S HIST(»BE
S* (étaient approprie le reste dii royaume, et plusieurs d'entre eux avaient une puissance plus réelle et plus forte que celle du roi lui-même.
Ce prince, après quinze ' ans d'un règne fort agite, se sentant incapable de soutenir plus longtemps, par lui-même, le fardeau d'un gouvernement en butte aux (actions et aux discordes, avait choisi, pour son ministre, un nommé Haganon« originaire de Laou, où il était né de parents obscurs. Ce ndnistre dirigea, pendant sept ans, les affaires de son maître avec autant de bonheur que de prudence. l'Etat respirait; mais par malheur, le roi laissait trop percer la confiance qu'il avait accordée à l'un de ses sujets qui n'appartenait point à la noble racefranque, et dont le mérite, quelque grand qu'il fût, ne pouvait trouver grâce devant l'orgueil blessé de la noblesse {^\ ni contrebalancer dans l'opinion des peuples, toujours envieux de la faveur, l'espèce d'ignominie que déversait sur Haganon la médiocrité de sa naissance. Le grand crédit du ministre et la ja-
(') Rdel Francatto Liudi, ainsi » intilolaient les Francs pour §« distiii^er lies serfs d origine romaine on gauloise , attachés à la terre de la conqrète. (Aagastin Thierry).
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loiisie qu'il inspirait, servirent de pr^teite à la ré Toite des grands. Ponr la justifier, ils feignirent d'être humilies de ce que les rênes du gouyememeut ayaient été remises aui mains d*un homme de basse extraction (920).
Dans une assemblée gënërale^ tenue à Soissons, ils prirent la résolution unanime de ne plus reconnaître Charles m pour \mt roi. Roberf, duc de France et comte de Paris, frère du roi Eudes, qui ëtait Tâme de la faction, alla trouver Charles, lui reprocha son mauvais gouvernement et son attachement à son ministre, auquel il n'appartenait pas, ditil, de vouloir commander à des hommes dont la condition lui ëtah bien supérieure. En même temps, Robert et tous les factieux qui Tac'^ compagnaient, jetèrent à terre une paille que cha^ cun d'eux arait à la main, et se retirèrent, laissant le roi presque seul au milieu du camp où s*ëtait tenue rassemblée. Charles, après des négociations habilement conduites par des seigneurs qui lui étaient restés secrètement fidèles, fut obligé de congédier son ministre et de se mettre à la merci des révoltés ; il alla même jusqu'à promettre de renoncer au trône, si dans un an ils n'étaiefit pas
satisfaits de sa manière de gouyerner. Tant de
condescendance de la part du monarque ramena beaucoup de seigneurs qui ne s'ëtaient laisses ei^ traîner que par un sentiment de jalousie contre le favori ; il s'en suivit une réconciliatiou solennellement jurée dans une autre assemblée convoquée, pour cet effet, à Soissons.
Mais la réconciliation n'était qu'apparente : le duc Robert aspirait à la couronne que son frère avait portée. Sans commettre aucun acte ostensible d'hostilité, il continuait» par des intrigues, à grossir son parti. Le roi s'apercevant que le sacrifice qu'il avait fait de sou ministre n'arrêtait point les desseins de ses ennemis, et ne servait, au contraire, qu'à leur donner plus de facilité à tramer sa perte, prit la résolution désespérée de rappeler Haganon, comme' le seul honune qui pût l'aider à faire tête à l'orage amoncelé contre le trône. Le rappel du favori fut le signal d'une révolte presque générale. Robert commença la guerre en s'cmparant de Soissons , regardée comme le siège du gouvernement , en même temps que cette ville était au centre des domaines du roi. Robert en fit la place d'armes de son parti
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et y fixa sa résidence. Ensuite il marche sur Laon, l'attaque à ilmproviste, et s'en empare. Le roi, qui habitait alors le château d'Attigny, se mit, de son c6té, en campagne ; mais ses troupes ëprouyèrent plusieurs échecs, et il fut obligé d'aller chercher un asile en Austrasie . Cette contrée avait pris le nom de Lorraine.
Enivrés de leurs succès et de la fuite de Charles, les seigneurs, auxquels s'étaient joints les évéques, en haine de l'esprit germanique, ne gardèrent plus de mesures. Ils tinrent une nouvelle assemblée à Soissons, y déclarèrent Charles m déchu de la couronne, proclamèrent Robert, foi de France, lui prêtèrent serment de fidélité, et le conduisirent en triomphe à Rheims où il fiit sacré le 30 juin 999.
Cependant les seigneurs de la Lorraine et de la Germanie ayant fourni au roi Charles ime armée, il vint prendre position à son château d'Attigny sur Aisne, d'où il se porta ensuite rapidement sur Soissons, rendez-vous des troupes de son compétiteur. Il arriva devant cette ville, vers le milieu de la journée, sans que sa marche eût été découverte, et lorsque les chefs et les soldats de
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Tannée firançaise étaient à table ; mais la rivière d'Aisne séparant les deux années, la surprise ne put être aussi complète que Charles l'e^érait. Le temps nécessaire pour effectuer le passage sauva ses ennemis d'une défaite presque certaine.
Dès que la plus grande partie de ses troupes eurent franchi la rivière, il fondit avec impétuo* site sur les Français, dont les rangs n'étaient pas encore formés. Robert, à la tête d'une poignée d'hommes, réunis à la hâte, s'était porté à sa rencontre avec la plus grande bravoure, pour contenir l'attaque, et donner le temps aux différents corps de son armée de se former, et d'aniver sur le champ de bataille. Le combat fut des plus opiniâtres. Les deux rois, rivalisant de valeur, se précipitent au plus fort de la mêlée, donnant à leurs troupes l'exemple de l'intrépidité; mais Robert tombe raide mort, percé d'un coup de lance. Hugues, son fils, et Herbert, comte de Vermandoîs,''son gendre, parviennent à repousser le roi Charles , et le forcent à repasser la rivière en désordre. La perte fut à peu près égale des deux côtés. Suivant quelques auteurs 18,000 hommes restèrent sur la place.
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Cette bataille de Soîssods se donna le 1 5 îuin 9S3, dans la plaine de St-Grëpin en Chaye, où les mécontents avaient établi leur camp. Les vainqoenrs n'osèrent poursuiTre le roi, mais son armée, composée d'étrangers, fat vivement harcelée par les paysans, et perdit une grande partie de ses bagages. Découragés par ce revers, bientôt les seigneurs lorrains et allemands retoiniièrent dans leurs pays, abandonnant Charles à sa mauvaise fortune, et ce malheureux prince se vit encore une fois errant etfagitif dans son royaume. Les seigneurs, outrés de ce qu'il avait appelé les Germains à son secours, proclamèrent un nouveau roi de France ; ce fat Raoul, duc de Bourgogne et gendre de Robert, qu'ils firent sacrer par Abbon,évèque de Soissons, dans l'^Use de St-Médard.
Quoique l'autorité royale eût été conférée à Raoul par la volonté libre des grands, il fut bien loin de la posséder paisiblement. Plusieurs de ceux-là même qui l'avaient appelé au trône, lui arrachèrent, pour prix de leurs suflfirages, la plus grande partie des domaines de la couronne. La province de Soissons, regardée comme le cœur
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du royaume, et qui ayait toujours fait partie des pays soumis directement à l'autorité du monarque, en fut dëmembrëe. L'ëréque Abbon, Tun des fauteurs les plus actifs de la rëTolte, le même qui ayait sacré Raoul, fiit mis, pour le temporel, sur le même pied que les seigneurs. Son diocèse deyint un fief. Hugues, duc de France, reçut le domaine de Braisne, l'un des plus anciens de la couronne. Château-Thierry, Ouichy et les abbayes de St-Médard et de St-Crépin tombërrat en partage à Herbert, comte de Yermandois. A la yérité, ils étaient tous les deux beaux-firères de Raoul, et il paraissait naturel qu'il les f)t participer au partage des dépouilles du prince détrôné.
De tous les domaines royaux, Raoul ne se ré* senra que les châteaux de Compiègne et d'Attigny ; il y faisait assez ordinairement sa résidence, lorsqu'il n'habitait pas son duché de Bourgogne. Cependant les concessions du nouyeau roi n'ayaient pu assouvir l'ayidité, ni calmer la fougue du comte de Yermandois, deyenu Ëuneux par saturbulence et par sa mauyaise foi. Uneimngne perfidie l'ayait rendu maître de la personne du