Est aujourd'hui la rue de la Coutellerie
Qui ont maint homme pris o brai (d la pipée)
Par le Carefour de Mibrai *
En la rue S. Jacque ^ et ou porce [au porche] ^
M'en ving, n'avois sac ni poce [poche] :
Puis alai en la Boucherie *.
La rue de VEscorcherie ^
Tournai ; parmi la Triperie ®
M'en ving en la Poulaillerie"*^
Car c'est la dernière rue
Et si siet droit sur la Grant-rue*.
Guillot si fait a tous sçavoir,
Que par deça Grand pont pour voir {pour vrai)
N'a que deux cent rues mains six :
Outre Petit-pont quatre-vingt
Dedans les murs non pas dehors.
Les autres rues ai mis hors [par le fond).
De sa rime, puisqu'il n'ont chief {rues sans chiefs, fermées
Ci vout faire de son Dit chief (ï7 veut faire ici la fin de
Guillot, qui a fait maint bias dits, [ses vers)
Dit qu'il n'a que trois cent et Dix
Rues à Paris vraiement.
Le dous Seigneur du Firmament
Et sa très douce chiere Mère
Nous défende de mort amere.
Explicit le dit des rues de Paris,
Lorsque Guillot de Paris, auteur de la versification précédente, compte 194 rues dans le quartier d'au-delà le Grand-pont, qu'on appelle aujourd'hui la Ville, il paroit en marquer dix de plus qu'il n'y en a de nommées dans ses vers. Il y a apparence que le copiste a obmis quelques vers où elles étoient spécifiées ; car on voit par le Traité de Sauvai, p. 170, qu'il existoit en i3oo plusieurs rues de ce quartier-là qui ne sont point spécifiées dans son ouvrage. Il y avoit, par exemple,
I. On ne dit plus le carrefour de Mibray, mais la me de la Planche Mibrai ; elle est au bout du Pont Notre-Dame.
a, 3, 4. Tous lieux trés-connus.
5 et 6. Ce sont les rues situées entre la grande Boucherie et la rue de Gêvres ; on les appelle à présent les rues de la vieille Place aux Veaux^ du pied de Bœuf et de la Tuerie. Ce sont les plus étroites de tout Paris, et que Ton a le moins songé à embellir, n'étant habitées que par des Bouchers et des Tripiers dont cependant les maisons sont assez élevées.
7. L41 rue ou quartier de la Poulaillerie étoit aussi aux environs du grand Châtelet. Les rues de Gévre et de S. Jérôme paroissent en occuper la place en partie, au moins les maisons qu'on y a construites la couvrent ; ce quartier devoit aussi comprendre la rue de la Joflaillerie qui n'a été ainsi nommée qu'assez tard, car le Poète dit que la Poulaillerie se rendoit dans la Grande rue.
8. Cette Grande rue est la rue S. Denis qui commence un peu après le grand Châtelet.
sur la Paroisse de S. Germain l'Auxerrois, la rue Gui d'Auxerre, la rue Gui le Braolier, la rue Gilbert l'Anglois. Sur celle de Saint Eustache, la rue de Vernelltl, la rue Alain de Dampierre; sur celle de Saint Jacques de la Boucherie, la rue Jean Bonnefille ; sur celle de Saint Jean, la Cour Harchier. Sur celle de Saint Merry, la rue Guîllamc Espaulart.
Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage les rues sans chief, c'est-à-dire qu'il n'a fgit aucune mention des culs-de-sacs, car au lieu d'employer ce dernier nom, on aimoît mieux alors regarder ces rues comme n'ayant point de tête, et c'e'toii ainsi qu'on les déstgnoii. C'est pourquoi si l'on trouve dans sa Poésie des noms portés aujourd'hui par des culs-de-sacs, c'est que ces culs-de-sacs n'ont été formés que depuis par la construction de quelque édifice, de même que dans le siècle présent il s'y en est formé par ce moyen, ci qu'il y a eu des rues bouchées et condamnées.