XVIU° SIÈCLE. — ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
et la nécessité d'une réforme fondamentale : cependant l'impulsion n'était pas donnée encore.
Galonné était contrôleur général des finances : esprit léger , brillant, hardi, fécond en expédients, plein de confiance en lui-même, sans convictions , sans principes; persuadé, du moins si on le juge par ses actes, que la prodigalité est un bon système de finances tant qu'elle est soutenue par le crédit , il se jeta étourdiment dans d'inextricables difficultés. La cour continuait à être prodigue , le peuple ne pouvait plus payer , et il était à craindre que bientôt il ne le voulût plus. Il y avait un arriéré considérable ; les dépenses pour l'exercice courant dépassaient de beaucoup le revenu. On ne pouvait songer à établir de nouveaux impôts; pour sortir d'embarras, le ministre convoqua l'assemblée des notables {. Elle ouvrit ses séances au mois de février 1787, et mesura avec effroi la profondeur de l'abîme financier qui s'ouvrait devant la France : le chiffre total des emprunts s'élevait à un milliard six cent quarante-six millions, et le déficit à cent quarante millions chaque année. Il n'y avait pas de réformes à espérer d'un corps de privilégiés intéressés au maintien des abus; vu avec peu de confiance par les notables, Calonne se retira et eut pour successeur l'archevêque de Sens , l'incapable de Brienne, dont la main imprudente devait mettre le feu à la mine qui menaçait la monarchie depuis si longtemps. Brienne accepta le ministère des finances , sans plan arrêté , sans idées , sans autres moyens pour sortir des difficultés de la situation que les expédients les plus mesquins, sans cette force de volonté qui tient lieu quelquefois de la capacité. Ni la nation ni l'assemblée des notables n'avaient la moindre foi en lui ; il eut
jour anniversaire de la prise de la Bastille? Après quelque incertitude, l'Assemblée législative se décida pour le 1" janvier. Dès-lors f 789 défini Tan I ; 1790 , Tau II ; 1794,, l'an III ; et 1792 , l'an IV. Cette même année vit commencer une autre ère , celle de la République, La Convention hésita aussi sur la désignation du jour qui ouvrirait l'année ; serait-ce le 1er janvier 1792 ou le 22 septembre , date de la proclamation du régime républicain? Elle décréta (le 5 octobre 1795) que Tan II de la République commencerait le 22 septembre 1793 ; dès-lors le 22 septembre devint le premier jour de chaque année. Cette manière de compter dura jusqu'au 1««" janvier 1806 , et subsista par conséquent pendant quatorze ans.
1. — Tolozan de Monlfort , député de Lyon à l'Assemblée des notables , fit partie du bureau que présidait Monsieur , frère du roi*
AN ifr DB LA LIBERTÉ ( 1789). — XVIIIe SIÈCLE. 871
bientôt Fart de se faire un ennemi considérable dans la magistrature , et de mettre en hostilité ouverte le parlement et la cour. Elle eut de graves conséquences; encouragée par l'opinion dans son opposition systématique, la magistrature fut intraitable et ne céda pas, même devant la menace bientôt réalisée d'un coup d'état contre elle, Brienne n'obtint ni impôts ni emprunts , et à ses instances réitérées une voix répondit par la demande des Etats généraux. Elle eut un immense retentissement; le ministre promit ce qu'il ne pouvait pas refuser, et tomba en 1788, profondément déconsidéré. L'homme qui avait la confiance de la nation, Necker, fut rappelé ; Louis accorda les Etats généraux, et en fixa l'ouverture au 1er mai 1789. C'était dans le peuple qu'était l'opposition réelle; celle des grands corps de l'Etat , toujours intéressée , ne présentait pas le même caractère : ils voulaient le pouvoir pour eux, craignaient la nation, et ne pensaient nullement à lui donner la liberté. Moins libérales que la puissance royale , la magistrature et la noblesse se refusèrent obstinément à la double représentation du tiersétat réclamée par les assemblées provinciales , promise par Necker et acceptée par le conseil. l
1 . — L'histoire de la Révolution à Lyon , depuis l'Assemblée constituante jusqu'au Directoire , a été racontée avec peu d'impartialité ; il y avait peut -être quelque chose à faire à cet égard. Ou a tantôt calomnié et tantôt exalté les Lyonnais outre mesure , et leur conduite politique a été présentée presque toujours sous de fausses couleurs. Ce sont, pour la plupart, des plumes royalistes qui ont écrit ces relations ; elles l'ont fait d'après leurs préventions , et souvent dans un intérêt de parti , dénigrant systématiquement les hommes et les principes de la Révolution. Dans le récit de ce qu'ils avaient souffert de la part des démocrates Lyonnais, quelques hommes ont trop écouté leurs griefs personnels pour apprécier les faits avec justice; ce sont des témoins, et non des historiens.
La Révolution a été fort bavarde à Lyon : dans une Bibliographie spéciale qui m'a été fort utile , M.Gouon cite trois mille quarante- quatre ouvrages imprimés depuis 1 789 jusqu'à U chute du Directoire. Il y a sans doute dans ce chiffre énorme une très grande quantité de simples affiches , de jugements rendus par les commissions révolutionnaires, et des annonces sans aucun intérêt ; mais cette quantité prodigieuse d'écrits , imprimés pendant un espace de temps si court, n'en est pas moins un fuit digne de remarque.
f. Ouvrages généraux à consulter sur l'histoire de la Révolution à Lyon.
Guillon (Aimé), Histoire du siège de Lyon , des événements qui l'ont précédé , et des désastres qui l'ont suivi. Paris, Adrien Leclerc , 1797 , 2 vol. in-80. — Le même. Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Lyon. Paris, Baudouin et Gauthier frères , 1824 , 3 vol. iu-89, avec fig. et cartes. Voyez, à l'occasion de cet ouvrage: ValUs {Jean). Réflexions hislo-
872 XVIIIe SIÈCLE. ÉTATS GÉNÉRAUX.
Quelle était la situation de l'esprit public dans Lyon , à l'époque de la convocation des Etats généraux ? Quoiqu'il n'y
riques sur quelques chapitres d'un ouvrage de M. l'abbé Guilloo , de Lyon , ayant pour litre : Mémoires pour servir à l'histoire de Lyon pendant la Révolution. Paris , Maurice , 1825 , in-8©. — Péricauo (Ant.). Tablettes historiques pour servir à l'Histoire de Lyon. Lyon, 1854 et suiv., in-8°. — Balleydirr (Alph.). Histoire politique et militaire du peuple de Lyoïi pendant la Révolution française (1789-1795). Paris, Curmer, 1845 , 3 vol. gr. in-8°, fig. — Morim {Jérôme). Histoire de Lyon depuis 1789. Lyon, impr. de Dumoulin et Ronet , 1844 et suif. , tomes I et II, in-8° ; l'ouvrage est annoncé en cinq volumes.