‹ Histoire de la ville et de tout le diocèse de ParisChapitre 75 sur 210 · SAINTE GENEVIEVE DES ARDENS · texte numérisé non relu

SAINTE GENEVIEVE DES ARDENS

Plusieurs auteurs modernes ont cru qiie cette Eglise, que nous avons vu subsister jusqu'en 1747, avoit été bâtie en mémoire de la guérison des Ardens, arrivée en l'an 11 29 par l'invocation de Sainte Geneviève. Ce que j'ai à dire, fera voir que ce surnom des Ardens est nouveau, et que c'est pour un autre sujet qu'il y a eu une Chapelle du nom de cette Sainte aux environs du lieu où nous avons vu cette Eglise, et que cette Chapelle avoit été érigée là en mémoire de ce que la chambre où elle mourut en étoit peu éloignée. Un auteur anonyme de la fin du IX siècle a écrit, que cette chambre étoit voisine d'une Eglise ou Chapelle de Saint Jean, et de la rivière : d'où quelques-uns en ont conclu que cela convenoit à l'entrée de la rue de la Mortellerie, et que c'étoit à l'endroit de la Chapelle des Haudriettes; mais ils ont ignoré qu'il y a eu dans la Cité une Eglise de Saint Jean qui étoit également voisine de la rivière. D'ailleurs, lorsqu'on a remué les terres pour bâtir, environ l'an i3oo, la Chapelle des Haudriettes, il ne s'y est rien tfouvé qui marquât que jamais on eût bâti en ce lieu.

Il est plus naturel, pour trouver la maison de Sainte Geneviève, de recourir à la Cité, où il convenoit bien mieux qu'elle fit sa demeure pour être à portée de FEvêque et de la Cathédrale, presque la seule Eglise de Paris dans ces tems-là, que non pas sur le rivage de la Grève, étranger à la Cite, et avec quelques négocians ou quelques pêcheurs.

Il y avoît dans la Cité une Eglise de Saint Jean, où étoient les Fonts baptismaux pour tout Paris ; elle étoit vers le bout du Petit- Pont qui donnoit dans cette Cité : Saint Germain le vieux, quoiqu'un peu changé de place, la représente aujourd'hui ; il faut voir Abbo Abbon là-dessus, et c'est encore le mieux de remontera l'auteur ^^'''"•^'.^^*'^* de la vie de Sainte Geneviève qui étoit presque contemporain, et qui dit que lors du bruit de l'arrivée d'Attila, qui venoit pour s'emparer de la Cité, elle se renferma dans le baptistère de l'Eglise avec plusieurs Dames de piété, pour fléchir la colère de Dieu par les prières. Or, qui dit le baptistère, dit une Chapelle ou Eglise de S. Jean. L'Eglise de Saint Germain le vieux étant donc environ dans l'emplacement de l'ancien baptistère de Paris, et la maison de Sainte Geneviève ayant été située proche ce baptistère, il s'ensuit que cette maison étoit proche ce qu'on a appelle depuis le Quai de Lormerie ou de l'Arberie, et à présent le Marché-neuf. Mais comme les inondations, les incendies et autres accidens ont Voyez Sauvai, obligé de donner une autre forme et d'autres alignemens aux ^- ^' p* '74quais et aux rues, et même de changer le pont de place, les Chapelles ont aussi été dans le cas d'être transportées un peu plus loin ou à côté. C'est en conséquence de cela que la Chapelle de Sainte Geneviève, bâtie d'abord au lieu des anciens Fonts, en mémoire de la demeure qu'elle y avoit faite, aura été reportée un peu à côté sur la censive de l'Abbaye de son nom, et c'est celle s. Genov, qu'on appella Sainte Geneviève la petite^ pour la distinguer de f^^^ R^gi'f- Sainte Geneviève l'Abbaye. '''' ^ ^'

Il faut encore sçavoir que le Clergé de Sainte Geneviève du Mont a eu autrefois dans la Cathédrale de Paris une Prébende et une Vicairie, de même que d'autres anciennes Collégiales ou Abbayes, et que l'Abbé et le Couvent du nom de cette Sainte ne Charta odonh s'en déportèrent qu'en 1202, entre les mains de TEvêque Odon m^^-^cçL de Sully. C'est, ce me semble, la jouissance de ces deux Bénéfices qui donna occasion aux Chanoines séculiers qui desservirent cette Eglise sous la conduite d'un Doyen depuis la lin des guerres des Normans, d'avoir un hospice dans la Cité, proche cette petite Chapelle du titre de Sainte Geneviève. Ils jouissoient sans doute de l'Hospice et de la Prébende avant l'an 886, lorsqu'ils portèrent dans la Cité, à cause des Normans, les reliques de leur patrone. Quoiqu'il en soit, le petit carré, situé entre la rue neuve Notre- Dame et la rue S. Christophe, anciennement de la Regraterie, et borné à l'occident par la rue du Marchè-palu, étoit de la censive Chartui. de Ste Geneviève avant l'an 1224, que l'Abbaye en fit un échange s.Genov.p.so, avec les Templiers. Il ne faut donc point douter que Sainte Geneviève la petite existoit avant la procession célèbre de l'an 1129, qui procura le miracle des Ardens. C'est se tromper,

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que de s'imaginer que cette procession passa le long de cette Chapelle, puisque la rue neuve Notre-Dame n'étoit pas encore faite ; mais la procession arriva à la Cathédrale par la vieille rue Notre-Dame, ou des Sablons, qui, étant proche la rivière, passoit ù Tendroit où est la Chapelle de l'Hôtel-Dieu, et aboutissoit directement au portail de la vieille Cathédrale, lequel étoit situé environ à Tendroit du milieu de la nouvelle nef en tirant un peu vers le midi.

Il n'y a aucun auteur du tems de cette procession, sur lequel on puisse s'appuyer, pour assurer que cette Chapelle de Sainte Geneviève ait été rebâtie ou augmentée alors. Renfermée qu'elle étoit dans l'hospice des Chanoines de Sainte Geneviève, elle ne put devenir extérieure, que lors de la formation de la rue neuve Notre-Dame, vers les années 1180 ou 1190. Je veux cependant bien croire qu'alors les Chanoines qui n'étoient plus séculiers, mais qui étoient devenus réguliers et gouvernés par un Abbé, la tirent rebâtir un peu plus grande. La structure de son sanctuaire que j'ai examinée attentivement, ressentoit tout-à-fait le règne de Louis le jeune. Mais quoique reconstruite ou aggrandie seulement, elle étoit toujours simplement appellée Capella S. Genovefœ in civitate. Ce sont les termes de la Charte de l'Eveque Eudes de l'an 1202.

L'Abbé de Sainte Geneviève l'ayant cédée alors à ce Prélat, en même tems que la Prébende et la Vicairie, ce fut apparemment alors que l'Eveque Térigea en Eglise Paroissiale, si elle ne l'étoit pas déjà : desorte qu'elle se trouve au Pouillé de ce tems-là au nombre de celles dont il a la collation pleno jure, mais sous le titre àJEcclesia S. Genove/ce, sans addition. Au Pouillé écrit environ l'an 1450, il y a Curatus S, Genovefœ parvce^ XXX libras, avec une indication de deux Chapelles, car le bâtiment avoit été fort aggrandi du côté du couchant ; il le fut encore du côté de la rue S. Christophe. Avant qu'elle eut été abattue, en 1747, on voyoit au milieu du portail l'image de Sainte Geneviève, et a un des côtés celle de S. Jean-Baptiste, en mémoire de ce que j'ai écrit ci-dessus touchant le Baptistère, et à l'autre côté l'image de S. Jacques le Majeur. Il étoit gravé à ce grand portail en lettres gothiques minuscules, qu'il avoit été construit en 1402, et à côté étoit dans une niche la statue d'un homme agenouillé, ayant les cheveux courts et le capuchon abattu, que l'on disoit être le fameux Nicolas Flamel. On y voyoit aussi une inscription en vers françois, pour exciter les fidèles à donner de leurs Sauvai. biens à cette Eglise, qui y étoit dite n'en avoir aucuns, le T. m, p. 347. tQut sans aucune mention du miracle des Ardens. En différens

actes du XV siècle et du suivant, cette Eglise est toujours dite

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