PUISSANCE DES ÉVÊQUES
Dans les premiers temps , le peuple et le clergé concouraient à l'élection des évêques , et les choix tombaient presque toujours sur des sénateurs ou de grands personnages connus par leurs talents et leur fortune.
Les éveques correspondaient entre eux , et leur influence contribua puissamment à la chute du royaume de Bourgogne , et à l'expulsion des Visigoths.
Les rois francs sentirent de bonne heure combien il leur importait de mettre un frein à l'ambition et aux intrigues du haut clergé. Ils crurent en avoir trouvé les moyens en se réservant la nomination des évêques. Ceux-ci luttèrent contre cette prétention , et le cinquième concile de Paris , tenu en 614 ou 61 5, ordonna qu'après la mort d'un évêque , le métropolitain assemblerait ceux de sa province , et que le clergé , avec le peuple de la ville et le concile provincial , procéderaient à l'élection d'un nouveau pasteur. L'élection était déclarée nulle, si elle se fesait pur autorité, et autrement que par le choix du métropolitain et le consentement du peuple et du clergé , suivant les anciens canons.
Les évêques étaient soutenus dans cette lutte par
le clergé et le peuple des villes épiscopales , qui se voyaient privés avec chagrin du privilège de l'élection. Aussi mettait-on presque partout le plus grand empressement à nommer , suivant les anciennes formes, le successeur d'un évêque décédé.
De son côté , le roi n'avait pas toujours égard à ces nominations , et il fesait choix d'un autre évêque ; car Clotaire II , pour annuller l'effet du concile de Paris , y ajouta la clause qu'aucun évêque ne serait ordonné sans la permission du prince.
Alors les évêques prétendirent que le pallium , espèce de manteau qui leur était envoyé par le pape après leur nomination , équivalait à une investiture qui dispensait suffisamment de l'approbation royale.
Au milieu de ce conflit entre les autorités royale et épiseopale , il n'était pas rare de voir dans la même ville deux évêques : l'un, élu suivant les anciens canons , et l'autre , nommé par le roi. Alors il arrivait ordinairement que le peuple s'ameutait contre ce dernier, qui, s'il n'était pas fortement soutenu , était obligé de laisser le terrain libre à son compétiteur. Mais que l'évêque fût nommé par le roi, ou élu par le peuple , il ne tardait pas à prendre l'esprit de corps, et à faire cause commune avec les autres prélats dans l'intention de dominer le trône.
Le haut clergé arriva bientôt au point de dicter des lois au souverain et au peuple , dans des conciles dont le but évident ou caché était d'augmen.
Il6 CHRONIQUE DE VIENNE
ter les privilèges de l'église aux dépens de l'autorité royale et des libertés publiques.
Législateurs et juges dans plusieurs cas , les évêques privaient de la communion ceux qui ne se soumettaient pas sans hésitation à leurs décisions, et dès cet instant, les excommuniés, regardés comme sacrilèges , étaient abandonnés par leurs parents , leurs amis , leurs esclaves, jusqu'à ce qu'ils eussent subi la pénitence qui leur était imposée.
Il était naturel que les fonctions dëvêques , auxquelles étaient attachées tant de prérogatives et des richesses considérables , fussent singulièrement recherchées. Les évêques pouvaient être pris parmi les séculiers , sauf à se faire ordonner après leur nomination; ce qui ne se refusait jamais. Aussi voyons-nous entre autres un comte de Lodève, fameux par ses crimes, renoncer à son gouvernement pour 1 episcopat. (Grég. de Tours, liv. 6, c. 38. )