IV. Agskts imp£bjauxàLugdu«um
— Les décurions , Les duumvirs et les autres employés dont j'ai (ait connattre les fonctions , constituaient l'administration municipale : mais un autre pouvoir existait à Lugdunum : c'était celui de l'empire romain , exercé par le gouverneur , chef suprême de la province , et par les agents du fisc impérial.
De tous ces fonctionnaires , le plus élevé e«n dignité était le gouverneur nommé et envoyé dans la province par le sénat : Munatius Plancus fut le premier. Le gouverneur réunissait les pouvoirs de tous les magistrats. Les provinces à la disposition du sénat étaient assignées par le sort à eeux qui avaient exercé à Rome le consulat ou la préture ; leurs chefs suprêmes étaient proconsuls ou propréteurs. 11 y avait des proconsuls transitoires , nommés à temps , pour une circonstance déterminée. Les proconsuls étaient envoyés dans les provinces du sénat , les propréteurs dans les provinces impériales. A son entrée en exercice dans son gouvernement , le proconsul faisait connaître par un édit les principes qu'il entendait suivre dans son administration , selon ses vues particulières ou selon les circonstances. Le proconsul possédait le pouvoir militaire et le pouvoir judiciaire , imperium et potes tas : douze licteurs le précédaient ; le propréteur n'en avait que six. Munatius Plancus avait , en toute occasion , qualité pour s'immiscer dans l'administration intérieure de Lugdunum , et dans les
attributions des décurions ; fort d'une puissance presque illimitée, le gouverneur ne respectait pas toujours les privilèges de la ville municipe. Son autorité n'était cependant pas sans contrôle $ après l'établissement de l'empire, on pouvait appeler à l'empereur des décisions du proconsul.
Les principaux officiers après le gouverneur étaient le questeur Çquœstor ) , le premier par le rang et chargé , à ce titre , des affaires de la province qui avaient rapport aux finances, et les lieutenants (legati), fonctionnaires d'un rang élevé et souvent sénateurs. Il n'y avait pas de questeur à Lugdunum et dans les Gaules ; on sait que le conseil des décernons avait la mission du recouvrement des impôts. Les lieutenants du gouverneur {legati) et les fonctionnaires d'un ordre inférieur étaient dé* signés par le terme générique à'officium. Rien ne se faisait sans le consentement du gouverneur : il ordonnait les fêtes publiques et en réglait la dépense : on a vu qu'il était le président-né du conseil des décurions.
Auguste institua les procuratores C césar is , intendants des finances de l'empereur , chargés de Yœrarium mi li tare. Ainsi leurs fonctions étaient relatives au fisc impérial; mais ils étaient quelquefois investis en même temps des pouvoirs du gouverneur.
J'ai raconté , dans la première partie de cette histoire , une anecdote relative a ce Licinius qui pressurait d'une manière si tyrannique les habitants de Lugdunum ; pour pouvoir se permettre de si scandaleuses exactions , il fallait que cet intendant eût une grande autorité : c'est qu'il possédait en même temps celle de gouverneur (vice pra> sidis). En sa qualité de procurator, Licinius taxait arbitrairement les colons de Lugdunum , et, comme viceprasidis , il légitimait ce qu'avait fait l'intendant du fisc. Les procuratores étaient ordinairement choisis parmi les affranchis de la maison impériale.
i. — J'ai reproduit ailleurs l'indication beaucoup trop incomplète que Brossette a donnée des agents ou fonctionnaires impériaux à Lugdunum.
ADMINISTRATION DU LYONNAIS
Les fonctions des procurât or ts étaient variées ; on lit dans les inscriptions ces dénominations diverses: Procurator provinciarum Lugduncnsis et Aquitaniœ , procurator patrimonii , procurator vigtsimœ htrtditatium ( intendant de l'impôt du vingtième sur les
successions ) ptr provincias Ces
titres divers désignent bien certainement des attributions différentes et probablement successives. Lucius Marius, fils de Lucius, de la tribu Quirina, pontife perpétuel, reçoit dans son inscription les titres suivants : Procurator provinciarum Lugduncnsis et Aquitanicœ , procurator stationis her éditât., procurator XX hereditatium , procurator patrimonii et procurator monetœ.
Lucius Titianus est tout cela ; G. Furius Sabinus est davantage encore. L'énumération de ses nombreuses procurations me conduirait trop loin.
Des inscriptions relatives à des personnages qui avaient été pourvus de toutes les dignités de leur pays , rappellent ce fait par une formule modeste: omnibus honoribus apud suos functus.
Telles sont les paroles qu'on lit sur les pierres tumulaires de Lucius Cassius Melior , de Tiberius Pompeius et de Caius Aucius Macrinus.
Le fisc avait de nombreux agents désignés par des dénominations particulières, et dont on ne peut toujours déterminer avec certitude les véritables attributions. Pendant son séjour à Lugdunum , l'empereur Auguste donna beaucoup de soin à l'organisation du système financier de la Gaule.
Tout l'or des Gaules affluait dans la ville que Plancus avait fondée ; il venait de différentes sources. D'abord l'empire avait ses domaines , affermés au profit de l'Etat, et qui payaient des redevances, soit en argent, soit en nature : c'était Vager vectigalis. L'empereur , comme on Ta vu , avait son domaine particulier, provenant en grande partie des confiscations. Lugdunum était un grand centre des finances des Gaules ; on y apportait les
contributions de la province , soit en argent , soit en nature. Cette ville ne payait ni impôts, ni tribut ; mais elle était assujettie à diverses redevances pour les réparations des édifices publics , pour les fêtes , pour les fournitures à faire aux soldats , etc. : c'étaient les contributions indirectes ; certaines marchandises étaient imposées , et il y avait un droit de navigation établi dans les ports.
C'est ce qui explique la variété des titres que prennent les agents du trésor : M. Aurelius Caecilianus est prœpositus vectigalium (receveur des impôts) ; Celerinus Fidelis et Pompeius Fidelis sont qualifiés à'exactores ; Tiberius Pompeius Prise us est dit judex arcœ Galliarum , il était en même temps tribun de la cinquième légion macédonique. Il y avait des servatores monetœ ( caissiers ) , et des alltctorts (receveurs particuliers). Je n'oserais affirmer que Ligurius Marinius , summus curator, n'eût pas un emploi relatif à l'administration des finances de Lugdunum. Des curatorcs étaient des percepteurs d'impôts ; ils étaient choisis parmi les affranchis.
On trouve dans les rangs inférieurs de la hiérarchie administrative les speculatores , devenus plus tard des espions officiels de l'armée, et dont les fonctions ont varié; les centenarii, chefs de la police secrète; les fru~ mentariiy employés pourvus de l'office de fournisseurs du blé aux armées , mais qui eurent aussi diverses attributions de police; les stationarii, chargés du maintien de l'ordre , créés par Auguste. Je n'ai pas épuisé la nomenclature des fonctionnaires impériaux : Vofficium du préteur était composé du chef ou princeps, des cornicularii ou huissiers , et des commentarienses ou gardiens des prisons, etc.
Je terminerai ce paragraphe par de courte's observations sur l'administration judiciaire '.Lugdunum, ainsi que toutes les villes municipes , était gou-
I.— L'administration régulière de la justice, dans les provinces, appartenait aux lieutenants de l'empereur qui l'exerçaient tantôt par eux-mêmes , tantôt par leurs légats, et parcouraient
SOUS LES BOMAINS.
verné par le droit romain : cette cité était sans doute de l'ordre de celles qu'on nommait conventus, et dans lesquelles se tenaient en quelque sorte des cours d'assises. À certaines époques déterminées de l'année, le gouverneur présidait au jugement des affaires ; d'autres appartenaient aux duumvirs.
D'après la loi de Rupilius , en Sicile et peut-être ailleurs encore , si un particulier était demandeur contre une ville ou une corporation , si une corporation attaquait un particulier et ne roulait pas se soumettre au jugement de la cité , l'arrêt à intervenir était déféré au tribunal des décurions d'une autre ville. Pendant la session judiciaire, les plaideurs se rendaient dans la ville où se tenaient les assises , et ils étaient jugés selon les lois romaines, s'ils étaient citoyens romains. Ceux d'une condition différente Tétaient selon le droit romain , modifié par les privilèges que Rome avait maintenus à leur nation. Je ne puis qu'effleurer ce sujet, dont l'étude approfondie n'appartient pas à une histoire de Lyon.
Je ne puis, par une raison semblable , m'occuper longuement du rapport des lois avec les mœurs et insister sur les institutions sociales ; un mot cependant sur le mariage : un très grand nombre d'inscriptions sont consacrées â la mémoire d'un mari par sa veuve , ou à une- femme par son époux. Ces expressions .• Sine ulla animi lœsione , sine ulla lœsura nec
anima offensione , sine ullo jurgio , sine ulla macula , sine ulla criminis sorde , sont des formules très usitées dans le style lapidaire lyonnais pour perpétuer le souvenir de la bonne intelligence qui avait régné entre deux époux , ou de l'excellente vie du personnage défunt.
V. Du peuple à Lugdunum. — Cette esquisse de l'administration du Lyonnais sous les Romains ne serait pas complète , si je ne disais rien des administrés , c'est-à-dire du peuple. K
U se composait d'éléments bien divers , des Gaulois indigènes , des Viennois admis sur le sol des Ségusiaves par le décret du sénat , d'affranchis , de soldats romains devenus colons , puis municipes , d'étrangers domiciliés à Lugdunum , enfin de nombreuses corporations d'ouvriers. J'ai parlé autre part des Gaulois et des Viennois.
Campés dès le temps de Marc- Antoine sur le plateau de Craponne et des collines voisines , les soldats romains s'étaient disséminés dans les villages et étroitement unis à la population ; leur nombre s'était augmenté des vétérans qu'avait amenés Plancus en qualité de colons. Grand nombre d'inscriptions conservent le souvenir de ces soldats et celui de leur légion , devenue en quelque sorte partie intégrante de l'agrégation lyonnaise. Caius Tallonius Perungius , Titus Vettius Deciminus et Caius Julius Placidinus appartenaient à la huitième légion ; Vrogenius Nertus , Albanins Potens ,
le pays dans ce double but. Ainsi s'explique le titre de judex ordinarius , donné dans les derniers temps au lieutenant de l'empereur ; les villes ayant le jus italicum n'étaient pas soumises à ce régime. Les defensorts civitatis avaient pour mission principale la défense de la cité contre l'oppression du lieutenant impérial ; ils exerçaient en outre une certaine juridiction civile : aucun décurion ne pouvait remplir cette magistrature. — Savigfit , I , 70, 72.
1 . — Les citoyens , sous la république libre , étaient partagés en deux classes : l'une qui participait à la puissance souveraine, l'autre qni en était exclue (optimo jure , nonopthno jure cives ). Ceux de la première classe pouvaient seuls voter dans les tribus et parvenir aux honneurs (suffragium et honores)* Si on applique la même distinction et les mêmes termes à la constitution des villes , on voit dans les seuls décurions les citoyens véritables , cives optimojure, et dans le reste des habitants (plebeii) les cives non optimo jure; Auguste prépara cette innovation , lorsque, ayant permis anx municipes d'envoyer leurs suffrages écrits pour les élections de Rome , il n'étendit pas ce droit à tous les habitants , mais le restreignit aux décurions. — Savigfit, ouvrage cité, T, 43.