SUR LES PIECES SUIVANTES
Je me suis étendu jusqu'ici, dans cette Histoire de la Ville de Paris, principalement sur les Eglises et sur leurs dépendances, me bornant à montrer comment quatorze ou quinze anciennes et principales Eglises en ont vu former plusieurs autres sur leur territoire ou dépendance à mesure que les siècles se sont succédés. Je n'y ai point beaucoup inséré de faits concernant THistoire Civile, si ce n'est à l'occasion de quelques Places et de quelques rues.
Une Pièce singulière et qui paroît unique dans son espèce sur les rues de Paris m'étant tombée entre les mains, j'ai cru la devoir ajouter à ce volume, parce qu'elle sert à prouver jusqu'où Paris s'étendoit depuis que le Roi Philippe-Auguste l'eut fait entourer de murs. Elle apprend quelles sont les plus anciennes rues, les noms qu'on leur donnoit quatre-vingt ans après cette clôture : elle aidera à lire ces noms plus facilement dans les actes écrits depuis quatre ou cinq cens ans ; à connoître la situation de ces mêmes rues, et la contiguité du voisinage des unes avec les autres : ensorte que le lecteur pourra juger combien de ces noms ont été altérez depuis dans la bouche. du peuple, et sçaura quels sont ceux qui ont été changez entièrement.
On mettoit en vers, au XIII et XIV siècles, certains sujets qu'on regarderoit aujourd'hui comme très-peu susceptibles de poésie. Aussi ne se génoit-on gueres sur la rime, et pour faire des liaisons, ou pour remplir la quantité et la mesure,
AVIS DE l'auteur $49
on fabriquoit des termes et on inseroit des sermens par tels ou tels saints réels ou imaginez. Je les fais remarquer et je donne aussi l'explication des mots de l'ancien langage vulgaire difficiles à entendre.
On trouvera au bout de cette poësie un Catalogue des rues de la même Ville de Paris, telles qu'on les nommoit cent cinquante ans après. Il en contient plusieurs qui ne sont pas dans le premier ouvrage, parce que l'auteur ne s'est pas borné comme le précédent aux rues comprises dans l'enceinte bâtie sous Philippe-Auguste : mais aussi on s'apperçoit qu'il en a omis du dedans de cette enceinte ; ce qui fait que Ton trouve moins de rues dans son catalogue, que dans l'ouvrage du Poae.
EXTRAIT d'un volume in folio écrit à la main, en caractères du XIV siècle, contenant les Poësies de divers auteurs du même temps, entre autres de Guillot de Paris, qui a vécu sur la fin du XIII siècle.
Ce manuscrit que j'ai découvert à Dijon, en ijSiy est à présent dans la Bibliothèque de M. l'Abbé de Fleury, Chanoine de N. D. de Paris,
Il faut observer que cette pièce de vers sur les rues de Paris ne nomme que celles qui sont renfermées dans la Clôture faite par
' Philippe- Auguste, en 121 1. Encore ne les marque-t-elle pas toutes. On met ,ici en caractères italiques les noms qui ne sont plus d'usage, soit que les rues soyent devenues couvertes de maisons et n'existent plus, ou que le nom ait été changé par la fantaisie du peuple, et je renvoyé au
' au bas de la page le nom qu'elles ont aujourd'hui. Je laisse en caractères romains ce qui reste de ceux qui ne sont que défigurez, et je souhaite que ce petit ouvrage puisse engager les personnes préposées à la rénovation des écriteaux des noms des rues, à les faire mieux orthographier. Le Traité de Sauvai sur les rues de Paris, à la tête de son premier Tome, m'a beaucoup servi : mais je cite aussi plusieurs monumens qu'il n'a pas vu. Une des preuves que l'auteur de ces vers a vécu environ les années 1290 et i3oo, est la mention qu'il fait en nommant les rues du quartier de la Ville numéro 71, de Dom Séquence qui étoit Chefcier de Saint Merry, en 1283, comme d'un homme vivant, ou récemment mort.
Le lecteur observera que au est écrit par o ; aux par as, qu'on par con ; un par la lettre i seule ; le nom de Dieu par Diex.