‹ Histoire de le̓́glise de Corée, précédée du̓ne introduction sur lh̓istoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennes (volume 2)Chapitre 31 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Origine de TËglise de Corée. — Premières conversions.

L'an de Jésus-Christ 1784, le jour du salut se leva enfin pour la Corée. Alors Dieu, dans sa miséricorde, y implanta la foi chrétienne d'une manière définitive ; alors commença cette glorieuse Église, qui, depuis, n'a cessé de grandir et de se fortifier à travers les persécutions et les vicissitudes dont nous allons retracer Fémouvante histoire.

Le principal instrument dont la Providence se servit pour introduire l'Evangile en Corée fut Ni Tek-tso, surnommé Piek-i. Il descendait de la famille des Ni de Kieng-tsiou, et parmi ses ancêtres, déjà dans les dignités sous la dynastie Korie, on comptait un grand nombre de personnages qui s'étaient distingués dans les lettres, et avaient été honorés des plus hautes fonctions publiques. Depuis deux ou trois générations, cette famille s'était tournée exclusivement vers la carrière des armes, et ses membres avaient obtenu des grades militaires importants. Piek-i étant doué des plus belles qualités du corps et de l'esprit, son père voulut l'appliquer, dès son enfance, aux exercices de Tare et de l'équitation, qui pouvaient plus tard rendre son avancement facile. Mais l'enfant s'y refusa avec obstination, allant jusqu'à dire que, dût-il mourir, il ne s'y livrerait pas. Par là, il perdit, en partie au moins, Taffection de son père, qui lui donna ce surnom de Piek-i, pour désigner la ténacité de son caractère.

Avec l'âge, Piek-i devint un homme d'une haute stature et d'une force prodigieuse. « Il avait, disent les relations coréennes, une taille de huit pieds (1), et d'une seule main pouvait soulever cent livres. Son extérieur imposant attirait vers lui tous les regards ; mais il brillait surtout par les qualités de l'âme et les talents de Tesprit. Son élocution facile pouvait être comparée

(1) Le pied coréen est plus peUt que le pied français.

A ce propos, il est bon de rappeler au lecteur que les mémoires de Mgr Daveluy sur cette période primitive, ne sont le plus souvent que la traduction littérale des documents originaux coréens, ce qui explique Tempbase toute orientale de certaines descriptions d*hommes et de choses.

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i cours majestueux d'un fleuve. II s'appliquait à approfondir )utes les questions, et dans Tétude des livres sacrés du pays,

s'était fait, dès sa jeunesse, une habitude de creuser toujours is sens mystérieux cachés sous le texte. » Non content d'étudier ^s livres, Piek-i cherchait à se lier avec tous les gens instruits ui pouvaient le diriger et Taider dans l'acquisition de la science.

aimait la plaisanterie, et se souciait assez peu des lois compliuées et minutieuses de l'étiquette coréenne ; mais, quoiqu'il ne onservât pas toujours cet air de dignité guindée qui, en ce pays, istingue les docteurs de profession, il avait naturellement dans î manière d'agir quelque chose de noble et de grand. De si eureuses dispositions lui promettaient un brillant avenir dans i monde, lorsque Dieu daigna jeter sur lui un regard de liséricorde.

En l'année tieng-iou (1777), le célèbre docteur Kouen Tsielin-i, accompagné de Tieng Iak-lsien-i et de plusieurs autres obles désireux d'acquérir la science, s'était rendu dans une agode isolée pour s*y livrer avec eux, sans obstable, à des études pprofondies. Piek-i, l'ayant appris, en fut rempli de joie, et )rma aussitôt la résolution d'aller se joindre à eux. On était en iver, la neige couvrait partout les routes, et la pagode était à lus de cent lys de distance. Mais ces difficultés ne pouvaient rrêter un cœur aussi ardent. Il part à l'instant même, il s avance ésolûment par des chemins impraticables. La nuit le surprend à ne petite distance du but de son voyage. Il ne peut se déterliner à attendre plus longtemps, et continuant sa route, arrive ntin vers minuit à une pagode. Quel n'est pas, alors, son désapointement en apprenant qu'il s'est trompé de chemin, et que la agode qu'il cherche est située sur le versant opposé de la monigne ! Cette montagne est élevée, elle est couverte de neige, et es tigres nombreux y ont leur repaire. N'importe, Piek-i fait 3ver les bonzes et se fait accompagner par eux. Il prend un bâton îrré pour se défendre des attaques des bêtes féroces, et, poursuiant sa route au milieu de ténèbres, arrive enfin au lieu désiré.

L'arrivée de Piek-i et de ses compagnons répandit d'abord la payeur parmi les habitants de cette demeure isolée, et perdue au lilieu des montagnes. On ne pouvait imaginer quel motif ameait, à cette heure indue, des hôtes si nombreux. Mais bientôt 3ut s'éclaircit, la joie succéda à la crainte, et dans les premiers panchemenls que fit naître cette heureuse rencontre, on s'aperut à peine que le jour avait déjà paru.

Les conférences durèrent plus de dix jours. Pendant ce temps,

on chercha la solution des questions les plus intéressantes sur le ciel, le monde, la nature humaine, etc. Toutes les opinions des anciens furent rappelées et discutées point par point. On étudia ensuite les livres de morale des grand hommes ; enfin on examina quelques traités de philosophie, de mathématiques et de religion, composés en chinois par les missionnaires européens, et on mit tout le soin possible à en approfondir le sens. Ces livres étaient ceux qu'à diverses reprises les ambassadeurs coréens avaient rapportés de Péking. Un certain nombre de savants en avaient entendu parler, car dans les compositions littéraires qu'il est de mode d'échanger entre Coréens et Chinois, lors de Tambassade annuelle, on voit, vers cette époque, qu'il est souvent fait allusion aux sciences et à la religion européennes.

Or, parmi ces ouvrages scientifiques, se trouvaient quelques traités élémentaires de religion. C*étaient les livres sur Texistence de Dieu, sur la Providence, sur la spiritualité et l'immortalité de l'âme, et sur la manière de régler ses mœurs en combattant les sept vices capitaux par les vertus contraires. Accoutumés aux théories obscures et souvent contradictoires des livres chinois, ces hommes droits et désireux de connaître la vérité, entrevirent de suite ce qu'il y a de grand, de beau et de rationnel dans la doctrine chrétienne. Les explications leur manquaient pour en acquérir une connaissance complète ; mais ce qu'ils avaient lu suffit pour émouvoir leurs cœurs et éclairer leurs esprits. Immédiatement, ils se mirent à pratiquer tout ce qu'ils pouvaient connaître de la nouvelle religion, se prosternant tous les jours, matin et soir, pour se livrer à la prière. Ayant lu quelque part que, sur les sept jours, on doit en consacrer un tout entier au culte de Dieu, les septième, quatorzième, vingt-unième, et vingt-huitième jours de chaque mois, ils laissaient toute autre affaire pour vaquer uniquement à la méditation, et, en ces jours, observaient l'abstinence ; tout cela dans le plus grand secret, et sans en parler à personne. On ignore pendant combien de temps ils continuèrent ces exercices, mais la suite des événements porte à croire que la plupart n'y furent pas longtemps fidèles.

Une semence précieuse avait été ainsi déposée dans le cœur de Pieki, mais il sentait combien ces premières notions sur la religion étaient insuffisantes, et toutes ses pensées se portaient vers la Chine, oii devaient se trouver les livres plus nombreux et plus détaillés nécessaires pour compléter son instruction. Se procurer ces livres était chose bien difficile et plusieurs années s'écoulèrent en tentatives infiructaeoses» U le se décourageait pas

cependant, et ne manquait aucune occasion d*approfondir et de discuter la doctrine chrétienne. Nous lisons, dans une des premières relations écrites par les chrétiens, qu*au commencement de Tété de 1783, le 15 delà quatrième lune, après avoir séjourné quelque temps à Ma-tsaî, dans la famille Tieng, à Toccasion de l'anniversaire de la mort de sa sœur, Piek-i monta sur un bateau avec les deux frères Tieng Iak-tsien et Tieng Iak-iong, pour se rendre à la capitale. Pendant le trajet, leurs études philosophiques habituelles furent le sujet de leurs conversations. Les dogmes de Texistence et de Tunité de Dieu, de la création, de la spiritualité et de immortalité de Tâme, des peines et des récompenses dans le siècle futur, furent examinés et commentés tour à tour. Les passagers, qui entendaient pour la première fois ces vérités si belles et si consolantes, en étaient surpris et enchantés. Il est très-probable que de semblables conférences se seront souvent renouvelées, mais aucun autre détail ne nous a été conservé.

Dieu permit enfin la réalisation des vœux ardents de ces imes droites qui cherchaient la vérité avec tant de zèle. Pendant l'hiver de cette même année 1783, Ni Ton^-ouk-i fut nommé troisième ambassadeur à la cour de Péking. Son filsSeng-houn-i, Tun des amis intimes de Piek-i, devait raccompagner dans ce voyage. Disons ici quelques mots de ce dernier qui, pendant plusieurs années, va jouer un rôle important dans Thistoire de TÉglise coréenne.

Ni Seng-houn-i, appelé aussi Tsa-siour-i, était de la noble famille des Ni de P'ieog-t'sang. Ses ancêtres remplirent souvent des charges importantes comme mandarins civils, et sa maison jouissait d'une haute réputation. Il naquit en Tannée piengtsa (1756). Dès Tàge de dix ans, sa capacité précoce s'était déjà révélée, et à vingt ans il s*était fait un nom parmi les lettre. Voulant marcher sur les traces des saints de son pays, il se lia avec les hommes les plus célèbres par leur science et leurs vertus. Il s'appliquait à régler ses mœurs autant qu'à se perfectionner dans les lettres et les sciences. A l'âge de vingt-quatre ans, en l'année kieng-tsa (1780), il obtint le degré de docteur, et sa réputation augmentait tous les jours.

Piek-i fut comblé de joie en apprenant que Seng-houn-i devait suivre son père dans l'ambassade de Péking. Il alla aussitôt le visiter ; et voici, d'après les documents de l'époque, le discours remarquable qu'il lui tint ; ^c Ton voyage à Péking est une occa- « sion admirable que le Ciel nous fournit pour connaître la vraie (( doctrine. Cette doctrine des vrais saints, ainsi que la vraie

a manière de servir TEropereur suprême , créateur de toutes a choses, est au plus haut degré chez les Européens. Sans cette (c doctrine nous ne pouvons rien. Sans elle on ne peut régler son « cœur et son caractère. Sans elle, on ne peut approfondir les prin- « cipes des choses. Sans elle, comment connaître les difTérents « devoirs des rois et des peuples? Sans elle, point de règle fonda- « damentale de la vie. Sans elle, la création du Ciel et de la terre, (( les lois des pôles, le cours et les révolutions régulières des astres, <K la distinction des bons et des mauvais esprits, Torigine et la fin « de ce monde, Tunion de Tàme et du corps, la raison du bien a et du mal, Tincarnation du Fils de Dieu pour la rémission des « péchés, la récompense des bons dans le ciel et la punition des (( méchants dans Tenfer, tout cela nous reste inconnu. » Â ces paroles, Seng-oun -i qui ne connaissait pas encore les livres de religion, fut ému de surprise et d'admiration. Il demanda à voir quelques-uns de ces livres, et ayant parcouru ceux que Piek-i avait en sa possession, tout ravi de joie il demanda ce qu'il devait faire. « Puisque tu vas à Péking, dit Piek-i, c'est une « marque que le Dieu suprême a pitié de notre pays et veut le a sauver. En arrivant, cours aussitôt au temple du Maître du a ciel, confère avec les docteurs européens, interroge-les sur « tout, approfondis avec eux la doctrine, informe-toi en détail de « toutes les pratiques de la religion, et apporte-nous les livres « nécessaires. La grande affaire de la vie et de la mort, la grande « afTaire de Téternité est entre tes mains : va, et surtout n'agis a pas légèrement. »

Ce discours de Piek-i nous le montre plus altéré de la soif de la religion que de la soif de la science. La grâce de Dieu préparait son cœur ; la grande affaire du salut devenait de plus en plus, pour lui, la seule importante. Ses paroles pénétrèrent profondément dans Tàme de Seng-houn-i. Il les reçut comme la parole du Maître, et promit défaire tous ses efforts pour réaliser leurs communs désirs.

Seng-houn-i partit donc pour Péking dans les derniers mois de Tannée 1783. Arrivé dans cette capitale, il se rendit à Téglise du Midi (1), où il fut reçu par Tévéque Alexandre Tong auquel il demanda à s'instruire. — C'était le célèbre Alexandre de Govéa, Portugais, de Tordre de Saint-François, Tun des plus doctes et des plus grands évêques dont peut se glorifier Téglise de Chine, et Tun de ceux qui ont le plus travaillé à ramener les chrétiens

(i) 11 y avait alors dans Péking quaire églises, une à chacun des points cardinaux. CeUe du midi était, et est encore, la cathédrale.

Chinois k la stricte observation des décrets du Saint-Siège concernant les rites. — Les relations coréennes disent aussi que Senghoun-i vil à Péking l'Européen Sak Tek-t'so, âgé de plus de quatrevingt-dix ans, encore plein de santé et d*un extérieur très-affable, et un jeune honome nommé Niang. Dans les quatre églises de la ville se trouvaient environ soixante personnes. Seng-boun-i se mit avec zèle à étudier la docrine chrétienne, et fut bientôt en état de recevoir le baptême. Ce sacrement lui fut conféré avant son départ, et comme on espérait qu'il serait la première pierre de TÉglise coréenne, on lui donna le nom de Pierre. Voici comment M. de Ventavon, missionnaire à Péking, écrivant en date du 25 novembre 1784, annonçait à ses amis d'Europe cet heureux événement :

<c Vous apprendrez sans doute avec consolation la conversion d'une personne dont Dieu se servira peut-être pour éclairer des lumières de l'Évangile, un royaume où l'on ne sache pas qu'aucun missionnaire ait jamais pénétré; c'est la Corée, presqu'île située à TOrient de la Chine. Le roi de cette contrée envoie tous les ans des ambassadeurs à l'empereur de la Chine dont il se regarde comme vassal. Il n'y perd rien ; car s'il fait des présents considérables à l'empereur, l'empereur lui en fait de plus considérables encore. Ces ambassadeurs coréens vinrent, sur la fin de Tannée dernière, eux et leur suite, visiter notre église ; nous leur donnâmes des livres de religion. Le fils d'un de ces deux seigneurs, âgé de vingt-sept ans et très-bon lettré, les lut avec empressement; il y vit la vérité, et, la grâce agissant sur son cœur, il résolut d'embrasser la religion après s'en être instruit à fond. Avant de l'admettre au baptême, nous lui flmes plusieurs questions, auxquelles il satisfit parfaitement. Nous lui demandâmes, entre autres choses, ce qu'il était résolu de faire, dans le cas où le roi désapprouverait sa démarche, et voudrait le forcer à renoncer à la foi ; il répondit, sans hésiter, qu'il souffrirait tous les tourments et la mort plutôt que d'abandonner une religion dont il avait clairement connu la vérité. Nous ne manquâmes pas de lavertir que la pureté de la loi évangélique ne souffrait point la pluralité des femmes. Il répliqua : je n'ai que mon épouse légitime et je n'en aurai jamais d'autres. Enfin, avant son départ pour retourner en Corée, du consentement de son père, il fut admis au baptême que M. de Grammont lui administra, lui donnant le nom de Pierre; son nom de famille est Ly (4). On le

(1) Ly est la prononciation chinoise du mot coréen Ni.

— ledit allié de la maison royale. Il déclara qu'à son retour il voulait renoncer aux grandeurs humaines, et se retirer, avec sa famille, dans une campagne pour vaquer uniquement à son salut. Il nous promit de nous donner chaque année de ses nouvelles. Les ambassadeurs promirent aussi de proposer à leur souverain d'appeler des Européens dans ses États. De Péking jusqu'à la capitale de Corée, le chemin par terre est d'environ trois mois.

« Au reste, nous ne pouvons nous entretenir que par écrit avec les Coréens. Leurs caractères et les caractères chinois sont les mêmes, quant à la figure et à la signification ; s'il y a quelque différence, elle est légère ; mais leur prononciation est tout à fait différente. Les Coréens mettaient par écrit ce qu'ils voulaient dire : en voyant les caractères, nous en comprenions le sens, et ils comprenaient aussi tout de suite le sens de ceux que nous leur écrivions en réponse (1)... »

Au printemps de l'année kap-tsin (1784), Pierre Seng-houn-i rentra dans la capitale de la Corée, apportant des livres en grand nombre, des croix, des images et quelques objets curieux qui lui avaient été donnés à Péking. Il n'eut rien de plus pressé que d'envoyer à Piek-i une partie de son trésor. Celui-ci comptait les jours et attendait avec la plus vive impatience le retour de l'ambassade. Dès qu'il eut reçu les livres envoyés par son ami, il loua une maison retirée, et s'y enferma pour s'appliquer entièrement à la lecture et à la méditation. Il avait maintenant, entre les mains, des preuves plus nombreuses de la vérité de la religion, des réfutations plus complètes des cultes superstitieux de la Chine et de la Corée, des explications des sept sacrements, des catéchismes, le commentaire des évangiles, la vie des saints pour chaque jour, et des livres de prières. Avec cela, il pouvait voir à peu près ce qu'est la religion, dans son ensemble et dans ses détails. Aussi à mesure qu'il lisait, sentait-il une vie nouvelle pénétrer dans son âme. Sa foi en Jésus-Christ grandissait, et avec sa foi grandissait également le désir de faire connaître le don de Dieu à ses compatriotes. Après un certain temps d'études, sortant de sa retraite, il alla trouver Senghoun-i et les deux frères Tieng, Iak-tsien et Iak-iong : « C'est « vraiment une magnifique doctrine, leur dit-il, c'est la voie véri- « table. Le grand Dieu du ciel a pitié des millions d'hommes de < notre pays, et il veut que nous les fassions participer aux

(1) Nouvelles lettrée éà ai8. — T. H, p. 30.

« bienfaits de la Rédemption du inonde. C'est Tordre de Dieu. a Nous ne pouvons pas être sourds à son appel. Il faut répandre « la religion et évangéliser tout le monde. »

Pour sa part, il commença aussitôt à annoncer la bonne nouvelle. Il s'adressa d'abord à quelques-uns de ses amis, de la classe moyenne, distingués par leurs connaissances et leur bonne conduite. Plusieurs se rendirent presque immédiatement a sa parole vive et pénétrante ; c'étaient entre autres Tsoi T'sang-hîen-i, T'soiln-kin-i, etKimTsong-kio. Piek-i prêcha aussi la religion à plusieurs nobles qui Tembrassërent. Fidèle k sa mission, il ne se donnait pas de relâche; il allait de côté et d'autre annonçant partout rËvangile. Ses succès firent assez de bruit pour éveiller la susceptibilité des lettrés païens, qui comprenaient instinctivement que la nouvelle doctrine sapait par la base leurs croyances nationales. Plusieurs d'entre eux essayèrent tout d'abord de convaincre d'erreur les prédicateurs de rÈvangile, et de les ramener h la religion des lettrés. Le premier qui fit cette tentative fut Ni Ka-hoan-i. Issu d'une famille distinguée, il comptait, parmi ses ancêtres et ses parents, plusieurs docteurs fameux, et lui-même, quoique jeune encore, avait déjà beaucoup de réputation. Apprenant la propagation rapide de la religion, il dit : ce C'est ici une très-grande affaire. Quoique cette doctrine étrangère ne paraisse pas déraisonnable, ce n'est pas cependant notre doctrine des lettrés ; et puisque Piek-i veut par là changer le monde, je ne puis rester immobile. J'irai donc et je le ramènerai dans la bonne voie. » On fixa le jour de la conférence. Les amis des deux docteurs et une foule de curieux se réunirent chez Piek-i pour assister à cette discussion solennelle. Ka-hoan-i essaya tout d'abord de faire revenir Piek-i de ce qu'il appelait ses erreurs. Il se croyait sûr de la victoire, mais chacune de ses assertions était relevée par son adversaire qui les réfutait article par article, et qui, le poursuivant jusque dans les plus petits détails, détruisait et réduisait en poudre tout l'édifice de ses raisonnements. En vain s'épuisait-il à le relever, tous les coups de Piek-i frappaient juste. Toujours d'accord avec lui-même, il n'avançait rien sans le prouver. Sa parole claire et lucide, disent les relations coréennes, portait partout la lumière; son argumentation était brillante comme le soleil ; elle frappait comme le vent, et tranchait comme un sabre.

Les nombreux spectateurs de ce combat singulier jouirent alors d'un beau spectacle. C'était un des coryphées de la vieille école, un champion des ténébreuses doctrines chinoises, aux prises

avec un défenseur de la lumière évangélique. Mais celui-ci, appuyé sur la vérité, demeurait inébranlable, tandis que l'autre, malgré sa souplesse, était renversé et ne se relevait que pour retomber encore. La foi chrétienne triomphait sur ce théâtre éminent. Elle faisait la conquête d'un grand nombre d*âmes droites et sincères, et fortifiait son empire dans les cœurs des néophytes. Une journée ne suffit pas néanmoins pour faire rendre les armes à Tadversaire de Piek-i. Les discussions furent reprises pendant trois jours ; mais elles n'eurent pour résultat que de montrer de plus en plus la beauté et la solidité de la nouvelle doctrine. Alors Ka-hoan-i, entièrement vaincu, n'ayant plus aucun subterfuge à mettre en avant, dit ces mémorables paroles : « Cette doctrine est magnifique, elle est vraie ; mais elle attirera « des malheurs à ses partisans. Que faire? » Il se retira, et, depuis cette époque, n'ouvrit plus la bouche au sujet de la religion chrétienne, et ne s'en occupa aucunement.

Piek-i profita, pour faire de nouvelles conversions, de la gloire qu'il venait d'acquérir, mais bientôt un nouvel adversaire, apprenant les résultats de la fameuse conférence et les progrès de la foi, voulut, lui aussi, entrer en lice avec ses défenseurs. C'était Ni Kei-iang-i, non moins remarquable par son érudition que par la haute position de sa famille. Piek-i, fort de la vérité qu'il annonçait, n'était pas homme à éviter cette rencontre. Il développa l'origine du ciel et de la terre, le bel ordre du monde dans toutes ses parties, et les preuves de la Providence. Il expliqua la nature de Tâme humaine et de ses différentes facultés, l'admirable harmonie des peines et des récompenses futures avec les actes de chacun pendant sa vie : enfin il démontra que la vérité de la religion chrétienne s'appuie sur des principes inattaquables. Kei-iang-i, ne pouvant soutenir la discussion, garda le silence. Il semblait croire au fond du cœur, mais il ne pouvait se décider à l'avouer franchement. Aussi, quand il se fut retiré, Piek-i dit en parlant de ces deux docteurs : « Ces deux Ni ne savent que répondre ; mais comme ils n'ont aucun désir de pratiquer la religion, il n'y a rien à en espérer. »

Cependant Piek-i, afin de favoriser la propagation rapide de l'Évangile et d'établir solidement la religion chrétienne dans son pays, songeait à lui donner pour appuis quelques personnages dont la science et la réputation pussent imposer le respect et captiver les esprits. Ne comptant plus sur ceux dont il a été parlé plus hauU il jeta les yeux sur la famile Kouen de lang-Keun, qui, auparavant, avait manifesté de bonnes dispositions. Cette

famille, déjà dans les honneurs au temps des Korie, s'était, lors du changement de dynastie, ralliée une des premières au nouveau roi, et depuis, son crédit n'avait fait qu'augmenter. Kouen Tsiel-sin-i, surnommé Nok-am, le promoteur des conférences de la pagode dont il a été question au commencement de cette histoire, et Tun des plus célèbres docteurs du temps, en était alors le chef. Il était Tainé de cinq frères, tous renommés pour leur science et leur bonne conduite, parmi lesquels on distinguait surtout le troisième, Il-sin-i surnommé Tsik-am. Les cinq frères Kouen avaient un grand nombre de disciples, venus de toutes les parties du royaume. Piek-i pensa donc qu'il serait très-utile de convertir ces savants et d'en faire les propagateurs et les soutiens de la religion.

A la neuvième lune de cette même année kap-tsin (1784), il se rendit dans leur maison à Kam-san, dans le district de lang- Keun. Dès qu'il fut arrivé, les conférences sur la religion recommencèrent, et bientôt la vérité brilla dans tout son jour. L'atné, T'siel-sin-i, âgé d'environ cinquante ans, qui avait passé sa vie à approfondir la philosophie et la morale des livres sacrés des Chinois, hésita d'abord. Sans résister à la lumière de FËvangile, il ne pouvait se décider à perdre en un instant tout le fruit des immenses travaux qui avaient fait sa réputation. Ce ne fut qu'un peu plus tard qu'il embrassa la religion, et fut baptisé sous le nom d'Ambroise. Sa foi constante et sa sainte vie lui méritèrent une belle couronne, comme nous le verrons dans la suite. Mais le troisième frère Il-sin-i se convertit de suite, et bientôt sa ferveur extraordinaire, son zèle éclairé, justifièrent pleinement les espérances de Piek-i. Non content de pratiquer lui-même, il se mit à instruire tous les membres de sa famille et commença k prêcher la foi à ses amis et connaissances, avec tout le succès que lui assurait Tautorité de son nom, de sa science et de ses vertus. Dieu bénit tellement ses efforts, que le district de lang- Keun peut, à juste titre, être considéré comme le berceau de la religion en Corée.

Ce fut vers ce temps que Pierre Seng-houni, qui avait reçu le baptême à Péking, conféra lui-même ce sacrement à Piek-i et à Il-sin-i. Le choix des noms de baptême ne se fit pas d'une manière indifférente. Ni Piek-i avait commencé l'œuvre de la conversion de la Corée : il avait ainsi préparé les voies à la venue du Sauveur. Il fut décidé qu'il s'appellerait Jean-Baptiste. Kouen Il-sin-i, voulant se consacrer à la prédication de l'Evangile, prit pour son patron saint François-Xavier, l'apôtre de l'Orient, afin

d'en faire son modèle et son protecteur. C'est sous ce nom que nous le désignerons désormais.

Ces trois hommes, Pierre, Jean-Baptiste et François-Xavier marchaient d'un pas égal dans la noble voie qu'ils s'étaient tracée, et profitaient de toutes les occasions pour faire briller la lumière de la foi aux yeux de leurs compatriotes. Jusqu'alors la prédication de TËvangile s'était faite ouvertement et sans entraves, mais déjà il était facile de prévoir que la vérité ne se répandrait pas sans combats. Les contradictions commençaient h s'élever. Les préjugés bien connus du gouvernement et du peuple coréens faisaient craindre de prochaines violences. Ces prévisions ne découragèrent pas nos trois prédicateurs. Ils continuèrent à annoncer Jésus-Christ, et la foi fit de grands progrès. Xavier Kouen surtout, soit par lui-même, soit par ses disciples, obtint des succès prodigieux.

La prédication avait commencé à la capitale, et dans la province attenante; mais bientôt la parole de vie fut portée dans les autres parties de la Corée.

Il y avait alors dans la maison de Xavier Kouen un jeune homme nommé Ni Tan-ouen-i ou encore Tson-i'siang-i. Il était né dans le village de le-sa-ol, au district de T'ien-an, province de T'siong-l'sieng, sur les limites de la grande et fertile plaine de Naï-po, et appartenait à une honnête famille de cultivateurs. Ayant reçu de la nature des talents peu ordinaires, il se livra d'abord chez lui à Tétude des lettres, mais bientôt le désir de s'instruire plus complètement fit naître dans son esprit la pensée d'aller étudier auprès de quelque maître célèbre. Les docteurs Kouen étaient alors en grande réputation. Tan-ouen-i se rendit auprès d'eux et se fit leur disciple. Xavier Kouen fut charmé du bon esprit et des belles qualités de son nouvel élève. Il lui donnait ses soins, déjà depuis un certain temps, lorsqu'il eut le bonheur de devenir chrétien. Aussitôt^ il fit connaître la religion à Tan-ouen-i, s'appliquant à lui enseigner non seulement les principaux articles de la foi, mais surtout les devoirs de la vie chrétienne, et la manière de les remplir. Il réussit au delà de toute espérance. Ni Tan-ouen-i fut baptisé sous le nom de Louis de Gonzague, et reçut de son maitre la mission de retourner dans son pays pour y prêcher à son tour. Il revint donc dans sa province, et convertit en très-peu de temps sa famille, ses proches, ses amis et une multitude de personnes que sa réputation de savoir et de vertu attirait de toutes parts. Ainsi furent jetés les premiers fondements de la célèbre chrétienté du Nai-po,

qui a toujours été depuis une pépinière de fervents chrétiens et d'illustres martyrs.

A Xavier Kouen devait aussi revenir la gloire d'établir sur des bases solides, la chrétienté de la province de Tsien-la, dans la partie méridionale du royaume, en convertissant Niou Hang-kem-i, qui fut appelé Augustin au baptême. Augustin appartenait à une des classes les moins élevées delà noblesse, mais son mérite personnel et sa grande fortune lui donnaient beaucoup d'influence. Il habitait à T'so-nami, au district de Tsien-tsiou. Ayant entendu parler de la nouvelle religion, il fut attiré parla réputation des hommes fameux qui l'embrassaient, et voulant examiner les choses par lui-même, il vint dans la (amille Kouen. A peine eut-il connu les principes de la religion chrétienne, que son âme droite se rendit, et il voulut commencer de suite à la pratiquer. De retour chez lui, il instruisit immédiatement sa nombreuse famille, et annonça aussi la bonne nouvelle k ses amis, voisins et connaissances. Sa ferveur, son zèle et sa constance peuvent le faire regarder comme la pierre angulaire des chrétientés des provinces méridionales. Vers cette même époque» PaulTsi T'siong-i, demeurant aussi dans la province de Tsien-la, au district de Tsin-sou, reçut la foi par le moyen deKim Pem-ou, dont nous parlerons plus tard.

Dans les pays plus rapprochés de la capitale, nous devons signaler la famille Tieng, comme ayant beaucoup contribué à la propagation de l'Évangile. Cette famille, depuis longtemps célèbre, était originaire de Na -tsiou, et demeurait alors à Ma-tsai, district de Koang-tsiou, province de Kieng-kei. C'est à elle qu'appartenaient les deux frères Iak-tsien et Iak-iong, qui prirent part aux premières conférences de Piek-i. Elle comptait encore plusieurs autres membres respectés, qui secondèrent admirablement à cette époque le mouvement religieux. Il faut aussi mentionner la noble famille de Luc Hong, dit Nak-min-i. Les deux frères étaient dans les charges publiques. Ils furent tous instruits et baptisés, par Pierre Seng-houn-i.

Dans la classe moyenne, ceux qui travaillèrent le plus à répandre la religion, dès le commencement, furent Mathias T'soi, Sabas Tsi et Jean T'soi. Mathias T'soi In-kiun-i, d'une famille d'interprètes, fut instruit par Piek-i. Sabas Tsi dit Tsiang-hong-i, d'une famille de musiciens attachés à la cour, se présenta lui-même pour se faire instruire. D'un naturel simple, respectueux et diligent, après avoir bien étudié la religion, il s'appliqua avec fen^eur à aimer Dieu, et son unique désir

était de pouvoir mourir pour lui. Aus^ s'exposail^i) avee joie aux dangers, aux privations et aux souffrances, Jean T'»oi« dil Tsiang-hien-i, et plus connu par son surnom de Koan«i'slen«i, appartenait lui aussi à une famille d'interprMes. CViaii un homme actif et infatigable. Dès qu'il eut embrasst^ la iH)ligion, il copia de sa main tous les livres qui en trai(aiont« et |>ar lh« rendit d*immenses services. Sa réputation de copiste devint «i grande, que tous les chrétiens qui désiraient des livreH. M*adraiisaient à lui pour en obtenir. On lui attribue la traduction coréenne dn livre chinois intitulé : Explication ihn Évanyihti des dimanches et fêtes.

Pour bien comprendre cette diffusion rapide de la doctrine chrétienne, il n'est pas inutile de se rappeler ce que nou» avonn dit dans Tintroduction, sur la nature des relations hahltucllcM de société dans ce pays. Les appartements des femmeH, c\\n h*M nobles et les riches, se trouvant à rintéricnr et eniRtretment séparés, les rapports entre hommes n*en sont que pluM libren et plus multipliés. Le devant de chaque mmou, oli réidde habituellement le maître, est comme un salon de réception, toujours ouvert, où tous, amis ou étrangers, connus ou inr^onnuK, peuvi^nl entrer, s*asseoir, boire le thé, fumer, et prendre part Ii la eonversa tioo. Les Coréens, naturellement flâneurs et \mysàfA%^ mni conUooellement par voies et par chemins. Ceux qui n'ont rieo k faire chez eux, vont de salon en salon, en quête de nouvelk^, S'ocaipaot peu on point de politique, ils parlent seieoee^ Uitén^ tnre, se communiquent le résultat de leurs éiuAt%^ mm\fi^fmi leurs travaux littéraires, ete. Il est (aeile 4*imzf(,imr fJMUum la do^riae chréiieoiie^ si étrauge et ai uouveiie pcrur t^t^ tti pfhMiH par des dodears f« renoomiéift, dut (ny^ b mrumUt (luMi^M^; et ombîea de j^ersousef «« yaikr^i «t ^m é^umAipmi ^sukr, dis SM afipanliOfi es 0>rée.

Ostre eevx dosi fiwf «tms émtté k% mm^^ I^i^smm)^^ 4*441' ire§ MOfdnrte^ txrr«IIK;reflit akir^ â iîui^ liritter ans ir^aiti i^.imn

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