PRISE ET SAC DE VIENNE
Ainsi que Carloman l'avait prévu , la résistance des Viennois ne pouvait plus être longue. Boson avait compté sur des secours qui lui étaient promis par sa belle-mère Ingelberge, restée en Italie pour servir ses intérêts ; mais Charles le Gros venait de faire enlever cette princesse , et à cette époque elle était prisonnière.
Les Viennois, en proie aux horreurs de la famine, demandèrent à capituler. Richard le Justicier exigea que la ville se rendît sans conditions. Une fois qu'il en fut maître , il prouva combien son orgueil avait été humilié par la longue résistance des habitants. Ermengarde et la fille de Boson furent conduites à Autun , où elles furent traitées avec égard ; mais quant à la ville , non content de l'avoir mise au pillage , et d'en avoir incendié les habitations , Richard fit renverser les fameux remparts romains qui , pendant neuf siècles , avaient bravé les injures du temps , et opposé une digue insurmontable aux invasions dont cette partie des Gaules avait été le théâtre.
Le renversement des terrasses qui divisaient Vienne en ville basse > ville moyenne, et ville haute > fit couler le terrain des parties supérieures sur les inférieures, de sorte que sur quelques points les rez-de-chaussée d'anciennes habitations sont aujourd'hui recouverts de plusieurs mètres de terre et de décombres , et le hasard seul les fait découvrir.
Charvet (page 120) parle dune charte qu'on trouvait dans le cartulaire de Vienne (verso du f° 43) datée du 17 des calendes de décembre , Van 2 de la destruction de Vienne , Charles empereur régnant.
Charvet a cru que cette date se rapportait au siège que Vienne avait soutenu en 870, et que l'empereur Charles dont parle la charte, était Charles le Chauve. 11 a commis une erreur dans laquelle il devait d'autant moins tomber , que , si les remparts de la ville eussent été détruits en 870 , il n'aurait guère été présumable qu'ils eussent été rétablis dix ans plus tard, de manière à arrêter pendant vingt-cinq mois les efforts des armées coalisées contre Boson; mais une preuve sans réplique se tire des expressions de la charte elle-même : In urbe Vienna quam Dominus ac venerabilis Odtrammus archiepiscopus ad regendum habet.
Otram était donc archevêque de Vienne lors de la signature de cette charte; or, Otram ne fut promu à l'archevêché de Vienne qu'en 876, époque à laquelle il succéda à saint A don. Ce serait donc le
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nom de ce dernier archevêque, et non celui à'Otram, qui figurerait sur la charte, si elle était de 872.
Chorier (page 699 du 1 er volume de son Histoire du Dauphiné) ne s'est point trompé sur la véritable époque de cette charte. Il la porte à deux ans après la destruction de Vienne par Richard le Justicier.
Il ne s'agit plus que de fixer l'époque de la destruction de Vienne , et rien ne prouve qu'elle suivît immédiatement la prise de la ville qui avait eu lieu en septembre 882. Il est plus naturel de croire que Richard séjourna dans cette ville tant qu'il espéra y trouver les trésors que les particuliers avaient enfouis , et que ce ne fut qu'au moment de l'abandonner qu'il ordonna le démantellement de la place ; ce qui aurait été exécuté en 885.
Alors la charte porterait la date du 1 5 novembre 885 , deux ans après la destruction de Vienne; à cette époque Charles le Gros régnait en France, Ainsi tout s'explique naturellement , et il s'agit de Cliarles le Gros , et non de Charles le Chauve , comme l'a cru Charvet.