IV
Masson , écrits sur du parchemin qu'un relieur allait mettre en pièces '. L'épiscopat du successeur de Leidrade fiit long, orageux , agité par de vifs débats sur des questions politiques ou religieuses. Agobard présida un concile, à Lyon, tenu pour le maintien de la discipline ecclésiastique , et prit une part très active aux affaires de son temps. La loi Gombette était encore en vigueur : l'archevêque de Lyon écrivit à Louis une lettre par laquelle il réclamait Tintroduction dans le Lyonnais des lois des Francs , et l'interdiction du code des Bourguignons , du nioins en ce qui concernait le duel. Il démontra par les plus sages considérations combien ces combats judiciaires sont contraires à la raison humaine et à la loi divine; il termina sa letjre par Fexpression d'un vœu bien remarquable : « Plût au Dieu tout- « puissant , dit-il, que sous un seul roi pieux nous fussions tous «« gouvernés par une seule loi !» 2
Agobard avait un esprit supérieur à son siècle : non-seulement il ne partagea point des préjugés populaires qui avaient alors une grande force , mais encore il les combattit avec énergie. Un de ses écrits ' réfute une opinion fort répandue de son temps dans le Lyonnais : on croyait que certains hommes appelés tempestaires soulevaient à leur gré les tempêtes , et vendaient ensuite les fruits que la grêle avait frappés , ou les animaux qui avaient péri par suite des inondations et des orages, à des acheteurs mystérieux venus aux travers des airs. Mais laissons parler l'archevêque de Lyon : « Nous avons vu et entendu , dit-il , beau- « coup de gens assez fous et assez aveugles pour croire, et pour « affirmer qu'il existe une certaine région appelée Magonie , d'où
i. ^Papîre Massoo raconte ainsi sa découverle dans TEpUre dédicatoire des oeuvres d'Agobard , adressée à Messieurs de l'Eglise de Lyon : « Nam , quum apud vos in yxco Mercium libres qusrerem , una mecum esset Steplianus Verdierus iiuoc morluus , et apud compaclorcm librorom Tersaremur ejus rei causa , illeque Âgobardi codicem io roembranis perscripluin veteribus notis dilaniare paratus esset , cullrumque ad eam caroidcioam mana tenerel , vilain illi redemimus. Quod felix faustumque (uil. »
2. — « Utinam placeret omnipotenti Oea, ut sub uno piissima rege una. omnes regererour lege ! »
3. — De la Grêle et du Tonnerre , Irad- en français par A. Péricaud. Zyo/i » 1B4I , io-8*.
« partent, voguant sur les nuages, des navires qui ont servi à <c transporter dans cette même contrée les fruits abattus par la « grêle et détruits par la tempête , après toutefois que la valeur des « blés et des autres fruits a été payée par les navigateurs aériens «« aux tempestaires de qui ils les ont reçus. Nous avons vu même et plusieurs de ces insensés qui , croyant à la réalité de choses c< aussi absurdes , montrèrent à la foule asseniblée quatre per- « sonnes enchaînées, trois honmies et une fenune, qu'ils disaient « être tombés de ces navires : depuis quelques jours ils les rete- « naient dans les fers, lorsqu'ils les amenèrent devant moi, « suivis de la multitude, afin de les lapider; mais, après une « longue discussion, la vérité ayant enfin triomphé, ceux qui a les avaient montrés au peuple se trouvèrent , comme dit un « prophète , aussi confus qu'un voleur lorsqu'il est surpris. » Agobard fait ensuite un appel au jugement des honnnes éclairés, et appuie son opinion des textes de l'Ecriture qu'il avait beaucoup étudiée. Il combat , à la fin de son écrit , une autre croyance superstitieuse , fort répandue à cette époque : « U y a peu d'an- « nées ,» dit-il , à l'occasion d'une mortalité de boeu&, «on avait « semé le briiit absurde que Grimoald , duc de Bénévent , parce « qu'il était l'ennemi de l'empereur très chrétien Charles , avait « envoyé des hommes chargés de répandre sur les plaines et « les montagnes , dans les prairies et les fontaines , une poudre « pernicieuse qui , ainsi répandue , donnait la mort aux bœu&. « Nous avons ouï dire que beaucoup de personnes prévenues de « ce délit furent arrêtées , et que quelques-unes ftirent massa- « crées, d'autres attachées sur des planches et jetées à l'eau; et « ce qu'il y a de plus étrange , c'est que ces hommes , après avoir « été pris, rendirent témoignage contre eux-mêmes, disant « qu'ils possédaient une pareille poudre et qu'ils l'avaient ré- « pandue çà et là : car le diable , par un jugement équitable de « Dieu , usait si bien du pouvoir qu'il avait reçu contre ces mi- « sérables , qu'il les faisait servir à eux-mêmes de faux témoins « pour leur condamnation , et que ni les châtiments , ni les tor- « tures , ni la mort elle-même , ne pouvaient les détourner de <c témoigner à faux contre eux-mêmes. Telle était la conviction «< publique , qu'il y avait bien peu d'individus qui trouvassent « absurde une pareille chose. On ne pouvait raisonnablement
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Cl imaginer de quoi se composait une poudre qui ne donnait la « mort qu'aux bœu& , en épargnant les autres animaux , ni cornai ment elle pouvait avoir été portée sur des régions si étendues « qu'il eût été impossible aux hommes de les couvrir de cette « poussière ) quand même tous les Bénéventins, hommes, « femmes y vieillards et jeunes gens , seraient sortis du pays avec « trois chars qui en fussent chargés. Une si grande démence « s'est emparée de notre malheureux siècle , que des chrétiens « croient aujourd'hui des choses absurdes qu'on n'aurait jamais « pu faire croire autrefois aux païens qui ignoraient le Créateur « de l'univers. J'ai voulu citer ce fait , parce qu'il est semblable « à celui sur lequel roule ce traité y et parce qu'il peut être une « preuve et un exemple des vaines séductions et des altérations « du bon sens. » Il y a eu toujours , dans les campagnes du Lyonnais , beaucoup de tendance aux croyances superstitieuses ; bien avant le neuvième siècle , et longtemps après, le peuple montra, beaucoup de foi aux légendes ainsi qu'à la magie. On aime à voir un archevêque de Lyon combattre avec toute la supériorité de son génie des opinions qui avaient cours non-seulement chez les classes inférieures , mais encore dans les rangs les plus élevés de la société.
Cette force de jugement, Âgobard lafitparaitredans une occasion plus remarquable encore, car eUe touchait à des idées religieuses. Une épidémie accompagnée de symptômes singuliers s'était manifestée à Lyon ; à de violentes douleurs succédaient des mouvements convulsi&. Tous les secours de la médecine ne produisant aucun effet , quelques malades se rendirent en pèlerinage au tombeau de saint Firmin ; et comme ils n'obtenaient pas de leurs prières la guérison qu'ils cherchaient , ils se crurent possédés du démon. Cette opinion s'accrédita : on en profita pour provoquer des donations à l'Eglise. Âgobard ne vit rien de surnaturel dans ce qui se passait ; bien loin de là, il crut qu'un esprit de jfraude se jouait de la crédulité publique : quelques-uns de ces prétendus démoniaques fiirent fustigés par son ordre ; leur mal cessa aussitôt. Agobard invita l'archevêque de Narbonne à fidre fermer l'église de Saint-Firmin , et à distribuer en aumônes aux pauvres les offrandes qui avaient été faites au tombeau du saint.
L'archevêque de Lyon montra la même piété , mais non les
mêmes Imuières, dans ses longs et yi& démêlés avec les jui& ; ses divers écrits contre le peuple déchu fournissent les matériaux d'un chapitre curieux de l'histoire civile de Lyon au neuvième siècle.
$ V. Le nombre des juifs s'était progressivement beaucoup accru à Lyon. D'où venaient-ils, et quel motif les avait amenés sur les rives de la Saône ? Avaient-ils suivi les Vandales et les Sarrasins dans leurs incursions en Europe ? on Tignore. Il ne faut point, peut-être , chercher les motifs de leur prédilection pour ce pays autre part que dans les avantages qu'ils y rencontraient ; ils y étaient attirés par le commercé et par la sécurité qu'ils étaient parvenus à s'y procurer. Eux seuls savaient s'enrichir ; au milieu de la misère générale ils trouvaient encore des occasions de gain. La plupart des transactions qu'amenait le mouvement des affaires passaient par leurs mains ; ils avaient , ce qu'ils ont eu si souvent, le génie de l'industrie , et leur habileté grandissait de tout ce qui manquait en intelligence commerciale aux Lyonnais leurs contemporains. Avides et économes , patients et rusés , doués d'une grande force d'inertie, sans autre passion que celle de l'or et de leur croyance, haïs d'une population qu'ils haïssaient, tels étaient les juifs , et tels ils ont été longtemps. Us devaient à leur fortune des richesses considérables : le plus beau quartier de la ville, appelé encore de leur nom, leur appartenait; ils avaient les maisons les mieux bâties. Les négociants opulents à cette époque étaient tous juifs ; ils avaient à leur service non« seulement des esclaves, mais encore des servantes chrétiennes, et leurs femmes se paraient avec tout le luxe que le temps comportait.
Mais il y aurait eu pour eux du danger, et beaucoup, à être riches,^ s'ils ne s'étaient assurés de protecteurs puissants j toute cette fortune qu'ils amassaient par un commerce habilement conduit ne les lavait pas du tort originel d'appartenir à une race proscrite. Environnés de fanatiques et fanatiques eux-mêmes , ils étaient toujours menacés d'une explosion de la colère populaire , et pouvaient considérer l'évêque de Lyon , quel qu'il fût , comme un ennemi ouvert ou déclaré. Une pénaUté exceptionnelle pesait toujours sur eux : tout juif, on l'a vu dans la loi Gombette , convaincu d'avoir frappé un chrétien de la main ou du pied, avec
im bâton , un fouet ou une pierre , ou qui Tavait pris par les cheveux y était condamné à avoir le poing coupé ; s'il avait commis ces sévices sur un prêtre, il était puni de mort , et on confisquait ses biens. Cette nation était en dehors du droit commun , et maltraiter les ennemis du Christ paraissait souvent une oeuvre méritoire. Enviées de tous , ses richesses étaient convoitées surtout par les seigneurs féodaux, qui tuaient les juifs pour s'emparer de leurs biens. D'autres fois on dépouillait ces opulents négociants au profit des monastères : Âinay reçut plusieurs domaines par de semblables confiscations. Quand un de ces hommes de la race maudite était tué, son meurtrier n'était pas recherché pour ce fait, ou, s'il l'était, on ne le condamnait qu'à une peine dérisoire. On reprochait aux jui& de Lyon des crimes qui excitaient contre eux l'animadversion populaire : ainsi , on les accusait d*enlever dans les rues désertes des enfants en bas âge, qu'ils allaient vendre ensuite, disait-on, aux Sarrasins d'Espagne. Ces imputations se trouvaient non-seulement dans la bouche du peuple , elles retentissaient aussi chaque jour dans les chaires; chaque jour l'évéque, s*adressant aux fidèles pressés autour de lui , qualifiait les juifs des noms les plus odieux : il les appelait nation méchante , perverse , maligne , adultère , race de vipères , enfants du démon, et défendait aux chrétiens tout commerce avec eux. ce II est indigne de voir les enfants de la lumière « se mêler avec ceux des ténèbres , disait Agobard ; et l'Eglise « de Dieu, qui doit être sans tache pour être agréable à son « céleste Epoux , doit éviter toute communication avec la syna- « gogue , après qu'eUe a été répudiée. Une vierge aussi sainte et « aussi chaste que l'épouse de Jésus-Christ peut-elle jfréquenter « une prostituée, et boire ou manger avec une infâme dont le « commerce est une excitation à toutes sortes de crimes , et un « danger pour la conservation de la foi ? Ne voyons-nous pas des « chrétiens observer avec les juife le jour du sabbat, violer la « sainteté du dimanche par des travaux serviles, et ne point « garder la fidélité du jeûne ? De jeunes filles chrétiennes entrent « dans leurs maisons en qualité de servantes, et se laissent « insensiblement corrompre ; tous enfin sont en danger de se « perdre , soit en acceptant leur service , soit en se rendant es- « claves de leurs passions , soit en écoutant leur dangereux lan-
a gage , quand ils se disent les descendants des patriarches , tes « enfants des saints et la race des prophètes. » Défense était fiiite par Tévéque aux chrétiens d'entrer au service des joife, de manger avec eux , de boire de leur vin, ou d'acheter de la chair d'animaux qu'ils avaient abattus.
Les juifs avaient des esclaves païens ; ceux-ci recouvraient leur liberté, lorsqu'ils embrassaient le christianisme : on conçoit, dès-lors y que beaucoup montrassent un penchant décidé pour se convertir. Cette tendance était favorisée ouvertement par les évéques , qui offiraient , il feut l'avouer, d'indemniser le maître de la perte de sa propriété. Mais , même avec cette rémunération, eût-eUe été complète, ces tentatives continuelles de l'Eglise pour baptiser d'office les esclaves païens n'en étaient pas moins très préjudiciables aux juifs; il fallut un ordre exprés de l'empereur pour les interdire : il fut défendu aux évéques de baptiser les esclaves, sans le consentement exprès des jui& leurs maîtres.
Telle était la condition des juifs , que l'exercice de leur culte était considéré comme un attentat; ils avaient obtenu la permission de bâtir une synagogue sur le versant oriental de Fourvière, et dans un lieu qui a porté longtemps le nom de Bréda : cette £iveur de l'empereur, consignée dans une bulle d'or, parut un grand scandale.
Et cependant ces juifs de Lyon, dont l'abjection paraissait si grande, non-seulement résistaient à l'oppression, mais ils en triomphaient souvent. Souples , patients , rusés et politiques habiles , ils savaient se faire des amis puissants , même à la cour du monarque. L'empereur leur avait donné pour gouverneur ou intendant Everard , qui se montra plus d'une fois dévoué à leurs intérêts. Peut-être même abusèrent-ils plus d'une fois, soit de leurs richesses, soit de leur crédit; peut-être se prévalurent-ils avec trop d'orgueil de la protection de l'empereur, et des édits , scellés de la bulle d'or, qu'ib obtenaient de la bienveillance impériale. Leurs femmes humiliaient l'amour-propre des dames chrétiennes , en montrant avec ostentation des parures qu'elles disaient tenir des plus grandes dames de la cour et même des princesses. Si les évéques insultaient aux juife en chaire , les juifs rendaient injure pour injure , et appelaient les
chrétiens nation perverse , souillée d'iniquités , chargée de crimes, et issue de pères amorrhéens et de mères de la tribu de Chanaan. Leur crédit était considérable en eflTet : Tarchevêque de Lyon , Âgobard , qui les attaqua avec toute la violence de son caractère et tous les avantages de sa haute position , ne sortit cependant pas vainqueur de la lutte. Ce fut en vain qu'il réclama auprès de l'empereur le droit d'accorder le baptême aux esclaves sans l'autorisation des maîtres, et qu'il alla le solliciter en personne; tous ses eflTorts échouèrent contre l'habileté de ses adversaires. Il déplorait sa position : « Si je refuse le baptême , disait-il , aux esclaves qui le demandent , j'encours la damnation étemelle ; et si je l'accorde , je crains d'irriter les hommes et d'attirer sur moi des persécutions fâcheuses. » Les juifs de Lyon demeurèrent puissants , malgré leur abjection : ils conservèrent leurs esclaves païens , leurs servantes chrétiennes ; ils continuèrent à vendre , et fort cher, à leurs ennemis le vin qu'ils récoltaient et la chair des bestiaux qu'ils disaient abattre. Ce ne fut que longtemps après que la haine accumulée du peuple et des seigneurs triompha de leur résistance; toute leur nation fut dépouillée, proscrite et bannie du Lyonnais à perpétuité.
S VI. La littérature ne jette qu'un bien faible éclat dans la première moitié du neuvième siècle , et encore devait-elle bientôt déchoir. Son représentant le plus distingué , Âgobard , n'a point écrit d'ouvrage considérable , ni d'un ordre bien élevé ; ses écrits sont des opuscules sur des questions rehgieuses , des diatribes contre les juife ou contre l'hérésiarque Félix dlJrgel , ou des pamphlets politiques au sujet de la déposition de l'empereur Louis 1.11 faisait des vers : on a de lui une épitaphe
i. — Agobardi (S.) archiepiscopi Lugdanensis Opera; item Epislolae e( opuscula Leidradi et Amulonis (éd. Sleph. Baluzio). Parisiisy 1666, 2 vol. îo-8<>.
C'est la féconde et la meilleure édition des œuvres d'Agobard ; la première fut donnée en 1605 par Papire Masson , et mise à l'index par la Congrégation romaine (donec corrtgatur). Les ouvrages de Tarchevéque de Lyon ont été réimprimés dans divers recueils des Pères de l'Eglise.
On peut consulter, sur Agobard , les ouvrages suivants : Ado , Chron. , p. 806; — Gallia christiana ; tome IV, p. 56; ^ Mabillon, Ttinerarittm italicum^ p. 68 ; — les EJogia qui font partie du premier volume de l'édition des œuvres de cet archevêque, donnée par Baluze -, ~ la
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de Charlemagne , et un poème sur la translation d'Afrique en France des reliques de saint Cyprien et des autres martyrs. Il n'y a point, dans les ouvrages d'Âgobard, de compositions littéraires proprement dites.
Successeur du saint évêque en 8&I , Âmolon ne cultiva pas non plus les lettres profanes; il n'écrivit aussi que contre les juifs et contre les hérétiques. Son principal ouvrage est une lettre dogmatique adressée à ce moine allemand , frère Fulgence, qui, sous le nom de Godescale, promena ses erreurs théologiques , soit en Allemagne , soit en Italie , et qui passa en prison les quinze dernières années de sa vie , toujours obstiné dans sa croyance. L'archevêque de Lyon possédait quelque influence sur Fempereur Lothaire; il en obtint la restitution d'une partie des biens qui avaient appartenu à l'église de St-£tienne. Gomme son prédécesseur Âgobard, Âmolon repoussait de la religion les pratiques superstitieuses et les faux miracles ; on a de lui, sur ce sujet, une lettre très remarquable adressée àl'évêque de Langres.
Contemporain et ami de Leidrade , d'Âgobard et d' Amolon , le prêtre Florus appartient davantage à l'histoire littéraire. Né dans cette ville, vers l'année 779, Florus annonça de bonne heure beaucoup de justesse et de vivacité d'esprit. D'habiles maîtres enseignaient alors la rhétorique, la poétique et la théologie ; il fit honneur à leurs leçons. Sous-diacre pendant la plus grande partie de sa vie , ce ne frit que peu de temps avant de mourir qu'il reçut la dignité du sacerdoce. Toutes ses heures étaient partagées entre l'enseignement pubUc, l'étude et la pratique de ses devoirs religieux : attaché bientôt à cette célèbre école de la cathédrale de Lyon qui l'avait formé , Florus en devint
Nolice écrile f)ar Papim Mamon î — le Recueil des historiens des Gaules , publié fiar D. Boc- QUBT ; —le Recueil de Fabricius, Biblioth. med, et infim. lat.;— la Biographie uoirerselle , et surtout les ouvrages sairauts :
PiaiCAOD {A.), Notice! tur Leidrade , Agobardet Amolon. ( Arehiv. hist. et sUtitt. dn Rb6nê). LyûHt I89S. — De la Grêle et do Tonnerre, par saint AooaAao, trad. par A. Péricaad. Lyon, 1841.
Les mêmes iudicatioos bibliographiques s'appliqueut à Leidrade et à l'archevêque Amolon. On y ajoutera , quant à Florus , les Analêcta de Mabillon, tome I, p. 409.
La Bibliothèque publique de Lyon possède en manuscrit deux ouvrages d'Agobard : le Traité contre Amalarius, et celui ds Sacerdoiii digniiate. (Catal. Delaodine, n» 655.)
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le professeur le plus distingué. On l'appelait le maitre par excellence : son enseignement , justement estimé , attirait à Lyon un grand concours d'élèves ; il possédait une bibliothèque composée d'excellents livres qu'il prétait volontiers à ses amis , et qu'il envoyait au loin, même jusqu'à Trêves. Florus parlait facilement dans les assemblées du clergé , et peut-être mettait-il quelquefois dans ses discours trop d'aigreur et d'emportement : on sait qu'il a réfuté avec talent l'hérésie de Jean Scot , et soutenu une vive controverse sur des matières théologiques avec Âmalaire , prêtre de l'église de Metz , qui remplit pendant quelque temps les fonctions de chorévéque dans TégUse de Lyon. Florus était poète ; il écrivit un assez grand nombre de compositions en vers latins, sur des sujets chrétiens : un de ces petits poèmes est une exhortation à la lecture des Livres saints ; un autre est un remercîment à un ami qui l'avait défendu pendant son absence. Dans un autre écrit , Florus gémit sur la division de l'empire après la mort de Louis-le-Débonnaire. On lui doit plusieurs hymnes très recommandables par le mérite de la versification. On remarque dans les ouvrages de Florus une connaissance profonde des lettres humaines ; aucun n'est d'un ordre supérieur par Texcellence, soit de la forme, soit des idées, mais tous révèlent un véritable talent littéraire.
Après Florus , il n'y a plus, à Lyon, pendant un long âge , de nom célèbre dans les lettres , qu'on puisse citer. Ce fut par un autre genre de mérite que se distingua Rémi , un des plus dignes successeurs d'Irénée et de Leidrade. Il dut sa nomination au choix de l'empereur Lothaire , et la justifia. Rémi montra , dans l'exercice de son ministère, toutes les vertus épiscopales : il restaura la discipline ecclésiastique , fit de grands eflForts pour extirper l'hérésie, et mit tous ses soins à maintenir, avec l'amour des bonnes études , la renommée de l'école ecclésiastique de Lyon. Sa parole avait tant d'éclat et d'autorité , qu'il fut regardé comme le père des conciles de ce temps ; il parut avec beaucoup de distinction dans plusieurs de ces assemblées. Très favorable aux monastères et dévoué à son église , Rémi obtint aussi en leur faveur, de la bienveillance de l'empereur Lothaire, la restitution de domaines qu'ils avaient possédés. Passant à Lyon , au retour d'un voyage en Italie , Âdon s'était lié avec de savants
prêtres de cette ville; Rémi Faecueillit fort bien , et, pour le retenir dans le diocèse, il Fattacha au service de Féglise de St-Romain. Adon fut appelé , en 860 , à rarchevêché de Vienne ; il appartient à Fhistoire de Lyon par le séjour qu'il fit dans cette ville et par Faccueil qu'il y reçut : son nom terminera l'esquisse de l'histoire des lettres à Lyon pendant le neuvième siècle , sujet que je n'aurai pas à reprendre de longtemps. Les ténèbres du moyen-âge s'épaississaient de plus en plus , et bientôt une nuit profonde ne permit plus de rien distinguer : Fesprit humain eut un temps d'arrêt.
CnAPITBE VII.