‹ Histoire de la ville de Vienne DauphinéChapitre 67 sur 136 · SIÈGE ET CAPITULATION DE VIENNE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET CAPITULATION DE VIENNE

Lothaire II, ne laissant point d'enfants légitimes, sa succession appartenait à l'empereur Louis, son frère ; mais son oncle , Charles le Chauve , sachant que l'empereur était grandement occupé en Italie contre les Sarrasins , résolut de lui enlever non seulement la succession de Lothaire , mais encore tout ce qu'il possédait de ce côté des Alpes.

Il commença par s'entendre avec Louis le Germanique , qui se contenta de prendre possession du pays entre le Rhin et la Meuse. Quant à Charles le Chauve , il essaya de corrompre les différents gouverneurs des provinces et des villes qui relevaient de l'empire; bientôt il sentit la nécessité d'appuyer ses négociations par la présence d'une armée. La Provence était la partie qu'il convoitait le plus; la ville de Vienne en fermait l'entrée , et le comte Gérard se montrait incorruptible.

Le pape Adrien II était alors entièrement dans le parti de l'empereur; il écrivit aux évêques et aux principaux seigneurs de s'opposer de tout leur pouvoir aux entreprises de Charles le Chauve , à qui il adressa de vertes réprimandes ; mais ce souverain , sans daigner répondre au pape , n'en suivit pas moins l'exécution de ses projets , et réunit à Lyon une forte armée .

Ce fut dans ces circonstances que Carloman , un des fils de Charles le Chauve , se révolta contre lui et alla se mettre à la tête d une troupe de bandits, avec lesquels il commit de grands désordres entre la Meuse et la Seine. Cet incident ne changea rien à la détermination de Charles le Chauve , qui investit la ville de Vienne dans les premiers jours de septembre 870.

Le comte Gérard ne s'était point renfermé dans la ville; il en avait laissé le commandement h. la comtesse Berthe , sa femme. Le siège était poussé avec

vigueur; mais les fameux remparts romains, encore debout , étant défendus avec courage , Charles le Chauve comprit qu'il était nécessaire de recourir à d'autres moyens. Quelques-uns de ses émissaires entrèrent dans Vienne , et soit par des promesses, soit par des menaces, ils ébranlèrent la fidélité d'un bon nombre de Viennois. D'ailleurs, ceux-ci, du haut de leurs murailles , pouvaient voir chaque jour les dévastations que commettaient dans les campagnes voisines les troupes qui les assiégeaient. Enfin , le siège durait depuis près de quatre mois, et les vivres commençaient à manquer.

La comtesse Berthe trouva moyen de faire connaître à son mari 1 extrémité où elle était réduite, et surtout le peu de confiance que lui inspirait la majeure partie des Viennois, à qui, jusqu'à ce moment, on avait fait espérer qu'ils seraient secourus par l'empereur; mais la saison des neiges étant arrivée, les passages des Alpes se trouvaient fermés , et toute illusion à cet é^ard n'était plus permise.

Le comte Gérard ne songea plus qu'à mettre ses intérêts à couvert. Il se rendit auprès de Charles le Chauve , fit ses conditions , et lui livra la ville la veille de Noël.

Dès que Charles le Chauve fut maître de Vienne, il exigea de Gérard des otages pour la remise des châteaux forts qu'il possédait dans les environs , lui permit de charger sur trois grands bateaux son

mobilier, et le força à quitter la ville , dont il donna le commandement au comte Boson. {Vide Annales Bertiniani , ann. 870 etSji.)

Page 1