ET DEPUIS
Et de celles qui lui ont appartenu ou qui en dépendent encore; sçavoir Sainte Geneviève la petite, surnommée des Ardens ; celles de Saint Etienne du Mont et de Saint Medard.
UAND même on pourroit faire quelque fond sur le^ Ecrivains qui assurent que la Montagne où est située cette Eglise a été appellée autrefois Mons Leucotitius, ce nom ne nous indiqueroit point d'autre étymologie que celle de la Ville Capitale des Parisiens qui a été appellée Leucotetia par quelques anciens auteurs, terme dont Leutetia et Lutetia seroient une simple abbreviation. Mais, sans m'autoriser de ces foibles garants, dont quelques uns, après avoir altéré l'expression de Leucotitius en celle de Locutitius, ont gravement avancé que la montagne avoit eu ce dernier nom à cause que Clovis y auroit eu un Palais où il donnoit ses Audiences, je me borne à ce que j'ai trouvé de plus certain sur l'origine de l'Eglise qui y a été construite.
Le sommet de cette montagne avoit été choisi pour être l'un des Cimetières des habitans de la ville de Paris, et, suivant l'ancien usage, il étoit placé entre deux chemins publics, dont Tun sortant de Lutece par le petit-Pont rendoit à Orléans, l'ancienne Cité Romaine sur la Loire ; c'étoit même une de ces levées formées par les Romains et à l'usage de leurs troupes. L'autre étoit Tune des routes pour aller à Sens. Il y avoit sur le même sommet une partie du terrain destinée pour la conservation des cendres provenant des corps morts des Payens, et par la suite une autre pour la sépulture des Chrétiens. On ne peut douter de sa première destination pour les Payens, en voyant la description du cercueil de marbre blanc qui y fut trouvé vers l'an 1620, dont l'extérieur étoit orné de plusieurs figures du Paganisme, d'environ la fin du
III siècle, à en juger par ce que Bergier en rapporte. Cela se trouve Hist. des grands encore confirmé par les découvertes que Ton fit environ vingt ou chcmms, trente ans après, derrière le Sanctuaire ou chevet de Saint Etienne
des Grez, de petites caisses de briques et ciment, où Ton trouva Sauvai, des cendres et des médailles d'or et d'argent ; ces cendres désignent ^- "» p- ^^^• les restes d'un bûcher et par conséquent le temps du Paganisme. Comme Prudence, Evêque de Paris, prédécesseur de Saint Marcel, fut inhumé sur cette montagne entre le milieu et la fin
IV siècle de J. C, on est assez bien fondé à juger que d'autres Evêques de cette ville, ses prédécesseurs, et quelques-uns des successeurs de S. Marcel y avoient aussi eu leur sépulture, d'autant que l'on ne connoît pas d'autre Cimetière de Lutece plus ancien que cette montagne : car alors, ainsi que l'enseignent les monumens de plusieurs autres villes, les Evêques, les Sénateurs des villes étoient portés comme les autres au Cimetière public, ayant seulement un quartier différent, et, suivant la réputation de sainteté des personnes, on dressoit un Oratoire ou un petit couvert sur le lieu de leur sépulture.
Clovis, ayant embrassé le Christianisme, fit bâtir, à la persuasion de Clotilde, son épouse, dans la partie de cette montagne qui est proche de sa pente vers l'orient, une Basilique sous le titre de S. Pierre et de S. Paul, quelques années avant sa mort arrivée en 5 1 1 . Après l'avoir dotée en partie de biens qui avoient appartenu aux anciens Prêtres du Paganisme, il y reçut la sépulture, non seu- Chan. Carou lement à cause qu'il en étoit fondateur, mais encore parce qu'on . ^^^- '" n'inhumoit point encore dans les Cités quoiqu'il y eût une Eglise, *^ ' "^" ^^' comme dans la Cité de Paris où étoit déslors la Cathédrale. Sainte Geneviève qui mourut quelques années après Clovis, y fut aussi inhumée par la même raison, aussi-bien que Ste Aide, l'une de ses compagnes. Le corps de Ste Clotilde, veuve de Clovis, ayant Greg. Tur.Hist. été apporté de Tours à Paris, y fut pareillement enterré proche '• '^» ^' '• celui de ce Roy, un peu après l'an SSj. Grégoire de Tours dit que ce fut in Sacrario basilicœ, c'est-à-dire dans le Sanctuaire où Clovis avoit été inhumé le premier, attendu que c'étoit l'endroit par où l'on avoit commencé l'édifice, lequel ne fut achevé qu'après son décès, par la Reine Clotilde. Cette même Reine avoit aussi md., fait inhumer dans la même Basilique dès l'an 524, Theodevalde et ''*• ^^^' ^- *^*"- Gonthaire ses petits-fils, issus de Clodomire, lorsqu'ils eurent été massacrés, l'un âgé de dix ans, l'autre de sept; et quelques années après Childebert, Roy de Paris, y fit inhumer sa sœur Clotilde, /bid., c. x. décédée sur la route d'Espagne en France. Depuis l'Evêque Prudence qui y avoit été enterré, nous ne trouvons que S. Ceraune qui sûrement y fut inhumé plus de deux cens ans après.
Plusieurs Conciles ont été tenus en cette Eglise, sçavoîr
23o EGLISE SAINT PIERRE ET SAINT PAUL
Greg.Tur. en SjS, 5yj et 6i5. Le plus fameux est celui de l'an 577 sur HisLi. v,c.xix. l'affaire de Prétextât, Evêque de Rouen et où ce Prélat comparut.
Grégoire de Tours parle même du lieu appelle Secretarium^ qui
signifie le Trésor ou la Sacristie dans lequel les Evêques tinrent
quelques séances. Il paroît aussi que la même Eglise servoit dès
lors de refuge ou d'azyle aux Seigneurs qui se sentoient criminels.
ibid., c. iLix. Ce fut là que Leudaste, Comte de Tours, convaincu d'impostures
criantes dans le Concile tenu à Brennacum, entre Soissons et Paris
(j'ai prouvé que c'est Bergni), se retira au moment qu'il sçut que
son crime étoit découvert. S. Otien parle aussi dans la vie de Saint
VitaS.FMg, Eloy de la Basilique de S. Pierre située, dit-il, au Faubourg de
liv. Il, c. XVII. Paris, proche laquelle demeuroit un Saint homme, grand ami de
S. Eloy, dont j'aurai occasion de parler cy-après. Cette Eglise
vita étoit dès le tems de l'Auteur de la vie de Sainte Geneviève ornée
injinT^*^ ^'"^ triple portique où étoient simplement peintes les Histoires
des Patriarches, des Prophètes, des Martyrs et des Confesseurs.
La sculpture n'a été employée pour ces sortes de représentations
que bien plus tard, et lorsqu'en élargissant les Eglises, on en a
pareillement élargi et haussé les portiques. Enfin la même Eglise
est mentionnée la première dans les legs que la Dame Ermentrude
Dtpiom. fit aux Basiliques de Paris par son testament d'environ 710. En
Ckart^. epist. y^j^j l'article : Baselicis constitutis Parisius. id est Baselicœ
S. Petrif urcio argenteo, valente soledus duodece, et fibla aurea
gemmata manto dari constitua.
Les sçavans ont hésité long-tems sur la qualification de ceux qui desservoient cette Eglise, sçavoir si c'étoit une partie du Clergé séculier de Paris, ou une Communauté Monastique. Ils conviennent assez maintenant, que ce fut originairement une maison de Moines, de même qu'il y en avoit déjà proche d'autres villes, mais non pas sur ce que Grégoire de Tours l'a qualifié du nom de Basilicdy puisque, si cela suffisoit, il faudroit reconnoître des Moines par tout : ce n'est pas non plus parce qu'on trouve Gaii. Chr. quelques Abbés qui ont vécu avant le tems des Normans, puis- T. VII, p. 703. q^jjj gg^ prouvé que dans les Eglises de Prêtres séculiers on
donnoit le nom d'Abbé à celui qui en étoit le premier ; mais parce que l'auteur de la vie de la Reine Ste Bathilde qui vivoit comme elle au VII siècle, cent cinquante ans après Clovis I, assure que la Reine Clotilde bâtit la Basilique de S. Pierre pour y faire observer la Religion de l'Ordre Monastique. Si donc on vit aux VI, VII et VIII siècles quelques maisons bâties aux environs de ce Monastère, il faut croire que les Ecclésiastiques qui veilloient sur le spirituel des habitans de ces lieux, furent ceux de la Basilique de S. Julien qui étoit dans la plaine, proche le Petit-Pont.
Sainte Geneviève étant la plus célèbre entre les Saints inhumés en cette Basilique, et y faisant beaucoup de miracles, principalement sur les malades atteints des fièvres, suivant le témoignage de Grégoire de Tours, Saint Eloy qui n'étoit encore qu'orfèvre ut. de Gior. vers l'an 635, employa l'industrie de son art pour la décoration ^°"-^* ^^p- *"• du sépulcre de cette Sainte, qui de son temps n'étoit encore couvert que de bois, et il l'orna de rainseaux d'or et d'argent, c'est-à-dire le petit édifice qui étoit au-dessus du tombeau; car c'est ainsi qu'il faut traduire après TAbbé Chastelain le texte Martyroi. de S. Oûen, et ne pas dire, comme M. Baillet, qu'il fit une châsse ^°^^- Bj™"*»-^» pour cette Sainte, comme s'il étoit vray qu'on l'eut alors déterrée ou tirée du tombeau.
Le IX siècle est l'époque de plusieurs changemens arrivés dans la Basilique de Saint Pierre, autrement dite alors l'Eglise des SS. Apôtres. Dès l'an 8ii, on la trouve appellée du nom de Hist. Ecci. Par. Sainte Geneviève dans l'acte d'une donation faite à la Cathédrale ^* ^' ''' ^°'^' de Paris. S. Ansegise, Abbé de Fontenelle, décédé en 83 1, spé- SpicU. infoi. cifie dans son testament, qu'il lègue ad S, Genovefam Parisius ^' '^' ^' ^**' libras duas. En 856, l'élection d'Enée pour Evêque de Paris est déclarée faite par le Clergé de la Mère Eglise de Paris, qui étoit la Cathédrale, par les Abbayes séculières attachées à son corps, et par ceux qu'on appelloit alors Fratres Cœnobii S, Dionysii et Hist. Eccl Par. S, Germani et beatœ Genovefœ ac Fossatensis, Néanmoins le t'-^'P^'S. nom de S. Pierre ne fut pas pour cela mis en oubli. Prudence, Evêque de Troyes, rapportant à l'an 857 les incendies commis par les Normans à Paris, et y comprenant l'Eglise de Sainte Geneviève, s'exprime ainsi : Basilicam beati Pétri et S, Genovefœ Duchéne incendunt : quelquefois même encore depuis on l'appella du nom ^' ^^^' ^' ^^^' seul de Saint Pierre, mais rarement.
La fuite que les Religieux de Sainte Geneviève furent obligés de prendre pour se mettre à couvert des irrsultes des Normans, occasionna l'ouverture du tombeau de la Sainte, après qu'on eut ôté de dessus les décorations d'orfèvrerie faites par S. Eloy deux cens ans auparavant. Ce fut donc vers l'an 845, que les ossemens de Sainte Geneviève furent mis pour la première fois dans une caisse, afin d'être transportés dans les Terres de l'Abbaye, et y être cachés. Après le calme on les rapportoit; et aux premiers bruits du retour des Normans, on les transferoit en lieu de sûreté. L'Eglise et le Monastère ayant été presque réduits en cendres, et plusieurs Religieux étant décèdes dans le tems des différentes transmigrations, la régularité se trouva entièrement afToiblie; desorte que Ton jugea à propos d'y établir des Chanoines séculiers, ainsi qu'il y en avoit eu autrefois en d'autres Eglises soumises à la Cathédrale. Ce changement ne dut pas tarder de
Gaii. Chr. beaucoup après la fin des guerres des Normans, puisque le Roi
T. VII, instrum. Robert marque dans son Diplôme concernant ce lieu, que l'Ordre C0.219. Clérical y avoit été depuis un tems déjà reculé, locus sub Clericalis Ordinis regimine à primordio fuerat traditus. En effet, si cette expression à primordio ne signifie pas ici, que dès le règne de Clovis I on y avoit mis des Clercs (ce qui iroit à détruire l'opinion de l'établissement primitif des Moines en cette Eglisfe), on ne peut pas lui donner un autre sens, que celui de dire qu'il y avoit déjà plus d'un siècle que les Prêtres séculiers la desservoient : et quoiqu'il soit certain que cette Eglise avoit un Clergé de cette espèce, la charte du Roi s'exprime cependant en ces termes : Dilecti nostri ex Monasterio SS, Apost. Pétri et Pauli et Sanctœ Genovefœ Virginis Canonici : mais le vrai de tout cela est que les Communautés de Prêtres séculiers étoient quelquefois appellées Monasterium, ou au moins leur Eglise, et que ces ' Clercs députés à la desserte de cette Basilique n'eurent point de NecroL demeure fixe, jusqu'au tems que le Roi Robert les réunit tous
veius s. Genov. jg^s une enceinte qu'il fit bâtir proche l'Eglise sous le nom de
Cloître, qu'il régla leur revenu sur le pied de Prébendes, en fonda même quelques-unes, et ordonna ensuite par le titre cidessus, que le Doyen qui les gouverneroit seroit pris parmi eux. Le Nécrologe de la Maison ajoute, qu'il leur permit pareillement de conférer les Prébendes vacantes à qui ils voudroient. Gaii. Chr. Nous ignorous le nombre qu'il y eut de Chanoines en cette Collé-
T. vii,cot.7o5 gîale : mais outre le Doyen, elle avoit deux autres dignités, dont l'une étoit le Préchantre, et l'autre le Chancelier. Il y avoit au
ibid., col. 710. moins vingt Prébendes sous Louis le Gros, et plusieurs Ecclésiastiques très-qualifiés en possédoient. Un Evêque qui s'y étoit retiré et qui y mourut, est qualifié dans le Nécrologe Evêque de cette Eglise: Obiit Berner ius hujus Ecclesice Episcopus*. Un des Préchantres, nommé Thiboud, vint à bout de faire unir à la même Eglise la Prébende qu'il avoit à Notre-Dame. Un Doyen, nommé Sevin, consentit à l'extinction de sa Prébende pour l'utilité de l'Eglise, et un autre, conjointement avec son Chapitre, attacha une autre de ces Prébendes à la nouvelle Abbaye de Gaii. Chr. Saint Victor. Les Rois furent pendant plus d'un siècle dans col. 707, l'usage de connoître par eux-mêmes des causes et affaires de tous ces Chanoines en particulier, ce qui marque une distinction singulière. Mais ce qu'il y a de plus digne d'attention, est qiie
ibid.. col. 705. dès lors ce Chapitre, à l'imitation de la Cathédrale, avoit ses
Ecoles où les lettres fleurissoient, et dont on connoît un Pro-
I. Cette expression singulière se trouve aussi employée par rapport à TAbbaye de S. Denis.
fesseur, nommé Hucbold, qui étoit venu de Liège. Le Chancelier étoit, comme à Notre-Dame, celui qui avoit soin de la Bibliothèque; ensorte que, par la suite, lorsque l'Université se fut étendue sur le territoire de cette Eglise, il fut naturel qu'il eût sur les Etudians de la Montagne la même inspection qu'avoit eu celui de la Cathédrale sur ceux qui étoient hors la Terre de Sainte Geneviève. Je ne parle point du tumulte scandaleux qui arriva en cette Eglise Tan 1147, et qui fut cause que de Séculiers ces Chanoines devinrent Réguliers, par le moyen de l'introduction de la Règle des Chanoines de Saint Victor, qui étoit alors dans sa ferveur. Ce changement n'influa presque point sur les rits de TOffice Divin ni sur les droits des Dignitaires ou Officiers. Il y en eut même un que je ne trouve pas dans l'état précédent de cette Eglise : c'est le Camerier ou Chambrier, devant lequel se rapportoient les causes au sujet du temporel de cette Eglise.
On ne peut pas assurer que l'Eglise que Clovis et Ste Clotilde firent bâtir, subsista jusqu'au tems des Normans, ni que c'étoit celle où les Barbares mirent le feu : peut-être avoit-elle été rebâtie deux cens ans après Clovis, comme, celle de l'Abbaye de Saint Denis le fut au VIII siècle. Ce qu'il y a de certain est que les murailles de celles que les Normans brûlèrent, subsistèrent encore stephan, en partie, quoiqu'en très-mauvais état, vers l'an 1 190. On y voyoit °'^"*|f^. ^' les dégâts causés par le feu, et quelques restes d'ouvrages en marqueterie tant en dedans que parle dehors *. L'Abbé Etienne qui siégeoit en 1 180 et 1 190, s'étoit proposé de faire toutes les réparations convenables, sans songer en aucune manière à Tabattre. Il assure y avoir fait ce qui étoit nécessaire pour l'entretien des murs, les ayant garni de nouvelles pierres de taille par le dehors : ensorte qu'il paroît que son ouvrage consista dans les ouvertures des murailles, où au lieu de deux petites fenêtres qui étoient perpendiculaires, et qui regnoient en cette forme d'un bout de l'Eglise à l'autre, il n^en fit qu'une. Les marques de ce que je dis sont encore très-visibles par le dehors du côté du midi le long de la nef. La couverture devoit être de plomb suivant ses desseins. Mais je ne sçai si jamais cela a été exécuté. Ce qui se voit donc de plus ancien par le dehors de cette Eglise, est un reste de carcasse de celle où les Normans avoient mis le feu, et dont la Mosaïque fut ôtée du tems de l'Abbé Etienne, et un autre morceau plus marqué à l'entrée du sanctuaire par le dehors au même côté méri-
I La marqueterie du dedans étoit sans doute à la calotte du Sanctuaire, ainsi qu'on en voit encore à celui de TEgiise du village de Germigny-sur- Loire au Diocèse d*Orléans, et à celui de la petite Eglise de Saint Roques, à Autun, faubourg S. André.
dional. Tout le travail de dedans, tel qu'il paroît aujourd'hui, piliers, voûtes, petites colonnades, ne paroît être que du XIII siècle et peut être attribué au tems de Jean de Tôucy, qui fut Abbé après Etienne, ou à celui de Herbert, qui commença à siéger en i223. Mais, comme la disposition en est singulière, le tout est vraisemblablement assis sur les anciens fondemens; ce n'est pas seulement Telévation des ailes et leur peu de largeur qui le persuade, c'est encore la ceinture du sanctuaire, dont la forme totale est en rotonde sans angles, et un reste de pilier qui se voit proche la porte qui a été percée pour aller à Saint Etienne, par le chapiteau duquel, qui ressent le XI siècle, on reconnoît que le sol de TEglise a été relevé. Les trois portiques qui sont au frontispice sont aussi du XIII siècle, mais enchâssés dans l'ancien édifice, et ils ne
Secr, XVI cal, peuvent être les mêmes que le Nécrologe dit avoir été faits aux ^<^c. dépens d'un nommé Maigauld, qui a du vivre du tems des Chanoines Séculiers de cette Eglise. Pour ce qui est du bas de la Tour où sont les cloches, il ressent le genre de structure du règne du Necroi. Roi Philippe I. Ainsi on ne peut point douter qu'il ne soit 23 Manu, l'ouvrage que fit faire le Préchantre Thebold, suivant qu'il est Reg. du Pari, marqué au Nécrologe. Il est sûr qu'on travailla sous Charles VIII
7 Janvier 1485. à la partie supérieure de ce clocher. Tout ce haut fut refait avec la
Call Chn
instr. r. VU floche, parce que le tonnerre étoit tombé dessus le 6 Juin 1483, et p. 25i l'avoit fort endommagé, avoit fondu les cloches et la couverture
col» 70^
Le frontispice de cette Eglise me rappelle le souvenir d'un anneau de fer d'une largeur et grosseur prodigieuse, que nous avons vu suspendu vers le haut du pignon, au-dessous d'une fenêtre où il étoit soutenu par une pierre qui représentoit une tête d'animal, et qui n'a été ôté de cet endroit qu'en 1746. Il m'a paru qu'il avoit été mis en ce lieu élevé, quand Maigauld fit faire les portiques dans le XI s'iécle, ou lorsqu'on les refit dans le treizième. Sans donc ajouter aucune croyance à la fable que le peuple a débité pendant certains siècles au sujet d'un Abbé de Sainte Geneviève contemporain de Robert le Diable, Duc de Normandie (auquel tems il n'y avoit point d'Abbé en ce lieu, mais seulement un Doyen), et Sauvai. que l'on peut voir dans Sauvai, je me contenterai de faire observer
T. I, p. 593. qu'anciennement, et surtout dans le IX siècle, l'une des dépendances des Eglises où l'on prêtoit les sermens, et où pouvoient s'arrêter en sûreté ceux qui y recouroient comme à un lieu d'asyle, étoit l'anneau de la grande porte qu'ils empoignoient, ou dans
Mir. s. Gerw. lequel ils passoient leur bras. Heric, Moine d'Auxerre sous /. /, c, xwv. Charles le Chauve, est l'un des Ecrivains où j'ai lu cet ancien usage. Comme on ne peut douter que la Basilique de Sainte Geneviève n'ait eu à Paris la préférence sur beaucoup d'autres, je
pense que ce gros anneau a été attaché à la grande porte ou au portique, jusqu'environ le tems auquel on s'apperçut de Tabus de ces sortes d'asyles. Mais pour en conserver le souvenir, l'on éleva ce même anneau à une hauteur à laquelle personne ne pouvoit plus atteindre, et c'est ce souvenir que j'ai cru devoir rappeller aujourd'hui.
Comme on a vu ci-dessus qu'il n'y eut que les ossemens de Sainte Geneviève qui furent tirés du tombeau pour être mis en sûreté loin de Paris du tems des Normans, ce ne doit être que depuis que l'on eut relevé les ruines de l'ancienne voûte calcinée par le feu de ces barbares, qu'on tira de terre les tombeaux des autres personnes mortes en odeur de sainteté, et qu'en construisant ou réparant la crypte sous le sanctuaire, on rassembla ces sépulcres, entr'autres celui de S. Prudence et celui de S. Ceraune, Evêques de Paris. Alors les reliques de Sainte Geneviève restèrent dans le coffre qui avoit servi à les transporter, 'et peu à peu, par le moyen des diverses décorations, il parvint à avoir tout l'extérieur d'une châsse; mais il n'étoit toujours que de bois, couvert de quelques feuilles d'argent. Cette châsse avoit déjà été Antiphonar. portée en plusieurs processions avant l'an ii3i, suivant le témoi- ^^'*- ^*"" ^^^'• gnage de l'Historien du Miracle des Ardens, opéré cette année-là. Jacques de Dinant, mort Evêque d'Arras, duquel on a un traité Cod. Reg. ms. latin de la translation du corps de cette Sainte de cette châsse 4'S2, en une autre, y marque qu'elle étoit restée en cet état jusqu'au règne de S. Louis. Quoique le grand autel eût été orné d'une table d'or et d'argent par le Roi Robert, on ne voit point qu'il eût pensé à orner cette châsse d'or ni de pierreries. Vers l'an 1240, un nommé Godefroi donna une somme pour la construction d'une nouvelle châsse, les Evêques de Noyon et d'Avranches, une autre. Robert de Courtenay, Chevalier, légua lo marcs Necroi. d'argent à même fin, et lorsque l'orfèvre Bonard eut achevé ce ^\r^^"^^^^^ somptueux ouvrage, qui étoit du poids de igS marcs d'argent et 7 marcs et demi d'or, la translation du corps de la Sainte y fut faite l'an 1242, le 28 Octobre, jour de l'ancienne dont l'année est inconnue, par l'Abbé Robert de la Ferté-Milon.
Plusieurs auteurs ont parlé des cérémonies de la Procession où l'on porte cette châsse dans les tems de nécessité : Voici ce qu'en a écrit un auteur qui vivoit sous Charles VI : « Moult « honorablement la faisoit porter le Roi Charles-Quint, père Cod. ms. « du Roi Charles VI, qui à présent règne. Quart quand il la Tt'omœBenoUL « faisoit porter, celx de Notre-Dame, celx des autres Collèges, «I tant réguliers que séculiers, alloient nuds pieds : et par ce il « en venoit toujours aucuns bons effets, d
Le corps de .Ste Aide ou Aude, compagne de Sainte Geneviève,
avoit été levé du tombeau avant le tems de S. Louis, puisque sa châsse fut une de celles que l'on porta au-devant des Reliques venues de Terre-Sainte sous son règne.
Le corps de S. Ceraune, Evêque de Paris, fut tiré de son sépulcre le 16 Novembre de Fan i253, et enchâssé par Guy, Evêque de Clermont. Son authentique déclare qu'il y avoit déjà dans cette Eglise plusieurs châsses de Saints, outre celle de Sainte Geneviève, ce qui fait croire que le corps de Ste Clotilde pouvoit aussi avoir été déjà relevé. La châsse d'argent doré dans lequel est le corps de Gaii. Chr. cette Reine, à la reserve de ce qui en a été distribué, n'est que
T.VII.C0L770. de l'an iSSg, auquel l'Abbé Philippe le Bel en fit la translation.
A l'égard de ce que l'on y conserve sous le nom de S. Baudele, ce n'est pas du célèbre Martyr deNimes, quoiqu'on y célèbre la fête le 21 Mai, jour de ce Saint ; mais comme cela est venu d'Orléans, il y a toute apparence que c'est d'un de ces saints dont on leva les corps de terre à Orléans même, avec celui de S. Agnan, l'an 1029, et que ce fut le Roi Robert, fondateur du Chapitre séculier de Sainte Geneviève, qui en enrichit cette Eglise, vu la grande liaison où il étoit avec les Evêques et le Clergé d'Orléans : selon ce sentiment, la relique de S. Baudele est de quelque Saint du Clergé d'Orléans d'environ le tems de S. Agnan.
Vers l'an 1080, l'on montroît à Sainte Geneviève une chasuble,
dont on croyoit que l'Apôtre S. Pierre s'étoit servi. S. Hugues,
Vita s. Hug. Abbé de Cluny, ayant trouvé dans cette Eglise un paralytique qui
BoiL 29 Apr. i^jj demandoit la guérison, prit cet habit prétendu du saint Apôtre,
l'éleva sur le malade, et le guérit. Suger se plaint de ce que les
Ep.ad Eug. Pap. Chanoines séculiers avoient emporté avec eux cette chasuble:
^ f^"*^*r cependant l'on y en conserve encore un morceau. Je croi qu'on
T.IV,p.5og. ^ J , ., . . j
peut entendre par cet ornement une chasuble qui a reposé pendant une nuit sur le tombeau de S. Pierre.
Il y a quelque apparence qu'on y a aussi conservé long-temps
Bimcst. la pièce de monnoie marquée du monogramme x , laquelle S. Ger-
deChâsteiain ^q\^ donna à Ste Geneviève, ou une semblable, qui servoit à
d'après René marquer un pain béni dont les Religieux faisoient la distribution
Benoist. le jour de la Fête de la Sainte.
On peut distinguer des Chapelles de trois ou quatre sortes qui sont censées être de l'Abbaye de Sainte Geneviève : celles de la crypte qui est sous le sanctuaire, celles du reste de l'Eglise, celles du dehors de l'Eglise.
Les Chapelles de la crypte où sont les tombeaux de Ste Geneviève et de S. Prudence, etc., étoient : la Chapelle de la Sainte Vierge, qui dès le XIII siècle avoit pris le nom de S. Jean et servoit de Paroisse ; la Chapelle de S. Ceraune, connue par des Reg, Ep. Par, provisions du 6 octobre 1497 et 16 Août iSoj, et qui a aussi porté
le nom de S. Rémi; la Chapelle de S. Prudence, Evêque de Paris, dont j'ai vu une permutation du i3 Décembre 1483, ce qui marque que c'étoit un titre ; la Chapelle de S. Denis et celle de Ste Agnès et de Ste Cécile doiit il y a eu collation du 12 Juin 149 1.
Chapelles de l'Eglise situées hors la crypte :
Celle de S. Medard qui existoit dès l'an 11 70 : c'est la Chapelle du chevet bâtie en quarré ; on y a incrusté dans le mur par le dehors une figure de tête humaine taillée sur la pierre, qui parott être une sainte Face très-ancienne. On l'appelle aujourd'hui la Chapelle de Ste Clotilde : c'est celle où sont les châsses.
Celle de S. Germain, Evêque d'Auxerre. L'Ordinaire de cette Eglise au XIV siècle en parle au 3i Juillet; sa Fête y étoit de Tiers-Double.
Celle de S. Thomas de Cantorbery ; elle étoit sous la Tour ou Reg. Ep, clocher de l'Eglise suivant des provisions du 5 Juillet 1573 et à Necr,s.Gen,ad cause de l'obscurité, il y avoit toujours une lampe allumée. J'en ai vu une permutation de l'an 1452. Tab.Ep.inSpir.
Celle de Saint Martin en la nef qui a été possédée par des Eccle- Reg. Ep. siastiques séculiers. ^^ ^'* ^^^^'
Celle de S. Christophe fondée par Hugues de, Marcy, Prêtre, Reg. Ep. en 1339, dont il y eut une permutation le 14 Juin, en 1475. On lit ^''"- ^*'"qu'elle étoit dans la nef, apparemment à l'entrée, suivant l'ancien * '^^'^ usage.
Une Chapelle de S. Jacques, une seconde de N. D., et une autre de S. Denis. Outre lesquelles j'en ai encore découvert d'autres dont la situation est inconnue, mais que les Registres qui en Reg. Ep. contiennent les provisions prouvent avoir existé, telles que: la Chapelle des SS. Cosme et Damien, permutée en 1484; celle de S. Etienne, aussi permutée le 3i Juillet de la même année ; celle de S. Gilles, mentionnée en 1489 ; celle de S. Laurent, permutée en 1479 ^^ marquée au 12 Avril i5io; celle des quatre Evangelistes, permutée le 16 Février 1 5 14, et celle de S. Guillaume.
Il y avoit de plus dans cette Eglise une Chapelle du titre de tous les Saints, que le Necrologe marque avoir été fondée par Necr. /5 Febr. Jean de Hubent, Président aux Enquêtes, et encore une autre dont on ignore le titre, laquelle devoit sa fondation à Hugues de n^jd. 26 Apr. Pomar, Evêque de Langres, décédé à Paris en i345 et inhumé à Sainte Geneviève. La Chapelle de S. Eloy est dite située devant le Crucifix, par l'auteur du supplément au Necrologe; cependant d'autres titres la placent dans le Cloître. Enfin j'ai trouvé que le 17 Septembre 1527, il y eut quatre Autels bénis à Ste Geneviève, par Guy, Evêque de Megare, sçavoir un de Ste Geneviève, les r^^, Ep, autres, de N. D., de S. François et des SS. Matthieu et Jacques.
Les Chapelles dont la situation a passé pour incertaine, étoient; celle de N. D. des Paons, bâtie par Geneviève la Paonniere, en i3 1 1 ; une autre Chapelle fondée par Jean Bienheureux, en iSSg; celle
Necr. XV. Cal, dc Saint Nicolas (dite aussi de S. Michel), dans laquelle Pierre -^^"^ Cochon, Evêque de Lisieux, décédé en 1443, fonda une Messe.
Gaiiia Christ., On Tappelloit aussi la Chapelle de FAumônier, en i3i5. La Chacoi. 764- pelle de S. Biaise est mentionnée au Gallia Christiana.
Plusieurs de ces Chapelles furent détruites ou changées par M. le Cardinal de la Rochefoucauld, lorsqu'on travailla dans le siècle dernier à TEglise et à la Maison.
Une des Chapelles qui a été épargnée est la belle et grande Chapelle de Notre-rDame qui est au côté méridional du Cloître. Sa construction paroît être du XIII siècle, quoiqu'on n'y trouve des sé{Hiltures que depuis le XIV : son autel est encore assez à l'antique étant accompagné de quatre colonnes de cuivre. Depuis environ deux cens ans on l'appelle Notre-Dame de Miséricorde : avant ce temps-là et apparemment parce qu'elle étoit proche la cuisine *, elle en avoit pris le surnom. Voici ce qu'en dit l'Ordinaire manuscrit de cette Abbaye, suivant la traduction faite en françois en 1392. On y lit au 19 Août : Ce jour est la Dédicace de la Chapelle de N. D. de la Cuisine. Le Souprieur fait V Office avec aucuns des Frères à Tiers-double ; six cierges à V autel et treize à la penne, etc. Le jour de l'Assomption la Messe matutinale, c'est-àdire la première Grande Messe, y étoit aussi célébrée. Elle a servi dans les deux derniers siècles à la consécration de plusieurs Evêques. Arnaud Sorbin y fut sacré Evêque de Nevers, le 22 Juillet 1578 ; Henry Potier, Evêque de Beauvais, le 24 Février 1597 ; Godefroy de Billy, Evêque de Laon, le 6 May 1601, et Jean de Vieupont, Evêque de Meaux, le 2 Février i6o3. Dom Claude de Vert, de l'Ordre de Cluny, a fait graver dans son ouvrage sur l'antiquité des habits Ecclésiastiques, la figure de Renaud de Prégilbert. Président aux Enquêtes, Chantre et Chanoine d'Auxerre, décédé en i353, qui est représentée sur sa tombe de cuivre, à l'entrée de cette Chapelle. L'autre grosse tombe de cuivre qui est en relief, couvre la sépulture de Joseph Foulon, Abbé de Sainte Geneviève, décédé en 1607, ^^ ^^ Benjamin de Brichanteau, Evêque de Laon, mort en 161 9. Comme l'Abbé Fcrulon fit beaucoup de bien à l'Eglise de Saint Etienne du Mont dont il avoit été Curé, Gaii. Chr. le Clergé de cette Paroisse y vient chaque année prier pour lui,
T.vii,coi.773. le mercredi des Rogations. C'est au pied de l'autel de la même
Chapelle que le Chancelier de cette Abbaye donne le bonnet
I. Comme je n^ai point vu de titres latins où il y ait de Coquina, je soupçonne que le mot cuisine a été substitué à celui de Gesine qui étoit le nom que Ton donnoit aux Chapelles de la Sainte Vierge dans l'enfantement.
aux Maîtres-ès-Arts de l'Université de Paris, qui sont de son département.
Une autre Chapelle extérieure étoit celle de S. Michel, qu'on assure avoir été au-delà de la porte de l'enceinte du Monastère qui regardoit le sud-ouest; car tout ce territoire, en tirant vers Notre- Dame des Champs, fut destiné aux inhumations avant qu'on y plantât des vignes; il approcha même de la pente jusqu'au lieu où l'on a pratiqué la rue des Amandiers, suivant que le témoignent les cercueils de pierre et de plâtre qui ont été découverts en ijSj, vis-à-vis le Collège des Grassins, à deux toises de profondeur, dans l'un desquels j'apperçu encore des restes de souliers aux pieds d'un squelette, qui étoient tournés comme les autres vers l'orient. L'auteur du livre des Miracles de Sainte Geneviève fait mention Boiiand. de cette Basilique de S. Michel (Basilica)^ située dans la plaine ^ ^^^- p- '^^^ proche l'Eglise de cette Sainte. Cet auteur écrivoit environ le X siècle, et l'on sçait par beaucoup d'autres exemples, que dans le moyen âge du Christianisme, l'usage a été de reclamer l'intercession du Saint Archange dans les cimetières.
Le sommet de cette Montagne me paroît devoir être aussi le lieu où s'étoit retiré le solitaire Dulciolenus, Prêtre, ami de S. Eloi, et Audoen. que ce saint Orfèvre résident à Paris, visita souvent, et une fois ,.^'\/* ^^'^' plus singulièrement en revenant de Gentilli, Terre de son Monas- et c. xxxix. tere. Il est certain, en effet, par quelques titres du XIII siècle, que, Chart.s.Genov. vers le terrain de l'Abbaye, étoit encore alors une rue ou chemin appelle Viens servi Dei. Les deux endroits où est rapporté ce qui se passa dans la cellule du saint homme, sont curieux à lire dans l'ouvrage de S. Ouën. On ne peut gueres douter de la sainteté de Dulciolenus, vu l'estime qu'en a fait le grand S. Eloi; c'est dont j'ai cru devoir avertir ici, au cas que l'on vînt un jour à découvrir dans les environs de Ste Geneviève un tombeau où son nom fût marqué.
Après les tombeaux des Saints inhumés en cette Eglise, et les autels érigés en mémoire des autres, il n'y a rien de plus mémorable en cette Eglise que le tombeau du Roi Clovis, qui n'est cependant qu'un Cénotaphe érigé au milieu du chœur, et dont l'inscription est assez c^cente. Il paroît pécher en ce que ce Roy y est représenté comme un homme très-âgé, quoiqu'il n'eût que 45 ans lorsqu'il mourut. Son obit s'y célèbre chaque année le 27 Novembre, en ornemens violets, conjointement avec celui de la Reine Blanche, mère de S. Louis, et non pas d'Alboflede, sœur de Clovis, comme l'a cru M. l'Abbé Du Bos.
Le Mausolée du Cardinal de la Rochefoucauld est le morceau le plus considérable en fait de sculpture qui se voye dans cette Eglise. Il est dans la Chapelle méridionale du sanctuaire, laquelle
est d^une bâtisse récente, et qualifiée du nom de S. Jean. C'est lui qui mit la Reforme dans cette maison, et l'établit Chef de la Congrégation des Chanoines Réguliers de France, dont il est l'Instituteur. Il mourut le 14 Février 1645. Gaii. Chr, Je ne dis qu'un mot de la tombe de cuivre de Gérard, Arche-
TF//, CO/.74*. ygqyg jg Nicosie, décédé en 1804, laquelle est aux pieds du
Mausolée de Clovis.
Les os du fameux Philosophé René Descartes, apportés de Suéde l'an 1667, dix-sept ans après sa mort, ont été placés dans cette Eglise. Le cœur de Jacques Rohault, son illustre disciple, y est aussi déposé.
L'Abbaye de Sainte Geneviève est en possession de se dire dépendante immédiatement du Saint-Siège : mais cette indépendance de l'Evêque Diocésain n'empêchoit pas que ses usages Ecclésiastiques ne fussent autrefois semblables en grande partie (même dans l'Office Divin) à ceux de l'Abbaye de Saint Victor et de la Sainte-Chapelle, qui suivoit le rit de Paris presque en tout; c'est ce qu'il seroit trop long de détailler ici. C'étoit en la même Eglise que les nouveaux Evêques de Paris descendoient d'abord à leur arrivée, après être entrés par la Porte Bordelles qui étoit auprès, pour être ensuite portés de cette Gaii. Chr, Eglise à la Cathédrale par leurs feudataires : cérémonie qui souf-
^ r^/^' î"*'*^ '^"^ interruption l'an i363 à l'entrée d'Etienne de Paris, à cause
'' du danger des Grandes Compagnies qui infestoient les chemins.
Ces mêmes Prélats avoient aussi coutume autrefois d'être invités
par l'Abbaye à venir célébrer la Messe à Sainte Geneviève une
des Fêtes de Pâques.
Mais les privilèges de cette Abbaye, quelque anciens qu'ils
puissent être, n'empêchent point qu'il ne soit vrai que l'Abbé
n'a pas toujours porté les habits Pontificaux, et qu'il ne les porte
iHd. que depuis que le Pape Alexandre IV permit en I256, à l'Abbé
Thibaud, l'usage de la mitre et de l'anneau.
Il faut ajouter aux extraits des Registres du Parlement touchant l'Eglise de Sainte Geneviève, insérés dans le Gallia Christiana, le trait suivant qui a rapport à son exemption. On y lit au 7 Mars 1378, l'offre que firent les Sergens du Châtelet, de donner à cette Eglise une image d'argent, pour expier la témérité qu'ils avoient eu d'en briser les portes, et de prendre un homme qui s'y étoit retiré. Comme l'Eglise avoit été pollue, il fut besoin de la bénir de nouveau. Les Religieux s'adressèrent pour cela aux Evêques qui ctoient à Paris, et non à l'Evêque du lieu, dont le Greffier assure qu'ils se disoient exempts; mais aucun ne voulut le faire. Il fallut que l'Evêque de Chartres vint à Paris exprès pour cette cérémonie.
DITE SAINTK GKNEVIKVK 24 1
Nous ne connoissons point d'écrivains parmi les Chanoines séculiers de cette Maison, si ce n'est peut-être le Doyen Félix, à qui il semble qu'on peut attribuer la vie de Sainte Geneviève interpolée, dont le manuscrit est du XI siècle, et l'Historien du Vetus Antiph. Miracle de la guérison des Ardens, qui dit avoir été témoin de cet ^' f:ff/'^"* ^f* événement.
Parmi les Chanoines Réguliers de la Congrégation de Saint Victor qui furent introduits, est S. Guillaume de Dannemarc, dont on a un recueil de lettres qui n'est pas imprimé, et un traité De revelatione capitis S, Genovefœ ; l'Abbé Eudes ou Odon, Cod.Reg. et depuis lui le célèbre Etienne; on a les lettres de ces deux ^- '^^^^^' ^^• derniers ; Renaltus, Chambrier de l'Abbaye, qui mit en vers François la vie de Sainte Geneviève vers la fin du XIII siècle; Thomas Benoît, qui a traduit en François, l'an 1392, l'Ordinaire latin de l'Abbaye, dont j'ai cité un Fragment ci-dessus, et d'autres dans les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, T. XVII, page 743.
Il pouvoit y avoir encore d'autres Ecrivains de cette Maison, dont les ouvrages étoient conservés en la Bibliothèque ; mais tous les manuscrits Furent vendus au commencement du dernier siècle, par l'Abbé Brichanteau.
Les nouveaux C^ianoines Réguliers de la Congrégation de France ont réparé cette perte, en achetant d'autres manuscrits pour leur Bibliothèque, qui s'en trouve assez bien Fournie, mais infiniment davantage de livres imprimés. Les plus connus entre les sçavants qui ont illustré cette Maison depuis la réForme, sont les PP. Jean Fronteau, Pierre l'Allemant, René le Bossu, Claude du Molinet, Anselme de Paris, Louis de Sanlecque.
A la place de l'ancien Cloître, qui étoit un ouvrage du XII siècle et qui tomboit de vétusté, on en a rebâti un autre l'an 1746 dans le goût moderne. On remua alors toutes les terres du préau, et l'on y trouva un très-grand nombre de cercueils de pierre avec les squelettes, mais pas une seule inscription.
Il y a eu autreFois au clos de l'Abbaye de Sainte Geneviève, une porte appellée La Porte Papale^ sans doute en mémoire de ce que quelque Pape avoit Fait son entrée par cette porte ; c'est peut-être Eugène III. Il Falloit qu'elle Fût aux environs de l'Estrapade, puisqu'en i53i, pour désigner une maison et deux jardins situés de ce côté-là sur la censive de l'Evêque de Paris, ces héritages sont dits être entre la porte S. Jacques et cette porte Tab, Ep. Par. Papale, qu'il ne Faut point prendre pour une porte de la ville, comme a Fait M. Piganiol. Je Fais mention à Tarticle de Saint Germain des Prez d'une semblable porte Papale qui Fermoit Tenclos de la maison.
HIST. DE PARIS. -^ T. I. l()