‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 2 sur 229 · XVI® SIÉCLB. GUERRES DE RELIGION A LYON · texte numérisé non relu

XVI® SIÉCLB. GUERRES DE RELIGION A LYON

fait. Tout le génie du chef de la réforme n'aurait pas suffi pour opérer un tel changement, si beaucoup de causes n'avaient facilité son œuvre. On sait dans quelles conjonctures parut le moine fougueux de Wittemberg: depuis plusieurs siècles, Rome s'était très écartée de la simplicité des temps é^angéliques; son luxe , ses prétentions à la domination temporelle , la mauvaise administration et la conduite blâmable de quelques-uns de ses papes avaient affaibli le respect des peuples pour l'Eglise; des abus énormes s'étaient introduits parmi les ministres de la religion , et n'étaient ignorés de personne : cependant le trafic des indulgences fut le prétexte et non la cause de l'insurrection contre le catholicisme. On s'était plaint souvent du relâchement des mœurs dans les monastères; devenu trop riche, le clergé avait perdu son ascendant et son prestige ; ses biens immenses étaient pour le peuple un objet d'étonnement ; ils excitaient surtout la convoitise des princes , qui guettaient impatiemment l'occasion de s'en emparer. Une autre cause de la réforme doit être prise en considération sérieuse : il y avait dans les esprits , pendant la première [moitié du seizième siècle , un sentiment de force et un besoin d'indépendance que l'imprimerie , récemment découverte, généralisa et développa en peu d années. Plongée jusqu'alors dans un engourdissement profond , la pensée humaine, excitée déjà plusieurs fois, se réveilla énergique et puissante à la voix de Luther. Elle réclama, comme des droits imprescriptibles , la faculté d'examen et la liberté absolue de conscience.

C'est dans la rêveuse Allemagne que la réforme devait naître; là, plus qu'ailleurs, tout était disposé pour la recevoir. On peut reporter à 1517 la date de son apparition, non comme une doctrine, mais comme un fait : Luther, dans cette mémorable année , se mit ouvertement en hostilité contre la cour de Rome , dont il déclina l'autorité. Deux princes allemands , Maurice de Saxe et le comte Palatin, le servirent de tout leur pouvoir et favorisèrent beaucoup le protestantisme à son berceau. En moins de dix années le Nord compta tant d'adhérents aux opinions de Luther qu'il y eut nécessité de leur faire quelques concessions , aux diètes de Nuremberg et de Spire; .mais une autre diète retira bientôt après la tolérance incomplète qu'ils avaient obtenue. Les

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luthériens réclamèrent, et dès-lors commença entre les deux religions cette lutte si longue, marquée par tant de vicissitudes, et qui fut enfin terminée à l'avantage du principe de la liberté de conscience, par le traité définitif de Westphalie. Vingt ans après sa naissance , la réforme avait pris une telle extension qu'il n'était plus possible de la détruire; des régions du Nord elle avait passé dans le Midi et s'y était propagée avec rapidité, en France surtout. Charles-Quint, tout habile qu'il était, ne parvint point à l'anéantir; il ne fut pas toujours vainqueur dans la guerre qu'il déclara aux princes luthériens de l'Allemagne que soutenait la politique des rois de France , si ardents cependant à poursuivre chez eux leurs sujets protestants.

Les luthériens, en se séparant de l'Eglise romaine, avaient toutefois conservé le dogme de la présence réelle , et maintenu une sorte de hiérarchie ; Calvin alla plus loin : comme le fondateur de la réforme, il nia l'autorité du pape et de l'Eglise et abolit la messe; mais il rejeta, en outre, en les qualifiant d'idolâtrie, toutes les cérémonies extérieures, et ne voulut qu'un culte dépouillé. Ce réformateur n'avait pas le génie de Luther , mais il était ardent comme le moine de Wittemberg, et obstiné travailleur. Quand Calvin eut solidement établi sa domination à Genève , ville française de mœurs et de langage et admirablement placée pour être la métropole du culte nouveau , il régla par des ordonnances sévères la discipline de son église , et créa, pour maintenir la pureté de la foi évangélique , un tribunal dont les arrêts furent quelquefois terribles. L'Eglise réformée , qui proclamait la liberté de conscience et de discussion , ne l'accordait pas à ses adversaires lorsqu'elle était la plus forte: Calvin fit brûler Jacques Gruel et Michel Servet , qui ne professaient pas sur tous les points des opinions identiques aux siennes. Nous verrons souvent, dans la suite de ce récit, les protestants se montrer aussi intolérants et aussi sanguinaires que l'avaient été les catholiques : chez les uns comme chez les autres les mœurs du temps et le fanatisme avaient plus de force

que la modération et l'esprit de charité. Le calvinisme eut en France des partisans nombreux , surtout

parmi la noblesse de province ; Condé en devint le chef, bien

moins par conviction intime de la vérité des dogmes que par

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ambition et esprit d'opposition : c'était un moyen d'échapper à la domination des Guise et de la ruiner. Il y avait au fond du protestantisme un principe républicain qui se montra plusieurs fois à découvert; sans bien s'en rendre compte, peut-être , les réformateurs appelaient les peuples à la liberté politique comme à la liberté religieuse : aussi eurent-ils les rois pour adversaires naturels.

Des causes particulières facilitèrent leurs progrès à Lyon. Cette ville avait lutté longtemps, bien longtemps, contre la domination temporelle de ses archevêques , et s'en souvenait ; elle ne convoita pas les riches domaines de l'Eglise , à l'exemple des princes du Nord, mais, bien plus résolument encore que l'Allemagne, elle n'avait pas voulu du gouvernement ecclésiastique. Lyon n'était qu'à une petite distance de Genève , la Rome protestante qui avait constamment les yeux ouverts sur lui , et qui lui envoyait fréquemment , pour hâter son émancipation religieuse , les plus habiles et les plus ardents de ses ministres. Le Dauphiné était plus près encore, le Dauphiné dont la noblesse avait accueilli si bien la réforme , fort répandue aussi parmi la population des montagnes de cette province. Quelque chose de l'esprit vaudois était demeuré à Lyon , et toute la vigilance des archevêques n'avait pas réussi à extirper entièrement les doc: trines dites évangéliques. Mais il faut tenir compte d'une cause beaucoup plus influente : uïi grand nombre d'étrangers , imbus des nouvelles doctrines , habitaient Lyon , ou y étaient périodiquement appelés au temps des foires par leurs affaires commerciales; c'étaient de véritables missionnaires du protestantisme. Presque tous les ouvriers imprimeurs, si nombreux alors, venaient de l'Allemagne réformée; ce n'est pas tout, les presses de Lyon mettaient au jour une multitude de livres protestants qui se répandaient dans la ville et en France avec une incroyable célérité. On doit s'étonner que , sous l'empire de tant de causes actives, la majorité de la population lyonnaise ait échappé à la contagion de la religion de Luther et de Calvin.

Cette religion, on l'a vu, naquit vers 1517, année pendant laquelle le chef de la réforme renonça publiquement à reconnaître l'autorité du pape; il y avait déjà, dix ans après, assez de protestants à Lyon pour y établir des prêches et y orga-

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