CHAPITRE VIII
KCRITURE EGYPTIENNE.
De tous les systèmes hi(^roglyphiques, l'écrihirc «''{jyplicnne est, malgré sa complication apparente, celui qui s'est le plus rapproché de l'écriture alpliabélique, et, par un phénomène étrange, c'est celui qui a conservé avec le plus (le pureté la forme primitive de ses hiéroglypiies. Elle possède, en outre, une littérature très étendue, qui s'étale sur les monuments de l'Egypte, sur les bandelettes de toile de coton qui enveloppaient les momies et sur des papyrus innombrables. On peut y suivre toutes les transformations de l'écriture, depuis les hiéroglyphes, dans lesquels on reconnaît encore sans aucun effort les idéogrammes primitifs, jusqu'à l'écriture hiératique et h l'écriture démotique, qui en sont des altérations de plus en plus cursives.
Aussi, de toutes les écritures orientales, est-ce la première qui ait fixé l'attention des savants. Pendant bien longtemps on fit fausse route en cherchant dans chaque hiéroglyphe la peinture d'une idée, et l'on construisit de toutes pièces des systèmes oii la fantaisie jouait le plus grand lôle et qui étaient basés sur des idées préconçues ou sur les quelques indications données en passant, et souvent mal conqirises, des auteurs anciens.
Les choses en étaient restées là, lorsque l'exjjédition d'Kgypte vint apporter de nouveaux éléments à la solution du problème. Bonaparte, qui avait le sens de l'antiquité,
ÉCRITURE ÉGYPTIENNE. 9t
avait cinnieiié avec lui tout un ctat-major de savants, dont les travaux ont abouti à la Descriphon de l'Egypte, niagnifiquo ouvrage dans lequel parurent pour la première fois une quantité de textes hiéro{jlyphiques nouveaux. C'est au cours de ces recherches qu'en 1 799 un officier d'artillerie nommé Boussard découvrit la célèbre inscription de Rosette, aujourd'hui au British Muséum, qui a fourni à Champollion la clef du déchitTrement des hiéroglyphes. Nous la publions d'après un moulage que M. Le Page Renouf avait bien voulu faire exécuter pour l'Exposition de l'Histoire du travail. Cette inscription, en trois écritures, hiéroglyphique, démotique et grecque, est un décret solennel rédigé par les prêtres en l'honneur de Ptolémée V. Un passage de l'inscription grecque était de nature à guider les recherches des savants et à les empêcher de s'égarer. Il y est dit que cette inscription est rédigée en écriture sacrée, en écriture populaire et en écriture grecque,
M. Maspero, auquel nous empruntons ces détails, a exposé de main de maître, dans son Uisloire ancienne , l'histoire du déchilTrcment des liiéroglyphes, ainsi que les principes de l'écriture égyptienne'').
Dès 1809, Silvestre de Sacy, s'altaquant à l'inscription démolique, y reconnut des groupes de signes qui devaient répondre aux noms de Ptolémée, de Bérénice et d'Alexandre, fournis par le texte grec du décret de Rosette. Presque en même temps, un Suédois, Akerblad, donnait un premier essai de traduction de l'inscription démotique, dans la-
'■' Ilistoire ancienne des peuples de l'Orient, h' <5dilion, l\iris, HaclieUe, 1886, p. 798-744. — Nous avons aussi profité de l'étudo df M. Dcvt'ria sur rt'crituro i^gyptionno, qui so trouve iiisc^n'o dans los Hcritiires Jlffiiratives de M. do Rosny (Paris, 18G0).
quelle il avait deviné une écriture alphabétique, et il parvint à déterminer la valeur de la plupart des caractères de l'alphabet déinolique égyptien. Peu après, l'Anglais Th. Young entreprit de déchiffrer l'inscription hiéroglyphique. Il passa quatre ans à analyser les groupes dont elle se compose et à les comparer à ceux de l'inscription démotique; enfin, en 1819, appliquant les résultats de son étude aux cartouches royaux qui répondent aux noms de Ptolémée et de Bérénice, il reconnut là aussi, avec une merveilleuse pénétration, certains éléments alphabétiques; mais sa méthode, trop peu rigoureuse, ne lui permit pas d'aller au delà.
Champollion reprit à son tour le problème. François ChampoUion, qu'on appelle Champollion le jeune, pour le distinguer de son frère aîné, Champollion -Figeac, s'était déjà fait connaître par les premiers volumes de son grand ouvrage sur rEgypte sous les Pharaons, parus de 1811 à 181/i et dans lesquels il avait établi que les trois systèmes d'écriture égyptienne, hiéroglyphique, hiératique et démotique, n'étaient que des formes successives, de plus en plus cursives, de la même écriture. Après avoir cru pendant assez longtemps que les hiéroglyphes répondaient non à des sons, mais à des idées, il entra dans la voie oii Young s'était arrêté, et il réussit à décomposer dans ses éléments le nom de Ptolémée ( ' ^ ^ | ^ p) . qu'il lut de la façon suivante :■/>,- r, ^ 0, -** t, '= m, \\i,^ s; puis les noms
de Bérénice (^ M ^ V»^ bpnikz
et d'Alexandre r^-»*]^^2Z —
AAKZANTPZ
EO
nA