions, la première est beaucoup plus vraisemblable que la seconde. Mais , alors même que la médaille d'Antoine rappellerait seulement, dans lorigine, une circonstance d'une fête publique, la tradition et l'accord des historiens et des archéologues les plus recommandables ne feraient pas moins, de la figure du lion, le signe des mâles vertus du peuple de Lugdunum. Toutes les nations anciennes et modernes ont employé le lion comme emblème de la force, du courage, de la vigilance , et de la supériorité.
Il paraît qu'il était déjà le signe de l'étendard lyonnais, lorsque la ville passa, dans le cinquième siècle, sous la domination des rois de Bourgogne qui portaient la même bannière *. On ne fit que prendre l'une des couleurs de l'écu de ces rois , de gueules. ^
Ce n'était encore qu'une enseigne emblématique, il n'y a point d'armoiries antérieures au onzième siècle : ainsi, l'écu de gueules, au lion d'argent , est postérieur à la première croisade.
On ne peut encore présenter comme des armoiries le sceau des quarante bourgeois insurgés , dans les premières années du treizième siècle, pour recouvrer leurs libertés municipales méconnues par les archevêques : il est cependant très digne d'étude. Une de ses faces représente le pont de la Saône (depuis, pojit de Nemours) flanqué de tours et de châteaux ; au milieu est une croix entre une Heur de lis à droite, et un lion à gauche , avec cette légende : sigillvm commvne vriverâitatis et
I. — Sous la ilominalion des roi« de Bourgogne , le chef était bandé d'or et d'uiur. {Ar/uor. national , p. 34.)
S.-^BftsaaoT do Ltrr (C). Notes sur les Armoiries de Lyon et particulièrement sur le blason qui y figure. Archives historiques et statistiques du département du Rhà.ie ^ t. VII , p. 338, ou HéUnges biograpliiques cl littéraires pour senrîr & l'histoire de Lyon. Lyon, J,-3i. Barret , I8i8, in-8", p. 431 et suit.
GOMMVNiTATis LVGD. On voit suF le contre-sceau un fleuve avec une tour de chaque côté; entre elles est le lion surmonté d'un croissant et d'une fleur de lis, avec cette légende : sigillym secrbti yniversitatis LVGD. Ce sceau rappelle la lutte courageuse des citoyens de Ljon contre le pouvoir temporel des archevêques, et l'établissement du gouvernement consulaire ou municipal. On reconnaît aux fleurs de lis que Ljon s'était placé sous la protection des rois de France.
Le sceau des chanoines comtes de Lyon portait affrontés un griffon et un lion surmonté d'une couronne de comte, comme emblème de la double juridiction spirituelle et temporelle. Moitié aigle , moitié lion , le griffon représentait les deux sections de la ville séparées par la Saône, dont Tuna appartenait à l'empire qui avait un aigle dans ses armes ^ tandis que l'autre faisait partie du royaume dont le lion était le symbole. Le chapitre de Saint-Just, qui avait juridiction sur les quartiers de Saint-Just et de Saint-Irénéé et sur quelques villages voisins , avait aussi pour armoiries le lion des anciens comtes de Lyon , avec une bordure chargée de besants. ^
C'est au treizième siècle, de 1228 à 1264, qu'eut lieu l'affranchissement des citoyens de Lyon : réunie à la France, leur ville prit des armes parlantes et joignit à ses armoiries celles des rois qui étaient devenus ses souverains. De là le chef d'azur aux trois fleurs de lis d'or.
Cependant les querelles des bourgeois avec leurs archevêques n'étaient pas terminées. Dons la première moitié du quinzième siècle, sous le règne de Charles VI, Lyon eut à défendre ses armoiries sculptées sur ses portes, contre Amédée de Talaru. Mécontent des échevins et des citoyens , cet archevêque voulait les dépouiller de cette marque de la noblesse et de la franchise de leur cité : il prétendait que ces armoiries étaient un don de ses prédécesseurs, qu'il avait le droit de retirer.
« Et de faict , dit Rubys, il fit enlever un escusson des armoiries de la « ville , gravé en pierre, que les eschevins avoient faict poser sur la « porte de Saint-Marcel, au pied de la Coste de S. Sebastien, disant « arrogamment qu'il ne leur appartenoit pas d'avoir des armoiries. Mais * les eschevins qui ne le redoutoient pas beaucoup, parcequ'ils se sen- « toient supportés par le roy et par Monsieur le Dauphin, pour la « ferme loyauté qu'ils leur avoient toujours conservée parmy les trou- M blés de la France , lui respondirent hardiment que leurs armoiries « estoient plus anciennes que les archevesques , et qu'ils les avoient « portées en leurs bannières ^t enseignes du temps des Romains , et « avant qu'il y eust aucun archevesque à Lyon. Et cependant se pour- « veurent au roy et obtinrent lettres patentes de S. M., par lesquelles
{, — Lv P. Mcx^sTRiKR , Méthode du blason.
vn « estoit défendu de rien attenter contre leurs armoiries, et commandé « de faire redresser celles qui avoient esté abattues : et parceque maistre « Jehan le Yiste, lieutenant du baillif de Mascon, qui portoit la cause « de larcheyesquey fit refus d*exécuter leurs lettres, ils se portèrent « pour appelans à luy, du desny de justice , et relevèrent leur appel
< en la cour de parlement qui lors se tenoit à Poictiers, parceque
< Paris estoit occupé par les Anglois. Par arrest de laquelle tout fut * réparé^ et les lettres du roy mises à deue exécution. »
Une des gloires poétiques du seizième siècle, Clément Marot, est fauteur d'une devise qui s'est mêlée, quelquefois, avec les armoiries de la ville :
Suis le lion qui ne mords point , Sinon quand Tennemi me poinct.
On connaît de lui ce huitain allégorique :
On dira ce que l'on vouldra Du Lyon et sa cruauté,' Tousjours , ou le sens me fauldra , j'estimeray sa privante :
J'ay trouvé plus d'honnesteté Et de noblesse en ce Lyon , Que n'ay pour avoir fréquenté D'aultres bestes un million.
Quelques villes entretiennent vivants, à leurs frais , les animaux qui leur servent d'emblèmes : ainsi Genève nourrit des aigles, et Berne ses célèbres ours. En 1584, Mandelot , gouverneur du Lyonnais^ offrit à la ville un lion vivant, comme un symbole de son nom et de ses armes. Il y eut une délibération municipale à ce sujet : des considérations d'économie ne permirent pas d'accepter ce présent; elles sont consignées dans cet extrait du procès-verbal :
« A esté advisé de remercier très humblement le dict seigneur de « Mandelot du soing et bon zèle qu'il a pour la grandeur et entretene. •> ment de la réputation de la dicte ville, et par mesme moïen de luy « remonstrer et prier de considérer la pauvreté d'icelle et les grandes - debtes qu'elle a sur les bra^, qui la doibvent excuser de faire ce qu'elle •« voudroit : et desireroit bien, pour l'amour et souvenance perpétuelle « de luy , recepvoir de ses mains et entretenir cest animal , mais qu'es- « tant, comme dict est, endebtée et n'ayant aucuns deniers communs, «< il seroit toujours trouvé mal à propos qu'elle se mit en ceste nouvelle •< despense de la nourriture d'ung lyon , qui ne pourra estre moindre «• de deux cents escus par an , y comprenant les gaiges, nourriture et •« entretenement de son gouverneur »
Lyon perdit ses armoiries sous la République ; 1793 les lui enleva : son nom même lui fut ôté après le siège glorieux qu'il soutint contre
l'armée de la Convention. Détruite en partie, cette ville devint Commune. Affranchie : c*est ce souvenir que rappelle le sceau du maire républicain de cette époque. Napoléon releva Lyon de ses ruines, et lui rendit ses armoiries: des abeilles d*or remplacèrent les fleurs de lis.
Vint la Restauration. Le maire et le Conseil municipal de Lyon désirèrent, en 1818, rentrer en possession des armoiries royales ; il y eut une délibération du Conseil municipal, octroi, en 1819, et enregistrement de lettres patentes. « Nous avons par les présentes, signées de notie main, dit Louis XVIIi, autorisé et autorisons notre bonne ville de Lyon à porter les armoiries ci-dessus énoncées, telles qu'elles sont figurées et coloriées aux présentes, et qui seront dorénavant : db gueules, au lion
o'ARGBirr, TENANT DANS SA PATTE DEXTRE UNE EPEB HAUTE DB MEME, ET AU
CHEF d'azur a trois FLEURS DB LIS D*oR. » M. Bréghot du Lut a fait remarquer que l'image du lion, avec un glaive à la patte droite, se trouve sur le frontispice d*un opuscule dédié, en 1608, par Jean Goujon , avocat, procureur général de la ville , à M. d'Âlincourt qui venait prendre possession du gouvernement du Lyonnais.
La révolution de 1830 a supprimé les fleurs de lis des armoiries de Lyon ; cette concession aux circonstances inspirait en 1840, à un artiste de beaucoup de talent , M. Hipp. Leymarie , des réflexions aussi remarquables, au point de vue historique et archéologique, que par la forme piquante sous laquelle elles sont présentées. Nous n*avons , cependant, pas adopté sans hésitation une opinion combattue par de graves et imposantes autorités, qui voudraient le maintien du chef d'azur aux trois fleurs de lis, ou au moins du chef d'azur sans meubles. M. Leymarie ne peut admettre le champ d'azur seul; privé des fleurs de lis, ce ne serait plus, dit-il, le ch^f de France : ce ne serait rien. Après avoir énergiquement blâmé certaines monstruosités héraldiques, sur nos monuments municipaux, il dit qu'il faut dégager notre blason des accessoires dont les rois le chargèrent, à des époques plus ou moins récentes , par la raison que « le vieil écu de Lyon , dont l'origine se perd « dans une antiquité si reculée qu'elle est presque fabuleuse, » ne doit pas, comme des armes concédées par les souverains , être soumis à leurs caprices, et à la merci des changements politiques. « Des hommes
• éclairés, dit^il, qui nous font l'honneur de partager en cela notre N opinion , pensent que l'on peut supprimer les accessoires qui jus*
• qu*à 1830 distinguaient notre lion de tous ceux de sa couleur. Tel « qu'il nous reste, il est encore en bonne compagnie , il est le frère des « lions de Grammont, de Duras et d'Olivier de Glisson : de gueulbs
N AU LION d'argent Revcnons donc au vrai lion de nos pères :
« l'histoire, le bon goftt et nos plus chers souvenirs nous en font « une loi. »• ( Revue du Lyonnais ^ t. XIII, p. 278.)