SUR
lliiftoire, les instttntions, la langrae, les mœurs
et ooQtnmes coréennes.
Géographie physique de la Corée. — Sol. — Climat. — Productions. —
Population.
Le royaume de Corée, au nord-est de TAsie, se compose d'une N^ttqi'lle de forme oblongue, el d'un nombre d'îles très-consiléraMe, surtout le long de la côte ouest. L'ensemble est compris «tue 83*» 15' et 4î*> 25' de latitude nord ; 122<> 15' et 128« 30' le loDgitude est de Paris. Les habitants de la presqu'île lui assi- (Deat une longueur approximative de 3,000 lys (1) , environ kOOHeues, et une largeur de 1,300 lys, ou 130 lieues; mais ces Aiffires sont évidemment exagérés. La Corée est bornée au nord (MUT la chaîne des montagnes Chan-yan-alin, que domine le PaiktOQ-san (montagne à la tête blanche), et par les deux grands leuves qui prennent leur source dans les flancs opposés de cette diaÎDe. Le Ya-lou-kiang (en coréen Am-no-kang, fleuve du cattrd vert) coule vert l'ouest et se jette dans la mer Jaune ; il ferme la frontière naturelle entre la Corée et les pays chinois du léao-tong et de la Mandchou rie. Le Mi-kiang (en coréen Touman-kang) qui va se jeter à l'est dans la mer du Japon, sépare h Corée de la Mandchourie et des nouveaux territoires russes.
(1) Le ly est de 360 pas géométriques, — 587 mètres. Dix lys équivalent à ^ lieue marine ou géographique de vingt au degré.
T. I. — L'ÉGLISC de CORÉE. a
II INTRODUCTION
cédés par la Chine en novembre 1860. — Les autres limites sont : k Touest et au sud-ouest, la mer Jaune; à Test, la mer du Japon ; et au sud-est, le détroit de Corée, d'une largeur moyenne de vingt-<îinq lieues, qui sépare la presqu'île coréenne des Iles Japonaises.
Le nom de Corée vient du mot chinois Kao-li, que les Coréens prononcent Kô-rie et les Japonais Kô-raï. C'était le nom du royaume sous la dynastie précédente; mais la dynastie actuelle, qui date de Tannée im-sin, 1393 de notre ère, changea ce nom et adopta la dénomination de Tsio-sien (Tchao-sien), qui est aujourd'hui le nom officiel du pays. La signification même du mot Tsio-sien, sérénité du matin, montre que ce nom vient des Chinois, pour qui la Corée est, en eiïet, le pays du matin. Quelquefois aussi, dans les livres chinois, la Corée est désignée par le mot Tong-koué, royaume de TOrient. Les Tartares Mandchous la nomment Sol-ho.
Cette contrée, inconnue en Europe avant le xvi** siècle, figure comme une fie dans les premières cartes hollandaises. Vers la fin du xvii*" siècle, l'empereur chinois Kang-hi essaya vainement d'obtenir du roi de Corée les documents géographiques nécessaires pour compléter la grande carte de l'empire, h laquelle travaillaient alors les missionnaires de Péking. Ses ambassadeurs furent reçus avec la pompe voulue ; on leur prodigua les protestations et les offres de services, mais ils ne rapportèrent en réalité qu'un plan très-incomplet qu'ils avaient vu dans le palais du roi, à Séoul. Ce fut d après celte carte, et les données nécessairement imparfaites des livres chinois, que le P. Régis et ses collègues tracèrent la description de la Corée que l'on trouve dans 1 allas de Duhalde , et que les livres postérieurs se sont contentés d'abréger ou de reproduire.
En 1845, le vénérable martyr André Kim, prêtre coréen, copia lui-même une carte, sur les plans otTiciels conservés dans les archives du gouvernement à Séoul. Celle que nous donnons en tête de cet ouvrage a été dressée, pour le littoral, d'après les cartes du dépôt de la marine, et pour l'intérieur du pays, d'après une carte indigène assez récente, traduite par Mgr Ridel, vicaire apostolique de Corée.
. La Corée est un pays de montagnes. Une grande chaîne, partant des Chan-yan-alin dans la Mandchourie, se dirige du nord au sud, en suivant le rivage de Test dont elle détermine les contours, et les ramifications de celle chaîne couvrent le pays presque tout entier. « En quelque lieu que vous posiez le pied.
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écrivait an missionnaire, voas ne voyez que des montagnes. Presque partout, vous semblez être emprisonné entre les rochers, resserré entre les flancs de collines, tantôt nues, tantôt couvertes de pins sauvages, tantôt embarrassées de broussailles ou couronnées de forêts. Tout d'abord, vous n'apercevez aucune issue; nais cherchez bien, et vous finirez par découvrir les traces de quelque étroit sentier, qui, après une marche plus ou moins longoe et toujours pénible, vous conduira sur un sommet d'où tons découvrirez l'horizon le plus accidenté. Vous avez quelquefois, du haut d'un navire, contemplé la mer, alors qu'une forte brise soulève les flots en une infinité de petits monticules aux formes variées. C'est en petit le spectacle qui s'offre ici à vos regards. Vous apercevez dans toutes les directions des milliers de pics aux pointes aiguës, d'énormes cônes arrondis, des rochers inaccessibles, et plus loin, aux limites de l'horizon, d'autres montagnes plus hautes encore, et c'est ainsi dans presque tout le pays. La seule exception est un district qui s'avance dans la mer de l'Ouest, et se nomme la plaine du Naî-po. Mais par ce mol de plaine, n'allez pas entendre une surface unie et étendue eomme nos belles plaines de France, c'est simplement un endroit oi les montagnes sont beaucoup moins hautes, et beaucoup plus espacées que dans le reste du royaume. Les vallées plus larges laissent un plus grand espace pour la culture du riz. Le sol, d'aillears fertile, y est coupé d'un grand nombre de canaux, et ses produits sont si abondants que le Naî-po est appelé le grenier de la capitale. »
Les forêts sont nombreuses en Corée, mais c'est dans les pro- Tinces septentrionales que l'on trouve les plus belles. Les bois de coDstruaion de difTérentes espèces y abondent, les pins et sapins surtout. Ces derniers étant les plus employés, parce qu'ils sont très-faciles à travailler, le gouvernement veille à leur conservation, et afin que chaque village ait toujours à sa portée les arbres nécessaires, les mandarins sont chargés d'en surveiller l'exploitation, et d'empêcher qu'on n'en coupe un trop grand nombre à la fois.
11 semble certain que les montagnes recèlent des mines abondantes d'or, d'argent et de cuivre. On assure qu'en beaucoup d'endroits, dans les provinces septentrionales surtout, il suffit de remuer un peu la terre pour rencontrer l'or, et qu'il se trouve en paillettes dans le sable de certaines rivières. Mais l'exploitation des mines est défendue par la loi sous des peines si sévères, que Ton n'ose pas le ramasser, parce qu'il serait à peu près impos-
IV INTRODUCTION
sible de le vendre. Quelle est la véritable cause de cette prohibi lion ? Les uns disent que cela tient au système de tout temp suivi par le gouvernement coréen, de faire passer le pays pou aussi petit et aussi pauvre que possible, afin de décourager Tarn bition de ses puissants voisins. D'autres croient que Ton redout les soulèvements et les troubles qu'amènerait infailliblement l concentration d'un grand nombre d'ouvriers dans des pays éloi gnés de la capitale, et oii Taction de l'autorité est presque nulle Le complot de 1811 se forma, dit-on , dans une de ces réunions Quoi qu'il en soit, la loi est strictement observée, et la seul exception que l'on connaisse est la permission accordée, il y vingt-cinq ans, d'exploiter pendant quelques mois les mine d'argent de Sioun-heng-fou, dans la province de Kieng-sang. L cuivre de Corée est d'une excellente qualité, mais on ne remploi point, et c'est du Japon que vient celui qui sert dans le pays. L minerai de fer est si commun, dans certains districts, qu'après le gi*andes pluies il suffit de se baisser pour le ramasser. Ghacui en fait provision à son gré.
Les silex (pierres h fusil) ne se trouvent guère que dans I province dcHoang-baï, et encore sont-ils d'une qualité tout à fai grossière. On fait venir de Chine ceux dont on se sert habi tuellement.
Le climat de la Corée n'est point ce que Ton nomme un clima tempéré. Comme dans tous les pays de l'extrême Orient, il y fai beaucoup plus froid en hiver, et beaucoup plus chaud en été, qu< dans les contrées européennes correspondantes. Dans le nord, \ Tou-man-kang est gelé pendant six mois de l'année, et le sud d' la presqu'île, quoique sous la môme latitude que Malte ou l Sicile, reste longtemps couvert de neiges épaisses. Par 35° d latitude, les missionnaires n'ont pas vu descendre le thermomètr au-dessous de — 15*" centigrades, mais par 37** 30' ou 38% il ont trouvé souvent — 25°. Le printemps et l'automne sont généralement fort beaux. L'été, au contraire, est l'époque des pluie: torrentielles qui souvent interceptent, pendant plusieurs jours toute espèce de communications.
Dans les vallées, pour peu que le terrain soit favorable, or plante du riz, et l'immense quantité de ruisseaux ou petites rivières qui descendent des montagnes, donne la facilité de formel les étangs nécessaires à cette culture. Jamais on ne laisse repo séries terres ainsi arrosées; elles sont toujours en rapport. Ail leurs, on sème du blé, du seigle ou du millet. Les instrumenta aratoires sont aussi simples et aussi primitifs que possible. L(
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bœuf est seul employé à la charrae; on n'a jamais recours au cheval, et un jour qu'un missionnaire engageait des chrétiens à se servir de sa monture , ce fut un éclat de rire général , absolument comme si en France on proposait de labourer avec des chiens. Du reste, le cheval ne vivrait pas en travaillant dans les rizières, parce qu'elles sont constamment inondées. Outre le fumier et les autres engrais animaux que Ton recueille très-soigneusement, on emploie, pour la culture, les cendres dont chaque maison coréenne est ricbe, car le bois n'est pas cher, et on en con* some prodigieusement pendant Thiver. De plus , au printemps, quand les arbres commencent à se couvrir de feuilles, on coupe les branches inférieures, et on les répand sur les champs où on les laisse pourrir. Après les semailles, pour empêcher les oiseaux démanger les grains, et pour protéger les jeunes tiges contre les chaleurs excessives qui les dessécheraient sur pied, on recouvre les champs d'autres branches que l'on enlève plus tard, quand la plante est assez forte.
Le manque de chemins et de moyens de transport, dans ce pays montagneux, empêche absolument toute grande culture. Chacun cultive seulement le terrain qui est autour de sa maison et à sa pprtée. Aussi les gros villages sont rares, et la population des campagnes est disséminée en hameaux de trois ou quatre maisons, dix à douze au plus. La récolte habituelle suffit à peine aux besoins des habitants, et les famines sont fréquentes en Corée. Pour la classe la plus pauvre de la population, on peut dire qu'elles sont périodiques k deux époques de l'année : d'abord ao printemps, quand on attend la récolte du seigle qui se fait eo juin ou juillet, puis avant la récolte du millet, en septembre oo octobre. L'argent ne se prêtant qu'à un taux très-élevé, les malheureux dont les petites provisions sont épuisées ne peuvent aller acheter du riz ou d'autres grains, et n'ont pour vivre que qoelques herbes cuites dans l'eau salée.
Outre le riz, le blé, le seigle et le millet, les principales prodoctions du pays sont : des légumes de toute espèce mais très> bdes, le coton, le tabac, et diverses plantes fibreuses propres h confectionner de la toile. Le tabac a été introduit en Corée par les Japonais, vers la fin du xvr siècle. La plante à coton vient de Chine. 11 y a cinq cents ans, dit-on, elle était inconnue en Corée, et les Chinois prenaient toutes les précautions possibles pour empêcher l'exportation des graines, afin de vendre aux Coréens des tissus de leurs fabriques. Mais un jour, un des membres de l'ambassade annuelle réussit à se procurer trois graines.
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qu'il cacha dans un tuyau de plume, et dota son pays de ce précieux arbrisseau. La plante à coton périt chaque année, après la récolte ; on la sème de nouveau au printemps, comme le blé et dans les mêmes terrains. Quand le germe est sorti de terre, on arrache un grand nombre de pieds, afin que ceux qui restent soient à la distance d'une dizaine dé pouces ; on relève un peu la terre autour de chaque tige ; on a soin d'enlever constamment les herbes parasites, et , en septembre, on obtient une assez belle récolte. La pomme de terre, introduite à une époque récente, n'est presque pas connue des Coréens. La culture en est interdite par le gouvernement ; on ne sait pourquoi. [Les chrétiens seuls en font pousser quelques-unes en cachette, afin de pouvoir offrir des légumes européens aux missionnaires, lorsqu'ils viennent visiter leurs villages.
Ce sont les chrétiens qui, les premiers en Corée, ont cultivé les montagnes. Repoussés par la persécution dans les coins les plus écartés, ils ont défriché pQur ne pas mourir de faim, et Fexpérience de quelques années leur a enseigné le système de culture le plus convenable à ce genre de terrain. Les païens, étonnés du succès de leurs tentatives, les ont imités, et aujourd'hui beaucoup de montagnes sont cultivées. Le tab^ç est la principale récolte de ces lieux élevés ; le millet y réussit assez bien, ainsi que le chanvre et certaines espèces de légumes, mais le coton n'a pu encore y être acclimaté. Ce genre de culture qui demande beaucoup plus de travail que celui de la plaine, offre en échange de grands avantages aux laboureurs pauvres. Les impôts sont moins élevés ; le bois, l'herbe, les fruits sauvages, sont en abondance sous la main. Le gros navet, dont il se fait une consommation considérable, vient très-bien au milieu des plantations de tabac et fournit une ressource précieuse. Malheureusement, la terre s'épuise assez vite, et tandis que dans les vallées on ne voit jamais de champs en jachère, il faut, sur les montagnes, après quelque temps, laisser reposer le terrain pendant plusieurs années; encore ne retrouve-t-il presque jamais la même force productive qu'il avait après le premier défrichement.
Les fruits sont abondants en Corée ; on y retrouve presque tous ceux de France, mais quelle différence pour le goût ! Sous l'influence des pluies continuelles de Tété, pommes, poires, prunes, fraises, mûres, raisins, melons, etc., tout est insipide et aqueux. Les raisins ont un suc désagréable ; les framboises ont moins de saveur que les mûres sauvages de nos haies ; les
INTRODUCTION. VII
fraises, très-belles à la vue, sont immangeables ; les péehes ne sont que des avortons véreux, etc. On mange beaucoup de cornichons et de pastèques ou melons d'eau, qui sont peut-être le seul fruit passable que produise le pays. Quelques missionnaires font une autre exception en faveur du fruit du loius diospyros^ que ron désigne en France par son nom Japonais : kaki (le nom eoréen est kam). Pour la couleur, la forme et la consistance, ce fruit ressemble assez à une tomate mûre. Le goût rappelle celui de la nèfle, mais lui est bien supérieur.
Les fleurs sont très-nombreuses. Pendant la saison , les diamps sont émaillés de primevères de Chine, de lis de différentes espèces, de pivoines et d'autres espèces inconnues en Earope. Mais, à part l'églantine, dont le feuillage est Irèsélégant, et le muguet qui ressemble à celui d'Europe, toutes ces leurs sont inodores, ou d'un parfum désagréable.
On cultive aussi le gen-seng, mais il est extrêmement inférieur en qualité au gen-seng sauvage de la Tartarie. Cette plante fameuse est, au dire des habitants de l'extrême Orient, le premier tonique de l'univers. Ses effets sont bien supérieurs à ceux du quinquina. D'après les Chinois, le meilleur gen-seng est le plus vieux ; il doit être sauvage, et dans ce cas il se vend au prix exorbitant de 50,000 francs la livre. La racine seule est eu usage, on la coupe en morceaux que l'on fait infuser dans du vin blanc pendant un mois au moins. On prend ce vin à trèspetites doses. Il n'est pas rare de voir des malades a l'article delà mort, qui, au moyen de ce remède, parviennent à prolonger leur vie de quelques jours. Le gen-seng cultivé abonde dans les diverses provinces de Corée. On le joint à d'autres drogues pour fortifier le malade, mais on ne l'emploie presque jamais !ieul. Depuis quelques années, son prix a doublé, à cause de la quantité considérable que l'on fait passer en Chine par contre- Ikande, car les habitants du Céleste-Empire en font encore plus gmd usage que les Coréens. — Le gen-seng, essayé à diverses reprises parles Européens, leur a, dit-on, causé le plus souvent des maladies inflammatoires très-graves ; peut-être en avaient-ils pris de trop fortes doses; peut-être aussi faut-il attribuer cet insuccès à la différence des tempéraments et de l'alimentation habituelle.
Les animaux sauvages, tigres, ours, sangliers, sont très-nombreux en Corée, les tigres surtout, qui, chaque année, font beaucoup de victimes. Ils sont d'une petite espèce. On ti^ouve aussi foantité de faisans, de poules d'eau et d'autre gibier. Les ani-
VIII INTRODUCTIOIf.
maux domestiques sont géuéralement d*une race inférieure. I chevaux quoique très-petits, sont assez vigoureux. Les bœufs se de taille ordinaire. Il y a énormément de porcs et de chiens, m: ces derniers sont peureux à Texcès, et ne servent guère q comme viande de boucherie. On assure que la chair du chi est très-délicate; quoi qu'il en soit, c'est en Corée un mets i plus distingués. Le gouvernement défend d'élever des moutons des chèvres ; le roi seul a ce privilège. Les moutons lui serve pour les sacrifices des ancêtres ; les chèvres sont réservées pc les sacrifices à Gonfucius.
Il est impossible de parler du règne animal en Corée sa mentionner les insectes et la vermine de toute espèce, pou puces, punaises, cancrelats, etc., qui, pendant Tété surtoi rendent si pénible aux étrangers le séjour dans ce pays. Tous missionnaires s'accordent à y voir une véritable plaie d'Égypi En certaines localités, il est physiquement impossible de dorn à rintérieur des maisons pendant les chaleurs, à cause des ca crelats, et les habitants préfèrent coucher au grand air, malg le voisinage des tigres. Le cancrelat ronge la superficie de peau, et y fait une plaie plus gênante et plus longue à gué qu'une écorchure ordinaire. Ces animaux, beaucoup plus gi que les hannetons, se multiplient avec une rapidité prodigieux et le proverbe coréen dit : Quand une femelle de cancrelat fait que quatre-vingt-dix-neuf petits en une nuit, elle a per son temps.
Le climat de la Corée est assez sain, mais Teau, insipide pa tout, est, dans plusieurs provinces, la cause d'une foule de m ladies. Le plus généralement, ce sont des fièvres intermittent qui durent plusieurs années. Quelquefois, comme dans la pi vince de Kieng-sang, Tune des plus fertiles, Teau cause d scrofules, des accidents nerveux, Tenflure démesurée d'une d jambes, rarement des deux à la fois. Dans certains districts cette même province, elle produit une vieillesse prématurée; 1 dents tombent, les jambes s'affaiblissent, les ongles des doigts décharnent et arrivent à couvrir presque toute la première ph lange. Les Coréens nomment cette maladie southo^ c'est-à-di mal causé par l'eau et le terrain ; en ce sens que l'eau agit do seulement d'une manière directe comme boisson, mais aussi rendant malsains et dangereux les fruits et légumes qui aille» sont utiles ou au moins inoffensifs.
Certaines maladies sont en Corée de véritables fléaux, eol autres la petite vérole. Il n'y a peut-être pas dans tout le pa
INTRODUCnON. IX
cent iDdmdus qui n'en aient été attaqués. Elle est d*une violence extrême. Souvent, dans un district, tous les enfants en sont pris en même temps, et ont le corps couvert de pustules ou de croûtes dégoûtantes. L'air en est tellement infecté, qu'on ne peut, sans danger, demeurer dans les maisons. Ceux qui échappent dans le bas âge sont sûrs d*étre attaqués plus tard, et alors le danger est bien plus grand. Plus de la moitié des enfants meurent de cette mabdie, et, en certaines années, presque aucun ne survit. Un nédedn chrétien racontait un jour à Mgr Daveluy que, quelques semaines auparavant, sur soixante-douze enfants pour lesquels il avait donné des remèdes, deux seulement avaient échappé à la mort. Chaque année, à la capitale, les victimes se comptent par milliers.
Parmi les maladies qui attaquent plus particulièrement les adultes, il faut citer une sorte de peste ou typhus, dont les cas sont fréquents. Si Ton ne peut provoquer la sueur, la mort est inévitable en trois ou quatre jours. Puis, les indigestions subites qoi étouffent le malade et causent une mort instantanée, Tépilepsie qui est très-commune, le choléra, etc.
La mortalité, on le voit, est grande en Corée, et si aux causes éoumérées ci-dessus, on joint Tabominable pratique de l'avortem6nt;siroH considère que les enfants qui perdent leur mère avant Tàge de deux ou trois ans ne peuvent guère lui survivre, parce qu'on ne connaît aucun moyen de les nourrir, on comprend facilement que la population n'augmente pas dans de grandes proportions. Les missionnaires ont remarqué une fois que le nombre total des chrétiens était resté à peu près stalionnaire pendant dix ans, quoiqu'il y eût eu, dans l'intervalle, mille à douze cents conversions d'adultes, ce qui indiquerait un excédant sensible du nombre des morts sur celui des naissances. Mais la situation particulière des néophytes, toujours persécutés, presque tous réduits à la misère, ne permet pas de tirer de ce fait une conséquence générale. Les Coréens, d*ailleurs, sont convaincus que le chiffre de la population augmente et que leur pays est de plus en plus peuplé, et certains faits semblent leur donner raison. Ainsi, depuis quelques années, il y a peu de provinces où ne s'élèvent de nouveaux villages, peu de villages où ne se bâtissent quelques nouvelles chaumières. Les champs et les rizières abandonnés autrefois comme peu fertiles, sont de toutes parts remis en culture. Sauf dans les deux provinces septentrionales, les montagnes sont presque partout défrichées, et les tigres refoulés de leurs repaires deviennent beaucoup moins nombreux.
X II^TRODUGTIOII.
Quelle est aujourd'hui la population tolale de la Corée ? il est difficile de le savoir exactemeot. Les statistiques officielles du gouvernement comptaient, il y a trente ans, plus de un million sept cent mille maisons et près de sept millions et demi d'habitants ; mais les listes sont faites avec tant de négligence qu'on ne peut pas s'y fier. Il semble certain que beaucoup d'individus ne sont pas comptés. Peut-être ne se tromperait-on guère eu estimant à dix millions le chiffre total, ce qui donnerait ooe moyenne de presque six individus par maison. Quelques géographes modernes supposent à la Corée quinze millions d'habitants, mais ils ne disent point sur quoi se basent leurs conjectures évidemment très-exagérées.
Les Coréens se rattachent au type mongol, mais ils ressemblent beaucoup plus aux Japonais qu'aux Chinois. Ils onl généralement le teint cuivré, le nez court et un peu épaté, te pommettes proéminentes, la tète et la figure arrondies, les sourcils élevés. Leurs cheveux sont noirs ; il n'est pas rare cependan de rencontrer des cheveux châtains, et même châtain-clair Beaucoup d'individus n'ont point de barbe, et ceux qui en on l'ont peu fournie. Ils sont de taille moyenne, assez vigoureux, e résistent bien à la fatigue. Les habitants des provinces du Nord voisines de la Tartarie, sont beaucoup plus robustes et presqui sauvages.
Histoire de la Corée. — Son éiat de vasselage vis-à-vis de la Chine.
Origine des divers partis politiques.
Il est difficile, sinon impossible, de faire une histoire sérieuse et suivie de la Corée, faute de documents. Les différentes histoires coréennes, écrites en langue chinoise, ne sont, au dire de ceux qui ont pu les parcourir, que des compilations indigestes de faits plus ou moins imaginaires, servant de texte à des déclamations emphatiques. Les savants coréens eux-mêmes n'y ajoutent aucune foi, et n'en font jamais un objet d'étude ; ils se bornent à lire Thisioire de la Chine. On rencontre, il est vrai, des abrégés d'histoire en langue coréenne, mais ce ne sont que des recueils d'anecdotes curieuses, vraies ou fausses, arrangées pour l'amusement des dames, et qu'un lettré rougirait d'ouvrir.
Ces différents recueils, d'ailleurs, n'ont trait qu'à l'histoire ancienne du pays, car il est sévèrement défendu de faire ou d'imprimer l'histoire moderne, c'est-à-dire celle des princes de la dynastie acluelle. Voici comment se conservent les documents. Certains dignitaires du palais inscrivent secrètement, et comme ils l'entendent, tout ce qui se passe; puis on dépose ces écrits cachetés dans quatre coffres conservés dans quatre différentes provinces. Quand la dynastie sera éteinte, et qu'une autre lui ' aura succédé, on composera l'histoire officielle à l'aide de ces rédactions diverses. Il est d'usage, néanmoins, dans la plupart des grandes familles nobles, de noter sur des registres particuliers les principaux événements, mais avec la précaution de ne jamais manifester ni un jugement ni une opinion sur les actes des ministres ou même des agents subalternes ; autrement l'écrivain risquerait sa tète.
C'est donc principalement à l'aide des livres chinois et japonais que l'on a pu réunir quelques notions un peu certaines sur l'histoire de Corée. Au lieu de fatiguer le lecteur par d'ennuyeuses citations et dissertations, d'ailleurs parfaitement étrangères à
XII INTRODUCTIOIf.
notre but, nous donnerons en quelques mots une analyse succincte de ce qu'il importe de savoir (1).
Les premiers missionnaires et voyageurs en Chine croyaient que la langue coréenne n*était qu'un patois de la langue chinoise; ils en concluaieot Tidentité d*origine entre les deux peuples. On sait aujourd'hui que les deux langues et les deux peuples diffèrent, et il est certain que les Coréens sont, non pas Chinois, mais Tartares d'origine.
On ne connaît absolument rien de Thistoire de Corée avant le premier siècle de Tère chrétienne. Alors seulement on trouve les traces de trois États distincts qui se partagent la péninsule : au nord et au nord-est le royaume de Kao-li, à Touest celui de Pet-si, au sud-est celui de Sin-la. Un chaos de guerres civiles interminables entre ces États rivaux, des querelles sans cesse renaissantes entre le royaume de Kao-li et la Chine d'une part, entre le royaume de Sin-la et le Japon d'autre part, voilà l'histoire de Corée pendant plus de dix siècles. Ce qui semble évident, c'est que vers la fin de cette période le royaume de Sin-la eut une prépondérance marquée sur les deux autres. En effet, les histoires de Corée donnent le nom de Sin-la à la dynastie qui précéda celle de Kao-li ou Korie. Une autre preuve de cette supériorité, c'est que l'ouest et le nord paraissent avoir presque toujours été, de gré ou de force, sous la suzeraineté de la Chine, tandis que le sud ou royaume de Sin-la, soutint, pendant des siècles, la guerre contre le Japon, avec des alternatives de succès et de revers. Les annales japonaises mentionnent une cinquan* taine de traités successifs entre les deux peuples.
Quoi qu'il en soit, c'est vers la fin du onzième siècle, sous Ouang-kien, c'est-à-dire Ouang le fondateur, que les trois royaumes coréens furent définitivement réunis en un seul. Le roi de Kao-li, appuyé par la Chine, conquit les États de Pet-si et de Sin-la, forma une seule monarchie, et en reconnaissance du secours que lui avait donné la dynastie mongole qui s'établissait alors à Péking, reconnut officiellement la suzeraineté de l'empereur. Les historiens chinois donnent de celte révolution une version un peu différente. D'après eux, Tchéou-ouang, le dernier empereur de la dynastie des Yn, prince cruel et débauché, avait disgracié et envoyé en exil son neveu Kei-tsa, dont les remon-
{\) Ceux qui voudraient étudier à fond la question n'ont qu'à consulter, entre autres ouvrages, ilrc/i/i; zur Beschreibung von /apan, par M. de Siebold.
ihtroduction. xni
traDces lui étaient désagréables. Ou-ouang ayant renversé Tchéou-ouang et mis fin à la dynastie des Yn, rappela Kei-tsa, le fit roi de Corée, et lui donna pour armée les débris des troupes qui avaient servi son oncle.
Les descendants du fondateur de Tunité coréenne régnèrent pacifiquement pendant plus de trois cents ans. Ce sont ces princes qui, dans les livres et les traditions du pays, sont désignés sous le nom de dynastie Kaoli ou Korie.
Au xiv® siècle, la chute de la dynastie mongole en Chine entraîna par contre-coup celle de la dynastie vassale en Corée. Tai-tso, que les histoires chinoises nomment Li-tan, protégé par la dynastie Ming qui venait de supplanter les Mongols, s'empara du pouvoir en Corée, Tan 1392, et fonda la dynastie actuelle, dont le nom officiel est Tsi-tsien. Les nouveaux empereurs de Chine profitèrent de cette révolution pour étendre leurs droits de suzeraineté, et c'est alors que fut imposé aux Coréens Tusage de la chronologie et du calendrier chinois. Tai-tso, affermi sur le trône, quitta la ville de Siong-to ou Kai-seng, oii avaient résidé ses prédécesseurs, et établit sa capitale à Han-iang (Séoul). 11 partagea le pays en huit provinces, et organisa tout le système de gouvernement et d'administration qui se conserve encore aujourd'hui.
Les premiers successeurs de Taï-tso semblent avoir acquis une assez grande puissance, car sous le roi Siong-siong qui occupa le trône de 4506 à 1544, on trouve mentionnée une guerre avec le Japon, à Toccasion de la révolte de Taïma-to (île de Tsousima ou Tsou-tsima\ et de quelques autres provinces japonaises qui étaient alors tributaires delà Corée. Mais, quelques années plus tard, le Japon prit sa revanche, et Taiko-Sama mit la Corée à deux doigts de sa perte. En 1592, ce prince, aussi grand guerrier qu'habile politique, envoya une armée de deux cent mille hommes en Corée. Son plan était de frayer une voie à l'envahissement de la Chine. En vain les Chinois accoururent au secours des Coréens contre l'ennemi commun, ils furent battus en plusieurs rencontres ; et les trois quarts de la Corée tombèrent au pouvoir des Japonais qui, probablement, seraient demeurés maîtres de tout le pays, si la mort de Taiko-Sama, en 1598, n'avait forcé ses troupes a retourner au Japon en abandonnant leur conquête. En 1615, à la chute de la famille de TaïkoSama, le chef de la dynastie actuelle du Japon signa définitivement la paix avec les Coréens. Les conditions en étaient très-dures et irès-humiliantes pour ces derniers, car ils devaient payer chaque
XIV I^iTRODUCnON.
année nn tribut de trente peaux humaines. Après quelques années, cet impôt barbare fut changé en une redevance annuelh d'argent, de riz, de toiles, de gen-seng, etc., etc. En outre, lei Japonais gardèrent la propriété du port de Fousan-kaî, sur U côte sud-est de la Corée, et ils en sont encore aujourd'hui lei maîtres. Ce point important est occupé par une colonie de troi^ ou quatre cents soldats et ouvriers, qui n'ont aucune relation ave< rintérieur du pays, et ne peuvent faire de commerce avec le^ Coréens qu'une ou deux fois par mois, pendant quelques heures. Fousan-kaî est sous Tautorité du prince de Tsou-tsima (1). Jusqu'en 1790, le roi de Corée était obligé d'envoyer une ambassad( extraordinaire au Japon pour notifier son avènement, et une autre tous les dix ans pour payer le tribut. Depuis cette époque, les ambassades ne vont qu'à Tsou-tsima, ce qui demande beaucoup moins de pompe et de dépenses.
En 1636, quand la dynastie mandchoue qui règne actuellement en Chine renversa les Ming, le roi de Corée prit part pour ces derniers. Son pays fut aussitôt envahi par les Mandchoux, et il ne put opposer de résistance sérieuse à l'ennemi qu vint lui dicter des lois dans sa propre capitale. U y a encore aujourd'hui, près d'une des portes de Han-iang (Séoul), un temph
(1) La possession de Fousan-kaï par les Japonais est un témoignage permanent de la défaite des Coréens, et leur orgueil national en est vivemen blessé. Aussi, leurs histoires ont-elles grand soin de passer sous silence les faits dont nous venons de parler et de les remplacer par des légendes ridicules. Voici, par exemple, comment les notes explicatives d'une carU coréenne rendent compte de la présence des étrangers sur le sol de la Corée
a Séjour des barbares, habitants de Talma-to, à Tsieu-lieng (petite Ile i deux ou trois lieues sud- est de Fousan-kaï).
a Lorsque Siei-tsong-tsio régnait, plusieurs barbares de Taïma-to quittèren cette Ile et vinrent s'établir sur les côtes de Corée, dans trois petits ports appelés ports de Pou-san, dJeum et de Tsiei, et ils ne tardèrent pas à ] devenir nombreux. U y avait cinq ans que Tsou-tsong était roi, lorsque le barbares de Pou-san et d'ieum excitèrent des troubles, et pendant une nui ils détruisirent les murailles de la ville de Pou-san dont ils tuèrent aussi U mandarin Ni Ou-tsa. Battus par les troupes de l'État, ils ne purent continuel à vivre dans ces ports, et se retirèrent dans rintérieur du pays. Cependant peu après, ayant d«^mandé pardon de leur faute, ils obtinrent de venir s'] établir de nouveau. Ce ne fut que pour quelque temps, car, un peu avan l'année im-lsin (1503), ils retournèrent tous à Talnia-to leur patrie. Ei Tannée keï-haï (1599), le roi Sieun-tsio eut des communications avec l& barbares de Taîma-to. Il arriva qu'il les appela aux lieux qu'ils avaien quittés sur les côtes de Corée, leur bûiit des maisons, les traita avec bien veillance, établit à cause d'eux un marché qui avait lieu chaque cinq }oun à partir du troisième jour de chaque mois, et même quand ils avaient une plus grande quantité de marchandises, il permettait de tenir les marchés plus souvent encore. »
iRtnODUCtlÔN. XV
bâti alors en Thonneur du général mandchou qui commandait Texpédition, et le peuple lui rend des honneurs divins. Le traité conclu en 1637, sans aggraver sérieusement les conditions réelles da vasselage de la Corée vis-à-vis de la Chine, rendit cette soumission beaucoup plus humiliante dans la forme. Le roi dut recoDDaltre à Tempereur, non plus seulement le droit d'investitore, mais Tautorité diretle sur sa personne, c'est-à-dire : la relation de mattre à sujet (koun-sin).
L'un des articles de cette convention, signée le 30 de la troisième lune de tieng-tsiouk (1637-38), règle ainsi qu'il suit le payement du tribut annuel :
« Chaque année il sera présenté : Cent onces d'or. — Mille onces d'argent. — Dix mille sacs de riz en grain sans la balle. — Dcnx mille pièces de soie. — Trois cents pièces de mori (espèce de lin). — Dix mille pièces de toile ordinaire. — Quatre cents pièces de toile de chanvre. — Cent pièces de toile de chanvre fin. - Mille rouleaux de vingt feuilles de grand papier. — Mille rouleaux de petit papier. — Deux mille bons couteaux. — Mille cornes de buffle. — Quarante nattes avec dessins. — Deux cents lifres de bois de teinture. — Dix boisseaux de poivre. — Cent peaux de tigres. — Cent peaux de cerfs. — Quatre cents peaux de castors. — Deux cents peaux de rats bleus, etc., etc. — Cet envoi commencera à l'automne de l'année kei-mio (1639). »
Le sac de riz dont il est ici question est la charge d'un bœuf, on peu moins de deux hectolitres. Quelques années après le traité, en 1650, l'ambassadeur coréen, dont la fille, emmenée captive par les Mandchoux, était devenue sixième femme de Fempereur, obtint que le tribut en riz fût diminué de neuf mille sacs. Les autres articles du traité fixent en détail toutes les relations entre les deux pays, et sauf quelques modifications insignifantes sur des points de détail, c'est ce traité qui jusqu'à présent est la loi internationale.
Une ambassade coréenne va chaque année à Péking payer le tribut et recevoir le calendrier. Cette dernière clause est, dans ridée de ces peuples, d'une importance capitale. En Chine, la fixation du calendrier est un droit impérial, exclusivement réservé i la personne du Fils du Ciel. Différents tribunaux d'astronomes et de mathématiciens sont chargés de le préparer, et, chaque année, l'empereur le promulgue par un édit, muni du grand sceau de l'État, défendant sous peine de mort d'en suivre ou d'en publier un autre. Les grands dignitaires de l'empire vont le recevoir solennellement au palais de Péking; les mandarins et
XVI INTRODUCTION
employés subalternes le reçoivent des gouverneurs ou vice-rois Recevoir ce calendrier, c'est se déclarer sujet et tributaire di Tempereur: le refuser, c'est se mettre en insurrection ouverte Jamais les rois de Corée n'ont osé, depuis le traité, se passer di calendrier impérial ; mais pour sauvegarder leur autorité vis-à-vi: de leurs propres sujets, et se donner un certain air d'indépendance, ils affectent d'y faire quelques changements, plaçant les longues lunaisons (celles de trente jours) à des intervalles différents, avançant ou retardant les mois intercalaires, etc., de sorti que les Coréens, pour connaître les dates civiles et Tépoque dei fêtes officielles, sont forcés d'attendre la publication de leui propre calendrier.
De plus, chaque nouveau roi de Corée doit, par une ambassade expresse, demander l'investiture à l'empereur; il doii rendre compte de tout ce qui concerne sa famille, et des principaux événements qui surviennent dans son royaume. La plupart des ambassadeurs chinois étant, dans la hiérarchie impériale, d'un grade supérieur au roi de Corée, celui-ci doit aller hors d( sa capitale pour les recevoir et leur offrir ses humbles salutations, et il doit pour cela prendre une autre porte que celle par oi l'ambassadeur fait son entrée. Celui-ci, pendant son séjour, n( sort point du palais qui lui est destiné, et tout ce qui paraît chaque jour sur sa table, vaisselle, argenterie, etc., devient si propriété, ce qui occasionne au gouvernement coréen d'énormei dépenses. Il paraît aussi que les ambassadeurs coréens n'ont pas le droit de passer par la porte de Pienmen, première ville chinoise sur la frontière, et qu'ils sont obligés de faire un détour. La couleur impériale est interdite au roi de Corée ; il ne peutpai porter une couronne semblable à celle de l'empereur; tous lei actes civils doivent se dater des années de l'empereur; et quant quelque chose de grave arrive à Péking, le roi doit envoyer pai une ambassade extraordinaire, ses félicitations ou ses condoléances, selon les cas. Le traité porte aussi que le gouvememen; coréen n'a pas le droit de battre monnaie, mais cet article n'es plus observé.
On trouve dans Duhalde un exemple curieux des rapporu officiels entre les deux cours : c'est le placet présenté à Tempereuç Kang-hi, en 1694, par un des princes de la dynastie Ni II est conçu en ces termes :
a Le royaume de Tchao-sien présente ce placet, dans la vu( de mettre l'ordre dans sa famille, et pour faire entendre les désin du peuple.
INTRODUCTION. XTII
« Moi, votre sujet, je sois un homme dont la destinée est peu fortunée : j'ai été longtemps sans avoir de successeur ; enfin j'ai eu on enfant mâle d'une concubine. Sa naissance m'a causé une joie incroyable : j'ai pris aussitôt pour reine la mère qui l'avait engendré; mais j'ai fait en cela une faute, qui est la source de plusieurs soupçons. J'obligeai la reine Min-chi, mon épouse, à se retirer dans une maison particulière, et je fis ma seconde femme, Tchang-chi, reine en sa place. J'informai alors en détail Votre Majesté de cette affaire. Maintenant je fais réflexion que Min-chi a reçu les patentes de création de Votre Majesté, qu'elle agOQTemé ma maison, qu'elle m'a aidé aux sacrifices, qu'elle a servi la reine ma bisaïeule et la reine ma mère ; qu'elle a porté le deuil de trois ans avec moi. Suivant les lois de la nature et de l'équité, je devais la traiter avec honneur ; mais je me sois laissé emporter à mon imprudence. Après que la chose fat faite, j'en eus un extrême regret. Maintenant pour me conformer aux désirs des peuples de mon royaume, j'ai dessein de rendre à Min-chi la dignité de reine, et de remettre Tchang-chi aa rang de concubine. Par ce moyen, le gouvernement de la famille sera dans l'ordre, et le fondement des bonnes mœurs et delà conversion de tout un État, sera rectifié.
c Moi, votre sujet, quoique je déshonore par mon ignorance et ma stupidité le titpe que j'ai hérité de mes ancêtres , il y a pourtant vingt ans que je sers Votre Majesté suprême, et je dois tout ce que je suis à ses bienfaits, qui me couvrent et me protègent comme le Ciel. Il n'y a aucune affaire domestique ou publique, de quelque nature qu'elle soit, que j'ose lui cacher. C'est ce qui me donne la hardiesse d'importuner deux et trois fois Votre Majesté sur cette affaire. A la vérité je suis honteux de passer linsi les bornes du devoir ; mais comme c'est une affaire qui louche l'ordre qui doit se garder dans la famille, et qu'il s'agit de faire entendre les désirs du peuple, la raison veut qne je le fasse savoir avec respect à Votre Majesté. » L'empereur répondit à ce placet par l'édit suivant : c Que la cour à qui il appartient, délibère et m'avertisse. » La cour dont il est question est celle des rites. Elle jugea qu'on devait accorder au roi sa demande, ce qui fut ratifié par Tempereur. On envoya des officiers de Sa Majesté pour porter à ia reine de nouvelles lettres de création, des habits magnifiques, et tout ce qu'il fallait pour remplir les formalités accoutumées.
L'année suivante le roi envoya un autre placet à Kang-hi. L'empereur l'ayant lu, porta cet édit :
T. I. — L'ÉGUSE DB CORÉE. b
XVIII IHTROUUCTION.
« J*ai vu le compliment du roi : je le sais. Que la cour à qui il appartient le sache : les termes de ce placet ne sont pas convenables ; on y manque au respect. J'ordonne qu'on examine et qu'on m'avertisse. »
Sur cet ordre, le li-pou ou cour des rites condamna le roi de Corée à une amende de dix mille onces chinoises d'argent, et à être privé pendant trois ans des présents que lui fait l'empereur en échange du tribut annuel (1).
Les pièces que Ton vient de lire, et d'autres analogues que l'on verra dans cette histoire, montrent. que la suzeraineté de la Chine sur la Corée est très-réelle. On comprend que suivant les circonstances, suivant le caractère respectif des souverains de chaque pays, les liens de subordination sont plus ou moins resserrés ou relâchés, mais ils existent toujours.
Au reste, les empereurs chinois, en habiles politiques, ménagent les ressources et les susceptibilités du gouvernement coréen. Ils reçoivent les tributs mentionnés plus haut, mais ils font en échange des présents annuels aux ambassadeurs coréens et aux gens de leur suite ; ils envoient à chaque nouveau roi un manteau royal et des ornements de prix. De même, ils ont le droit de demander à la Corée des subventions en vivres, munitions et soldats, mais ils n'en usent presque jamais, et surtout, quoiqu'ils le puissent à la rigueur d'après la lettre des traités, ils ne se mêlent en rien de l'administration intérieure du royaume. La dynastie des Ouang (mongole) intervint autrefois à diverses reprises, pour faire ou défaire les rois de Corée, et à cause de cela son souvenir est exécré dans le pays. Les Ming, plus sages, traitèrent les Coréens en alliés, plutôt qu'en vassaux; ils envoyèrent une armée au secours du roi de Corée lors de la grande invasion japonaise, et aujourd'hui encore TafTection et la reconnaissance du peuple coréen leur est acquise, à ce point que Ton conserve précieusement divers usages contemporains de cette dynastie, quoiqu'ils aient été abolis en Chine par les empereurs mand* choux. Ces derniers ne sont pas aimés en Corée, et sur les registres des particuliers, on ne date point les événements des années de leur règne. Néanmoins, leur joug n'est pas très-lourd, et la pensée de le secouer ne vient à la tête de personne.
On croit généralement en Corée, qu'un des articles du traité de 1637 prévoit le cas où les Mandchoux, perdant la Chine,
(1) Duhaldo, Description de rem pire de la Chine, i. IIÏ.
INTRODUCnOIf. XIX
seraient forcés de se retirer dans lenr propre pays. La Corée devrait alors, dit-on, leur fournir trois mille bœufs, trois mille chevaux, leur payer une somme énorme en argent, et enfin leur envoyer trois mille jeunes filles de choix. On prétend que, s'il y a toujours en Corée tant de filles esclaves des diverses préfectures, c'est pour que le gouvernement puisse, au besoin, accomplir cette clause du traité. Mais les missionnaires n*ont jamais pu découvrir de document officiel à ce sujet.
Depuis 1636, la Corée n'a eu de guerres ni avec le Japon, ni avec la Chine. Ce peuple a eu le bon sens de ne point renouveler des luttes trop inégales, et afin de ne point tenter l'ambition de ses puissants voisins, il a toujours affecté de se faire aussi petit que possible, et de mettre toujours en avant sa faiblesse et h pauvreté du pays et du peuple. De là, la défense d'exploiter les mines d'or et d'argent, les lois somptuaires fréquemment renouvelées, qui maintiennent dans d'étroites limites le luxe et le bste des grands. De là aussi, l'interdiction à peu près absolue de communiquer avec les étrangers. Par ce moyen la paix s'est conservée, et l'histoire des derniers siècles ne nous offre d'autres événements que des intfigues de palais, qui, une ou deux fois, réassirent à remplacer un roi par quelqu'autre prince de la même âmille, et le plus souvent n'aboutirent qu'à l'exécution capitale des conspirateurs et de leurs complices vrais ou supposés. Du reste, pas un changement, pas une amélioration sérieuse. Ce que oous appelons vie politique, progrès, révolutions, n'existe pas eo Cor^. Le peuple n'est rien, ne se mêle de rien. Les nobles, qui seuls ont en main le pouvoir, ne s'occupent du peuple que pour le pressurer et en tirer le plus d'argent possible. Ils sont eax-mèmes divisés en plusieurs partis qui se poursuivent réciproquement avec une haine acharnée, mais leurs divisions n'ont Dollement pour cause ou pour mot d'ordre des principes différents de politique et d'administration ; ils ne se disputent que les dignités, et l'influence dans les affaires. Depuis bientôt trois siècles l'histoire de Corée n'est que le récit monotone de leurs lottes sanglantes et stériles.
Voici, d'après quelques documents coréens et les traditions tniversellement répandues dans le pays, l'origine de ces différents partis.
Sous le règne du Sieng-tsong (1567 à 1592), une dispute s'éleva entre deux nobles des plus puissants du royaume, à l'occa- ^on d'une grande dignité confiée à l'un d'eux, et à laquelle Tautre prétendait avoir des droits. Les familles, les amis et
XX INTRODUCTION
dépendants des deux compétileurs prirent pari à la querelle ; le roi, par pradence, ménagea les uns et les autres , et ils restèrent divisés sous les noms de Tong-in (orientaux) et Sié-in (occidentaux). Quelques années plus tard, une cause aussi futile amena la formation de deux autres partis, que Ton appela Nam-in (méridionaux) et Pouk-in (septentrionaux). Bientôt les orientaux se joignirent aux méridionaux et ne formèrent qu*un seul parti sous le nom de ces derniers : Nam-in. Les septentrionaux trèsnombreux se divisèrent d'abord entre eux, et formèrent les Taipouk et Sio-pouk, c'est-à-dire grands et petits septentrionaux. Les Tai-pouk s'étant mêlés à des conspirations contre le roi furent presque tous mis à mort, et ce qui restait ne tarda pas à se rénoir auxSio-pouk, de sorte qu'àFavénementde Siouk-tsong, en 1674, il restait trois partis bien marqués , savoir les Sié-in (occidentaux), les Nam-in (méridionaux), et les Sio-pouk (petits septentrionaux).
Pendant le règne de Siouk-tsong, un incident ridicule amena de nouveaux changements. Un jeune noble Sié-in, nommé loun, avait pour précepteur un lettré de grande réputation appelé 0-nam. Le père de loun étant mort, celui-ci prépara une épitapbe, mais le précepteur en proposa une autre. On ne put se mettre d'accord ; chaque rédaction eut ses partisans, et on s'échauffa si bien que le parti Sié-in fut scindé en deux nouveaux partis, celui de loun sous le nom de Sio-ron, celui de 0-nam sous celui de No-ron.
Telle est l'origine des quatre partis qui, de nos jours encore, existent en Corée. Tous les nobles appartiennent nécessairement à l'une de ces factions, dont l'unique souci est de s'emparer des dignités et d'en fermer l'accès à leurs ennemis. De là, des discordes continuelles, des luttes qui le plus souvent se terminent par la mort des principaux chefs du parti vaincu ; non point que l'on ait ordinairement recours aux armes où à l'assassinat, mais ceux qui parviennent à supplanter leurs rivaux forcent le roi à les condamner à mort, ou tout au moins à l'exil perpétuel. Dans les temps de calme, le parti dominant, tout en gardant pour luimême avec une précaution jalouse les positions influentes, laisse partager les charges et emplois ordinaires aux nobles de l'autre parti, afin d'éviter une opposition trop violente; mais on ne se rapproche jamais, et le gouvernement tolère que les membres de factions opposées ne se parlent point, même quand l'accomplissement de leurs fonctions administratives semble l'exiger.
Ces haines sont héréditaires ; le père les transmet à son fils, et
INTRODUGTIOIf. XXl
Ton n'a pas d'exemple qu'une famille ou un individu ait changé de parti, surtout entre les Nam-in et les No-ron, qui ont toujours été les plus nombreux, les plus puissants et les plus acharnés. On n'a jamais non plus entendu parler de mariages entre les familles de camps opposés. Le noble qui par l'intrigue d'un ennemi perd sa dignité ou sa vie, laisse à ses descendants le soin de sa vengeance. Souvent il leur en remet un gage extérieur; par exemple, il donnera à son fils un habit avec ordre de ne point le dépouiller avant de l'avoir vengé. Celui-ci le portera sans cesse et, s'il meurt avant d'avoir réussi, le transmettra à son tour à ses enfants avec la même condition. Il n'est pas rare de voir des nobles vêtus de ces haillons qui, depuis deux ou trois générations, lear rappellent nuit et jour qu'une dette de sang leur reste à payer poar apaiser les âmes de leurs ancêtres.
En Corée, ne pas venger son père, c'est le renier; c'est prouver qu'on est illégitime et qu'on n'a aucun droit de porter son nom; c'est violer dans son point fondamental la religion du pays qui ne consiste guère que dans le culte des ancêtres. Si le père a été mis à mort légalement, il faut que son ennemi ou le fils de son ennemi ait le même sort ; si le père a été exilé, il iaat que son ennemi soit exilé; s'il a été assassiné, il faut que son ennemi soit assassiné, et, en pareil cas, l'impunité à peu près complète est assurée au coupable, car il a pour lui le sentiment religieux et national du pays.
Le moyen le plus ordinairement employé par les factions rivales, c'est de s'accuser de conjuration contre la vie du roi. On multiplie les pétitions, les faux témoignages ; on corrompt les ministres à force d'argent. Si, comme il arrive souvent, les premiers pétitionnaires sont incarcérés, battus, condamnés à d'énormes amendes ou exilés, on se cotise pour payer les frais, et Ton fait de nouvelles tentatives qui, grâce à la vénalité des hauts fonctionnaires et à la faiblesse du roi, finissent par réussir. Alors ceux du parti vainqueur font curée des places et des dignités ; ils usent et abusent du pouvoir pour s'enrichir eux-mêmes, ruiner et persécuter leurs ennemis, jusqu'à ce que ceux-ci trouvent l'occasion favorable de les supplanter à leur tour.
Les différents partis mentionnés plus haut se sont encore subdivisés en deux couleurs ou plutôt deux nuances. Voici à quelle occasion :
Le roi qui occupait le trône de Corée en 1720, n'avait pas de fils pour lui succéder. La division se mit parmi les grands du royaume; les uns voulaient faire proclamer immédiatement long-
XXII IRTRODUCTION.
tsoDg, frère du roi, prince habile et cruel ; les autres préféraient attendre , espérant toujours que le roi ne mourrait pas sans postérité. On nomma les premiers Piek ou Piek-pai, les seconds Si ou Si-pai. Les Piek envoyèrent secrètement à Péking pour obtenir l'investiture en faveur de leng-tsong ; mais les Si, avertis à temps , poursuivirent les émissaires qui furent rejoints sur le territoire coréen et décapités. Cependant le vieux roi mourut sans laisser d'enfant, et leng-tsong monta sur le trône en 1724. La voix publique Taccusait, non sans raison, de s*ètre frayé un chemin au pouvoir par un double crime, d'avoir empêché par diverses médecines que son frère n'eut des descendants, puis de Tavoir empoisonné. Exaspéré par ces rumeurs et appuyé par les Piek, le nouveau roi, à peine couronné, fit périr un grand nombre de Si, qu'il savait être ses ennemis. Quelques années après, son fils aine étant mort en bas âge, il déclara son second fils nommé Sa-to héritier du trône, et l'associa au gouvernement. Ce jeune prince, que tous s'accordent à représenter comme un homme accompli, engageait souvent son père à oublier ses rancunes passées contre les Si, à proclamer une amnistie générale, et à tenter franchement une politique de réconciliation. leng-tsong, irrité de ces reproches et poussé par les Piek, résolut de mettre son fils à mort. On fabriqua un grand cofTre en bois, où Sa-to reçut l'ordre de se coucher tout vivant, puis on ferma ce cercueil, on le scella du sceau royal, on le couvrit d'herbes, et après quelques heures le jeune prince mourut étouffé.
Sa mort augmenta l'exaspération entre les Si, ses partisans, et les Piek qui l'avaient fait condamner au supplice, et la querelle dure encore. Les Si voudraient que Sa-to, ayant été proclamé prince héritier et associé h l'administration des affaires de l'État, soit mis au nombre des rois. Les Piek s'y sont toujours opposés, et jusqu'à présent, ils ont réussi à empêcher cette réhabilitation posthume. La distinction entre Si et Piek ne se retrouve guère que parmi les deux partis les plus considérables, les Nam-in et les No-ron. Chacun s'associe à telle ou telle couleur suivant son inclination personnelle, et souvent il arrive que le père est Piek tandis que le fils est Si, ou que deux frères sont de couleur différente. Ces nuances politiques n'empêchent nullement les mariages entre les familles, et c'est en ceci surtout que les Si et les Piek diffèrent des partis politiques proprement dits, que nous avons indiqués plus haut. En général, les personnes remuantes et ambitieuses se mettent du parti des Piek, tandis que les Si se sont toujours montrés plus modérés et plus portés à la conciliation.
INTRODUCTION. XXIII
1 la religion chrétienne fut introduite en Corée à la fin ^ dernier, la plupart des nobles qui se convertirent étaient des Si, et appartenaient au parti Nam-in ; il n'en s davantage pour ameuter contre elle les Piek et les el nous verrons dans cette histoire, que ces haines poli* irent pour beaucoup dans les premières persécutions. Le im-in, extrêmement puissant jusqu'en 1801, ne put souchoc ; il fut totalement renversé, la plupart de ses chefs , et aujourd'hui les No-ron, en pleine possession du pouint plus à redouter de compétiteurs sérieux. Les Sio-ron, mbreux mais souple et complaisant, obtiennent un assez ombre de dignités. On en accorde quelques-unes, mais erve, aux Nam-in et aux Sio-pouk. Ces derniers, du reste, petit nombre et n'ont point d'influence dans le pays, comment une caricature coréenne représente cet état de Le No-ron richement vêtu est assis à une table somptueuservie, et savoure à son aise les meilleurs morceaux. Le assis à côté, mais un peu en arrière, fait gracieusement le serviteur, et pour prix de son obséquiosité reçoit une [es mets. Le Sio-pouk, sachant que le festin n'est pas , est assis beaucoup plus loin d'un air grave et calme; il elques restes quand les autres seront rassasiés. Enfin le , couvert de haillons, se tient debout derrière le No-ron l'est pas aperçu ; il se dépite, grince des dents, et montre ;, comme un homme qui se promet une vengeance éclalette caricature, publiée il y a vingt ou trente ans, donne ie très-exacte de la position respective des partis à e actuelle.
Rois. — Princes du sang. — Eunuques du palais. — Funérailles royales.
En Corée, comme chez tous les autres peuples de TOrient, la forme de gouvernement est la monarchie absolue. Le roi a plein pouvoir d*user et d'abuser de tout ce qu'il y a dans son royaume; il jouit d'une autorité sans limites sur les hommes, les choses et les institutions ; il a droit de vie et de mort sur tous ses sujets sans exception, fussent-ils ministres ou princes du sang royal. Sa personne est sacrée, on Tentoure de tous les respects imaginables, on lui offre avec une pompe religieuse les prémices de toutes les récoltes, on lui rend des honneurs presque divins. Bien qu'il reçoive de l'empereur de Chine un nom propre en même temps que Tinvestiture, par respect pour sa haute dignité il est défendu sous des peines sévères de prononcer jamais ce nom, qui n'est employé que dans les rapports officiels avec la cour de Péking. Ce n'est qu'après sa mort que son successeur lui donne un nom, sous lequel l'histoire devra ensuite le désigner.
En présence du roi, nul ne peut porter le voile dont la plupart des nobles et tous les gens en deuil se couvrent habituellement le visage ; nul ne peut porter lunettes. Jamais on ne doit le toucher, jamais surtout le fer ne doit approcher de son corps. Quand le roi Tieng-tsong-tai-oang mourut, en iSOO, d'une tumeur dans le dos, il ne vint à l'idée de personne d'employer la lancette qui probablement l'eût guéri, et il dut trépasser selon les règles de l'étiquette. On cite le cas d'un autre roi qui souffrait horriblement d'un abcès à la lèvre. Le médecin eut l'heureuse idée d'appeler un bonze pour faire devant Sa Majesté tous les jeux, tous les tours, toutes les grimaces possibles ; le royal patient se mit à rire à gorge déployée, et Tabcès creva. Jadis, assure-t-on, un prince plus sensé que les autres força le médecin k pratiquer sur son bras une légère incision ; mais il eut ensuite toutes les peines du monde à sauver la vie de ce pauvre malheureux, devenu ainsi coupable du crime de lèse-majesté. Nul Coréen ne peut se présenter devant le roi sans être revêtu de l'habit d'étiquette, et sans des prostrations interminables. Tout homme à cheval est
IIITRODUCnOIf. XXV
teoa de mettre pied à terre en passant devant le palais. Le roi De peut se familiariser avec aucun de ses sujets. S'il touche quelqu'un, Tendroit devient sacré, et on doit porter, toute la vie, an sigue ostensible, généralement un cordon de soie rouge, en souvenir de cette insigne faveur. Naturellement, la plupart de ees prohibitions et de ces formalités n'atteignent que les hommes; les femmes peuvent entrer partout au palais, sans que cela tire à conséquence.
L'effigie du roi n'est pas frappée sur les monnaies; on y met seulement quelques caractères chinois. On croirait faire injure au roi en plaçant ainsi sa face sacrée sur des objets qui passent dans les mains les plus vulgaires, et souvent roulent à terre, dans ta poussière ou la boue. Il n'y a de portrait du roi que celui qu'on lait après sa mort, et qui est gardé au palais même, avec le plus grand respect, dans un appartement spécial. Quand les navires français vinrent pour la première fois en Corée, le mandarin qui fut envoyé à bord pour se mettre en rapport avec eux, fut horriblement scandalisé de voir avec quelle légèreté ces barbares d'occident traitaient la face de leur souverain, reproduite sur les pièces de monnaie, avec quelle insouciance ils la mettaient entre les mains du premier venu, sans s'inquiéter le moins du monde si on lui montrerait ou non le respect voulu. Le commandant offrit à ce mandarin un portrait de Louis-Philippe, mais il refusa de le recevoir. Peut-être craignait-il d'être puni par son gouvernement pour avoir accepté quelque chose des barbares. Mais il est plus probable qu'il crut voir un piège dans cet acte de politesse. Il se fût trouvé très-embarrassé pour emporter ce tableau avec la pompe convenable, et d'un autre côté, ne pas témoigner an portrait du souverain la déférence requise, eût été, dans son esprit, une insulte grave aux étrangers et une provocation à la guerre.
D'après les livres sacrés de la Chine, le roi s'occupe uniquement du bien général. Il veille à la stricte observation des lois, rend justice à tous ses sujets, protège le peuple contre les exactions des grands fonctionnaires, etc., etc. De tels rois sont rares en Corée. Le plus souvent on a sur le trône des fainéants, des êtres corrompus, pourris de débauche, vieillis avant l'âge, abrutis et incapables. Et comment en serait-il autrement pour de malheureux princes appelés au trône dès leur jeunesse ,dont on adore tous les caprices, à qui personne n'ose donner un avis, qu'une étiquette ridicule enferme dans leur palais, au milieu d'un sérail, dès l'âge de douze ou quinze ans ! D'ailleurs, en
Corée, coane eo d'aotres paysdans des circoBStaoces anhgves, il se rencontre presque toojonrs des ministres ambitieox qui spé* cillent sur les passions dn maître, a cherchent à l'énerver par Fabus des plaisirs, afin qoil ne paisse se mêler des affaires do gooTemement, et les laisse régner eux-mêmes sons son nom.
Il est donc rare qae le roi soit capable d'administrer par loimême et de sonreiller les ministres et les grands digniiaires. Qoand il le fait, le people y gagne, car alors les mandarins sont obligés d'être sur leurs gardes et de remplir leur devoir avec plus d'attention. Des émissaires secrets rapportent au roi les cas d'oppression, de concussion, de déni de justice, et les coupables sont punis, au moment ou ils s'y attendent le moins, par la disgrâce ou par l'exil. Aussi la masse du peuple, généralement attachée au roi, ne l'accuse pas des actes de tyrannie et d'oppression dont elle a à souffrir. Toute la responsabilité en retombe sur les mandarins. Jadis il y avait au palais une boite appelée sin* moun-ko, établie par le troisième roi de la dynastie actuelle, vers le commencement du xv^ siècle, pour recevoir toutes les pétitions adressées directement au roi. Cette botte existe encore, mais elle est devenue à peu près inutile, car on ne peut y arriver qu'en payant des sommes énormes. Aujourd'hui, ceux qui veulent faire au roi une demande ou réclamation s'installent aux portes du palais et attendent que Sa Majesté sorte. Alors ils frappent du tam-tam, et à ce signe un valet vient recevoir leur pétition, laquelle est remise à un des dignitaires de la suite du roi ; mais cette pièce est presque toujours oubliée si le pétitionnaire n'a pas le moyen de dépenser Targent voulu pour s'assurer les protections nécessaires. Un autre moyen, employé quelquefois, est d'allumer un grand feu sur une montagne qui se trouve près de la capitale, vis-à-vis du palais. Le roi voit ce feu et s'informe de ce qu'on demande.
Outre les largesses d'usage dans les grandes circonstances, le roi, d'après la coutume du pays, est chargé de pourvoir à l'entretien des pauvres. Le recensement de 1845 comptait quatre cent cinquante vieillards ayant droit à recevoir l'aumône royale. On donne aux octogénaires chaque année : cinq mesures de riz, deux de sel et trois de poisson ; aux septuagénaires : quatre mesures de riz, deux de sel et deux de poisson. La mesure de riz dont il est ici question suffit à la nourriture d'un homme pendant dix jours.
L'aristocratie étant très-puissante en Corée, il semble au premier abord que les princes du sang, les frères, oncles ou neveux
lIITRODUCTIOIf. UVII
des rois, doivent jouir d'on grand pouvoir. G*est tout Topposé. Le despotisme est, par essence, soupçonneux et jaloux de toute iofloeoce étrangère, et jamais les princes ne sont appelés à remplir aucune fonction importante, ni à se mêler des affaires. S'ils De se tiennent pas rigoureusement à j'écart, ils s'exposent à être accusés, sous le plus frivole prétexte, de tentative de rébellion, et ces accusations trouvent facilement crédit. Il arrive très-fréqaemment que ces princes sont condamnés à mort par suite d*iotrigues de cour, même quand ils vivent dans la retraite et le silence. Dans les soixante dernières années, quoique la famille royale compte très-peu de membres, trois princes ont été ainsi exécutés.
Au reste, la puissance royale, quoique toujours suprême en théorie, est maintenant, en fait, bien diminuée. Les grandes bfflilles aristocratiques, profitant de plusieurs régences successives et du passage sur le trône de deux ou trois souverains insignifiants, ont absorbé presque toute l'autorité. Les Coréens comineBcent à répéter que le roi ne voit rien, ne sait rien, ne peut rieo. Ils représentent l'état actuel des choses sous les traits d'un knme dont la tête et les jambes sont complètement desséchées, laodisquela poitrine et le ventre, gonflés outre mesure, menacent decrever au premier moment. La tête, c'est le roi ; les jambes et les pieds représentent le peuple; la poitrine et le ventre signifient les grands fonctionnaires et la noblesse qui, en haut, ruinent le roi et le réduisent à rien, en bas, sucent le sang du peuple. Les missionnaires ont eu en main cette caricature, et ils disent que les éléments de rébellion vont chaque jour se multipliant, que le peuple, de plus en plus pressuré, prêtera facilement Toreille aux jvemiers révoltés qui l'appelleront au pillage, et que la moindre étÎDcelle allumera infailliblement un incendie dont il est impossible de calculer les suites.
Ce que Ton appelle en Corée palais royaux sont de misérables iDaisons qu'un rentier parisien un peu à son aise ne voudrait pas liabiter. Ces palais sont remplis de femmes et d*eunuques. Outre les reines et les concubines royales, il y a un grand nombre de servantes que Ton appelle filles du palais. On les ramasse de force dans tout le pays, et une fois accaparées pour le service de la cour, elles doivent, sauf le cas de maladie grave ou inguérissable, y demeurer toute leur vie. Elles ne peuvent pas se marier, à moins que le roi ne les prenne pour concubines; elles sont condamnées à une continence perpétuelle, et si l'on prouve fuselles y ont manqué, leur faute est punie par Texil, quelque-
mni cmuftKcno!!.
lois mime fxt b non. Os smils soot, oo le pease biei, k théâtre de désordres et de mines isoais, et c est n £ût pobUc que œ> maliieareaies servent aux {ossiaos des princes, et fie ksr deaenre est an repaire de toaies ies iofamies.
Les ensaqaes do pilais forment an corps à part; ils siInssent des examens spédanx, et d après lenr sricsoe on lenr ndre»e« aTaoceot pins oo moios dans les di^ités qni lenr 50nt pn^wes. On prétend qnlis sont géoéralemeat d'an esprit étroit, d^nn caractère vioknt et irasdUe. Fiers de lenrs rapports Sudtiers et quotidiens avec le souverain, iL^ s'attaquent à tons les dij:nitaires avec une indolence sans ê|:ale, et ne craignent pas d'injcrier même le premier m:ci>tre, ce que nul antre ne ferait impunément. lis n*ODt ^ère de relatioss qu'entre emx, car tous, nobles et $en> du peuple, les erai^er.t autant qu'ik les méprisent. Gi«><e étrange ! tous ces euaaqies 5»>nt mariés, et bêiucoup d'entre eu ont plusieurs femmes. Ce S'^nt de pauvres filles du peuple qu'ils enlevée i par ruse O'i p^ir violence, on qulk achètent à un axsez haut prii. Elles s>>Qt enfermées plos strictement eooDre qae les femmes uoNes. et prdees are^ une telle jalousie, que souvent leur maison est iQter«!iîe àw\ personnes de leur sexe, même à leors parentes. Yayan: pi>îat d'enbnts, ces eunuques t'ont chercher dacs i«>8i le pays, ^sir leurs émissaires, les eiifants et les jeunes ^ens enouques : iis les adoptent, les instmiscst. et les mrfUent sar tes raa^s c<'^r les principanx emplois de Tiatérieur du pliais. Mais où iroave-î-on ces eunuques? Tn cenaitt combre le s*>it de caissta.v : •;.- fcsi estime moins que les autres, et q3elqaeî»?ts. ipKrs evimei. ils s^nt r^jetés. D 00 autre ^'-lé. il ne pirii: pas {le Tusi^ ixirtiore de la mutilation. »ie m lia «rhooish?. -exisre 'iiQs ee fvi>> : les mî>>iosnaires n'en ont jamais eateaia ciier ug seal e-is. Maisilarrive.de temps en temps, qie !^ pc:i:s eariars s.:*::; es;r: -.nés par le> chiens. En 0>r»re. c»mme ii'is jueîî les iiin?s coarrees de fOrlenl, les chiets sont seals charjr'rs d=r^ nmqs cèceNsiires de propreté aopr»:s lies e^îiiais à la mamelle, c'esl-i-cire justp à rà|:e de trois O'i •^ai:re ans. e: les avv:îdeQ;s du p«re dont nous parlons ne s*>ct pas rar s. Ces enfasN d-?^eaas ^raa^Is irociveat. dans kur isirm.ié. aa-? ressijaro? et ai Da-r-yec de %tvre, Oielqnefois métne. slU arriveat i uae potsîùoi 'la peu eievee. îb ^ieaaent en aide à leurs ramilles-
Oatre les f-alafs hal-tirS par le r:?. il v ea i d'aatres destinés .:\.:lasivemea; i^\ :ii>l*:îes de ses aiv-écres. On y raie e\jicte- Œent le même serri^'e que dans les premiers: chaqne jo«r on
IRTBODUCTlOIf. XXIX
silaeces morts comme sMls étaienl vivants, on offre de la nourritare devant les tablettes dans lesquelles leurs âmes sont supposées résider, et il y a pour leur service des eunuques et des filles du palais en grand nombre, le tout organisé sur le même pied, et diaprés les mêmes règles que dans les palais ordinaires.
En Corée, où la religion ne consiste guère que dans le culte des ancêtres, tout ce qui concerne les funérailles des rois est f Qoe importance extraordinaire, et la cérémonie de leur enterrement est la plus grandiose qu'il y ait dans le pays. Le roi étant considéré comme le père du peuple, tout le monde sans exception doit porter son deuil pendant vingt- sept mois. Ce temps se partage en deux périodes bien distinctes. La première, depuis le moment de la mort jusqu'à celui de Tenterrement, dure cinq mois. C'est l'époque du deuil strict. Alors, tous les sacrifices des particuliers doivent cesser dans toute retendue di^ royaume^ les cérémonies des mariages sont interdites, aucun enterrement ne peut avoir lieu, il est défendu de tuer des animaux et de manger de la viande, défendu aussi de fustiger les criminels oadeles mettre à mort. Ces règles sont, en général, scrupuleusement observées ; cependant il y a quelques exceptions. Ainsi, les indigents de la dernière classe du peuple ne pouvant conserver leurs morts dans les maisons pendant un temps aussi considérable, on tolère qu'ils fassent leurs enterrements sans bruit et en sedret ; mais Tusage est sacré pour tous les autres. De même, à la mort du dernier roi, à cause des chaleurs intolérables de Tété et de la nécessité de vaquer aux travaux des champs, son successeur donna une dispense générale de Tabstinence.
Outre ces dispositions spéciales à la première période de deuil, il y en a d'autres qui s'appliquent à la fois et aux cinq mois qui précèdent Tenterrement et aux vingt-deux qui le suivent. Un ordre du gouvernement désigne quels habits on doit porter. Toute couleur voyante, toute étoffe précieuse, est sévèrement interdite. Chapeau blanc, ceinture, guêtres, habits, chemises, etc., en toile de chanvre écrue, tel est, sous peine d'amende et de prison, le costume de tous, jusqu'à ce qu'une nouvelle ordonnance ministérielle permette de reprendre les vêtements ordinaires. Les femmes cependant ne sont pas soumises à ces règlements, parce qu'elles ne comptent absolument pour rien aux yeux de la loi civile et religieuse; d'ailleurs la plupart restent presque toujours enfermées dans l'intérieur des maisons. Pendant tout le temps du deuil, les réjouissances publiques, les
XXX llfTRODUCTIOlf.
fêtes, les représentations scéniques, les chants, la mosiqoe, ea un root toute manifestation extérieure de gaieté est absoloment défendue. Il y a même, à ce qu*on dit, une ou deux provinces où la loi de Tabstinence s'observe pendant les vingt-sept mois consécutifs.
Nous avons dit qu'aucun homme n'a le droit de toucher le roi; cette défense subsiste même après sa mort. Quand il a rendu le dernier soupir, on prépare le corps, on l'embaume, on le revêt des habits royaux, par des procédés particuliers, sans qoe la main de personne ait le moindre contact direct avec lui. Pois on le dépose dans une espèce de chapelle ardente, et tous les jours, matin et soir, on lui ofTre des sacrifices avec accompagnement des lamentations convenables en pareil cas. Fréquemment, à certains jours marqués, toute la cour et les grands dignitaires du voisinage doivent assister à ces sacrifices. Le roi seul en est dispensé, parce qu'on le suppose occupé des affaires de l'Etat. Il ne préside aux cérémonies que pendant les premiers jours qui suivent la mort, puis il délègue un prince de la famille royale pour tenir sa place. Aux heures des sacrifices, le peuple de la capitale ainsi que les nobles qui, n'étant point en fonctions, n'ont pas le droit de pénétrer auprès du cadavre, se rendent en foale autour du palais et poussent des hurlements, des gémissements affreux pendant le temps fixé ; puis, chacun fait la génuflexion à l'âme du défunt et se retire. Dans les provinces, les principaux habitants de chaque district se réunissent, aux jours marqués, chez le mandarin et, tournés du côté de la capitale, ils plearent et se lamentent tous ensemble officiellement pendant quelques heures, et se séparent après avoir fait la génuflexion à l'âme. Tout le monde ne pouvant se rendre chez le mandarin, les gens de chaque village se réunissent ensemble, et, sur une montagne ou sur le bord d'un chemin, observent de la même manière les mêmes cérémonies.
Cependant, on fait tous les préparatifs nécessaires pour l'enterrement. Les géoscopes les plus renommés sont mis en réquisition pour indiquer un lieu favorable de sépalture. Ils examinent si la nature de tel terrain, la pente dételle colline, la direction de telle forêt ou de telle montagne, doit porter bonheur et faire rencontrer la veine du dragon. En effet, selon les Coréens, il y a, au centre de la terre, un grand dragon qui dispose de tous les biens et de tous les honneurs du monde, en faveur des familles qui ont placé les tombeaux de leurs ancêtres dans une position à sa guise. Trouver cette position, c'est trouver la veine du
INTRODUCTION. XXXI
éragon. Poar la découvrir, les géoscopes se servent d'une boussole entourée de plusieurs cercles concentriques, où sont gravés les noms des quatre points cardinaux, et des cinq éléments reconnus par les Chinois : air, feu, eau, bois et terre. Chacun de ces devins fait ensuite son rapport, et après des délibérations sans fin, sur un point aussi grave, le roi et ses ministres prennent une décision. On organise toute une armée pour former le cortège qui portera le corps du défunt. Pour cela, chaque famille noble de la capitale fournit un ou plusieurs esclaves et les habille selon Tuniforme voulu. Dans le principe, cet usage Hrès-onéreux D*était qu'une marque de respect volontairement offerte; aujourd'hui, c'est une obligation à laquelle nul ne peut se soustraire. Certaines corporations de marchands fournissent aussi un nombre d*hommes déterminé, et on recrute ce qui manque parmi les ?ale(s des divers établissements publics. Tous ceux qui doivent porter le corps étant ainsi réunis, on les divise en compagnies ayant chacune leur numéro et leur bannière, et on les fait exercer, pendant le temps voulu, pour que la cérémonie s'exécute dans le plus grand ordre.
Le jour de l'enterrement étant enfin arrivé, on place le corps du défont dans son cercueil sur un énorme brancard magnifiquement orné, et chaque compagnie se relève pour le porter en pompe, jusque sur la montagne choisie pour lieu de sépulture. Toutes les troupes sont convoquées, tous les grands dignitaires en costame de deuil accompagnent le roi qui, presque toujours, préside en personne à la cérémonie. On enterre le corps suivant les rites prescrits, et on offre les sacrifices d'usage, au milieu des cris, des pleurs, des hurlements d'une foule innombrable.
Quelques mois plus tard, un monument s'élève sur la tombe, et tout auprès, on bâtit un hôtel pour loger les mandarins chargés de garder la sépulture, et d'offrir, à certaines époques, les sacrifiées moins solennels. Tout le pays environnant, quelquefois jusqu'à trois ou quatre lieues de distance, dépend désormais da tombeau royal, et toute autre inhumation y est interdite. On fait même exhumer les corps qui ont été auparavant enterrés dans cet espace, ou, si personne ne se présente pour les réclamer, on rase le petit tertre qui est sur les tombes afin d'en faire disparaître la trace et le souvenir.
Chaque roi étant enterré à part, les sépultures royales sont assez nombreuses dans le pays. Les nobles préposés à leur garde sont ordinairement de jeunes licenciés qui se destinent aux fonctions publiques. C'est pour eux le premier pas dans la car-
XXXII INTRODUCTION
riëre, et après quelques mois, ils obtieDoent de ravancemenl e passent à d'autres emplois. Ils sont ordinairement deux ou troi ensemble, avec un établissement de serviteurs et d'employé subalternes, analogue à celui des mandarins. Outre le soin dWri les sacrifices, ils sont chargés de faire la police sur tout le terri toire qui dépend du tombeau, car ce territoire est soustrait à I: juridiction des mandarins ordinaires des districts. Les gardien des tombes royales relèvent directement du conseil des ministres
GoavernemenU — Organisation civile et militaire*
Le roi de Corée a trois premiers ministres qui prennent les titres respectifs de : seug-ei-tsieng, admirable conseiller ; tsoaei-tsieng, conseiller de gauche, — en Corée, la gauche a toujours le pas sur la droite — , et ou-ei-tsieng, conseiller de droite.
Viennent ensuite six autres ministres que Ton nomme pan-tso 0(1 juges, et qui sont à la tête des six ministères ou tribunaux sopérieurs. Chaque pan-tso est assisté d'un tsam-pan ou substitut et d'un tsam-ei ou conseiller. Les pan-tso sont ministres de second ordre, les tsam-pan de troisième, et les tsam-ei de quatrième. Ces vingt et un dignitaires portent le nom générique de tai-sin ou grands ministres, et forment le conseil du roi. Nais en réalité, toute l'autorité est dans les mains du conseil SQpréme des trois ministres de premier ordre, les dix-huit autres oe font jamais qu'approuver et confirmer leurs décisions. Les ministres de second ordre ou leurs assistants doivent présenter chaque jour un rapport circonstancié pour tenir le roi au couraut des affaires de leur département. Us s'occupent des détails de l'administration et règlent par eux-mêmes les choses de peu d'importance, mais, pour toutes les causes majeures, ils sont obligés d'en référer au conseil suprême des trois.
La dignité de premier ministre est à vie, mais ceux qui en sont revêtus n'en exercent pas toujours les fonctions. Sur sept ou huit ;raDds personnages arrivés à ce haut grade, trois seulement sont ensemble en exercice ; ils sont changés et se relèvent assez fréquemment.
Voici les noms, l'ordre, et les attributions de chacun des six ministères, tels qu'on les trouve dans le code révisé et publié en 1785 par le roi Tsieng-tsong :
i"^ Ni-tso, ministère ou tribunal des offices et emplois publics. Ce ministère est chargé de faire choix des hommes les plus capables parmi les lettrés qui ont passé leurs examens, de nommer aux emplois, de délivrer des lettres patentes aux mandarins et autres dignitaires, de surveiller leur conduite, de leur donner de l'avancement, de les destituer ou de les changer au besoin.
T. I. — l'église de cobèe, c
XXXIV INTRODUCTION
Il examine et met en ordre les notes semestrielles que chaque gouverneur de province envoie sur tous ses subordonnés, et daigne au roi les employés qui méritent quelque récompense spéciale. Les promotions et changements de mandarins peuvent se faire en tout temps, mais elles ont lieu plus habituellement à deux époques de Tannée, à la sixième et à la douzième lune. Les nominations aux charges importantes et aux grandes dignités, telles que celle de gouverneur d*une province, ne rélèvent pas de ce tribunal, mais sont faites par le roi en conseil des ministres.
2^ Ho-tso, ministère ou tribunal des Knances.
Ce ministère doit faire le dénombrement du peuple, répartir les impôts ou contributions entre les provinces et districts, veiller aux dépenses et aux recettes, faire tenir en ordre les registres de chaque province, empêcher les exactions, prendre tes mesures nécessaires pour les approvisionnements dans les années de disette, etc. .. Il est aussi chargé de la fonte des monnaies ; mais ce dernier point est passé sous silence dans le code de Tsieng-tsong, parce que les traités avec la Chine ne reconnaissent pas au gouvernement coréen le droit de battre monnaie.
3^ Niei-tso, ministère ou tribunal des rites.
Ce ministère, institué pour la conservation des us et coutumes du royaume, doit veiller à ce que les sacrifices, les rites et cérémonies se fassent selon les règles, sans innovation ni changement. De lui relèvent les examens des lettrés, l'instruction publique, les lois de Téliqueite dans les réceptions, festins et autrc's circonstances officielles.
4° Pieng-tso, ministère ou tribunal de la guerre.
Ce ministère choisit les mandarins militaires, les gardes et les guides du roi. 11 est chargé de tout ce qui concerne les troupes, le recrutement, les armes et munitions, la garde des portes de la capitale, et les sentinelles des palais royaux. De lui relève le service des postes dans tout le royaume.
5" Hieng-lso, ministère ou tribunal des crimes.
Il est chargé de tout ce qui a rapport à Tobservation des lois criminelles, à Torganisation et à la surveillance des tribunaux, etc. ;
6^ Kong-tso, ministère ou tribunal des travaux publics.
Ce ministère est chargé de Tentretien des palais ou édifices publics, des routes, des fabriques diverses, soit publiques, soit particulières, du commerce, et de toutes les affaires du roi, telles que son mariage, son couronnement, etc..
Outre les vingt et un ministres désignés plus haut, on compte encore parmi les grands dignitaires de la cour les sug-tsi et les
INTRODUCnOIf. XXXV
po4sieng. Les sag-tsi sont les chambellans qui, outre les fonctions ordinaires attachées à ce titre, sont chargés d'écrire jour par jour tout ce que le roi dit ou fait. Il y en a trois, le to-sug-tsi ou chambellan en chef, et deux assistants qui prennent le nom de poa-sug-tsi. Les po-tsieng sont les commandants des satellites, filets des tribunaux et exécuteurs. Il y en a également trois. Le po-tsieng en chef et deux lieutenants nommés tsoa-po-tsieng et ou-po-tsieng, c'est-à-dire de gauche et de droite. Ce sont ces lieutenants qui prennent le commandement des satellites, quand il s'agit d'opérer une arrestation importante.
La capitale ou la cour réside toujours se nomme Han-iang. Ce nom toutefois n'est guère en usage, et on l'appelle communément Séoul, qui veut dire : la grande ville, la capitale. C'est une ville considérable située au milieu de montagnes près du fleuve Hangkang, enfermée de hautes et épaisses murailles, très peuplée, mais mal bâtie. A l'exception de quelques rues assez larges, le reste ne se compose que de ruelles tortueuses, où l'air ne circule pas, où le pied ne foule que des immondices. Les maisons, généralement couvertes en tuiles, sont basses et étroites. La capitale est divisée en cinq arrondissements, lesquels sont subdivisés en qoarante-neuf quartiers. Le mur d'enceinte fut construit par Tai-tso, fondateur de la dynastie actuelle. Siei-tsong, quatrième roi de cette dynastie, y ajouta de nouvelles fortifications. Le mur a 9,975 pas de circuit, et une hauteur moyenne de 40 pieds coréens, environ 10 mètres. 11 y a huit portes dont quatre grandes et quatre petites. Les grandes portes sont assez belles, et surmontées de pavillons dans le genre chinois. Cette ville est quelquefois désignée dans les anciens documents, sous le nom de Kin-ki-tao, c'est une inexactitude ; to ou tao signifie province, Kin-ki-tao ou Kieng-kei-to veut dire, non pas la capitale, mais la province de la capitale.
Depuis l'avènement de Tai-tso en 1392, la Corée est divisée en huit provinces dont les noms suivent :
. i Ham-kieng-to, capitale Hara-heng.
Au nord. } „. ,^ ^ n •
( Pieng-an-to, — Pieng-iang.
■ Hoang-haï-to, — Haï-tsiou.
A l'ouest. < Kieng-keï-to, — Han-iang.
( Tsiong-tsieng-to, — Kong-tsiou.
A Test. Kang-ouen-to, — Ouen-tsiou.
L Kieng-sang-to, — Taï-kou.
Au sud. l Tsien-la-to, — Tsien-tsiou.
XXXVl INTRODUCTION.
Les deux provinces du Nord sont couvertes de forêts et très^ habitées. Ce sont les provinces du Sud et de TOuest qui sont les plus riches et les plus fertiles.
À la tête de chaque province se trouve un gouverneur qui relève directement du conseil des ministres, et possède des pouvoirs très-étendus. Un vieux dicton coréen classe ainsi qu'il soit les places de gouverneurs : La plus élevée en dignité est cdlede Ham-kieng-to; la plus recherchée pour le luxe et les plaisirs, celle de Pieng-an-to; la plus lucrative celle de Kieng-sang-to; et la dernière sous tous les rapports, celle de Kang-ouen-to.
Les huit provinces sont subdivisées en trois cent trente-deoi districts, et chaque district, suivant son importance respective, est administré par un mandarin d'un rang plus ou moins élevé. On prétend que les districts furent d'abord au nombre de trois cent cinquante-quatre, pour répondre au nombre des jours de Tannée lunaire, parce que chaque district est censé fournir aa roi son entretien pour un jour. Quoi qu'il en soit, le nombre actuel est trois cent trente-deux.
Voici Tordre hiérarchique des dignités entre les divers mâB* darins des provinces, en commençant par les plus élevées: kam-sa ou gouverneur, pou-ioun, sé-ioun, tai-pou-sa, mok-sa, pou-sa, koun-siou, hien-lieng, hien-kam. Le gouverneur réside dans la métropole de la province, mais il y a sous lui pour adroinistrer cette ville un mandarin qui est son lieutenant ou substitut, et se nomme pan-koan.
Ici vient se placer naturellement une remarque importante: c'est qu'il ne faut pas confondre les dignités avec les emploisou charges publiques. Un emploi suppose toujours une dignité, mais non réciproquement. Les dignités sont à vie, les emplois sont i temps, quelquefois même seulement pour quelques semaines ou quelques jours. Il y a une douzaine de dignités différentes, ayant chacune des titulaires plus ou moins nombreux, mais ils ne sont en activité de service que par intervalles.
Le premier degré comprend les principaux ministres, le second, les ministres ordinaires , et ainsi de suite. Les gouverneurs de province doivent avoir au moins le quatrième degré; les préfets ordinaires des villes sont du sixième. Tous les dignitaires, sans exception, ont le privilège de ne pouvoir être arrêtés par les sat.;llites des tribunaux ordinaires. Quand ils sont accusés de ({uelque crime, un des mandarins inférieurs du tribunal dont ils sont justiciables vient en personne leur intimer Tordre de le suivre, mais nul ne peut mettre la main sur eux. D'autres privilèges
IIVTRODUGnON. XXXVII
it particuliers à certaines classes de dignitaires. Ainsi, ceux s quatre degrés supérieurs ont seuls le droit de se faire porter Ds des chaises spéciales, chacun selon le rang qu'il occupe. En dehors de la hiérarchie ordinaire, se trouvent les quatre ou-siou , ou préfets des quatre grandes forteresses qui sont DS le voisinage de la capitale, savoir : Kang-hoa, Sou-ouen, )aDg-tsiou et Siong-to (Kaî-seng). Le titre de niou-siou est trèssvé, et les premiers ministres eux-mêmes peuvent remplir cette ace. Le niou-siou n'est pas le mandarin propre de la ville où réside ; un mandarin inférieur remplit cette fonction, et il irte le nom de pan-koan ou de kieng-niek. — Les quelques Dg ou petits forts établis sur différents points des frontières, Dt sous la juridiction des autorités militaires locales. Théoriquement, les dignités dont nous avons parlé jusqu'ici, cepté les grades supérieurs à celui de mok-sa, sont accessibles tout Coréen qui a été reçu docteur dans les examens publics;
fait cependant, ces emplois sont toujours occupés, à'très-peu exceptions près, par des nobles. Mais il y a à la préfecture de aque district deux charges subalternes qui sont toujours doues à des gens du peuple. Le tsoa-siou et le piel-kam sont les distants ou secrétaires du mandarin. Ils peuvent même le remicer en cas d'absence, mais seulement pour les affaires insiifiantes ; car s'il se présente un cas d'importance majeure, on it recourir au mandarin voisin. Les familles des toa-siou et des .'I-kam obtiennent par le fait une certaine considération locale jouissent de certains privilèges. Quand une de ces charges a été ivent remplie par des membres d'une même famille, celle-ci, rès un certain temps, devient ce que l'on nomme en Corée blés de province. Au-dessous des assistants il n'y a plus auprès s mandarins que les prétoriens, satellites et autres valets des bunaux. Nous en parlerons plus tard.
Dans chaque province se trouvent plusieurs tsal-pangou direcirs des postes. Les stations ou relais de chevaux de poste se mment iek ; ils sont échelonnés, de distance en distance, sur ites les principales routes. Les chevaux que le gouvernement entretient ne servent qu'aux fonctionnaires en voyage. Les 1-pang, chargés de surveiller ce service, ont sous leurs ordres certain nombre d'employés organisés, en petit, sur le modèle
prétoires des mandarins. Les valets qui soignent les chevaux tendent du gouvernement à peu près comme des esclaves. Ils sont pas libres de se retirer à volonté, et demeurent enchaînés ette besogne de génération en génération.
XXXniI LITRODUCnO!!.
Si de l'organisalion civile de la Corée on passe ï un organisation militaire, ce qui frappe d'abord, c'est le chiffre éDormede rannée. Les slalistiques officielles coniptent plas de un milliOD deux cent mille hommes portés sur les ràles. Cela vient de ce que tout individu valide, non noble, est soldat ; la loi ne reeonoait que très-peu d'exceptions. Mais l'immense majorité de en prétendus soldats n'oot jamais louché un fusil. Leurs noms sont inscrits sur les registres publics, et ils ont à payer anouellemeat une cote personnelle. Encore ces registres ne méritent-ils aucsne confiance. Trës-souveul iU sont remplis de noms fictifs ; on y nùt figurer des membres de familles éteintes depuis une ou deu générations, et beaucoup de ceux qui d»'raient être inscrits échappent à cette obligation en donnant quelque présent au employés subalternes chargés de la révision des listes.
Les seules troupes à peu près sérieuses du gouTememeit coréen sont les dix mille soldats répartis dans les quatre graads établissements militaires do la capitale. Ceux-ci sont un peo exercés aux niana>uvres militaires. Chose curieuse, quoiqu'il yiit un ministère de la (rii>-'rre, les généraux qui commandent ces corps d'élite relèvent direcloment du conseil suprême, qui sea) a le droit de les nommer ou de les révoquer. Notons aussi, pour mémoire, quelques compagnies casernécs dans les quatre grandes forteresses royales, et les gai-des des gouverneurs ou des officiers supérieui's qui commandent en ])rovince.
Voici, par ordre hiérarchique, les dJiïérenls litres des mandarins militaires. Un tai-lsieng est un général. Il y en a de plusieurs degrés, et tous résident à la capitale, l'n pieng-sa est le commandant d'une province ou d'une demi [irovince. Un sioo-si est un préfet maritime. L'n ieng-lsiang est une espèce de coIoimI qui a sous lui les trois grades inférieurs d'oflicicrs : tsioangkoun, kam-mok-koan et piel-tsiang. titres correspondants, si l'oi veut, à ceux de capitaine, lieutenant et sous^ieu tenant.
11 est important de noter Ici que lo cumul des charges cirils et militaires est très-commun en Corée. Souvent c'est le goi neur de la province qui est en même tcm|>s pieng-sa ou o dant militaire. Partout les icng-tsiaogsont en même b criminels, el c'est sous eu dernier titre qu'on les d toujours. Ce fait, et range au premier coup d'œiL^ paix profonde dont la Corée n'a œss - - - - " siècles. L'armée étant devenue tai nisation se réduit pre-^iue k l tout naturellement celte U
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Les mandarins militaires ne sont choisis que parmi les nobles ; mais quelque élevée que soit leur dignité, ils sont beaucoup moins considérés que les mandarins civils. Vis-à-vis de ces derniers, ils sont presque sur le pied des gens du peuple. Leur posture et leur langage doivent témoigner du respect le plus profond, et certains privilèges, tels que le droit de se servir d'une chaise à roues, ne leur sont jamais concédés, fussent-ils même généraux. Ils ressentent vivement cette inégalité, et dans les temps de troubles, quand Tautorilé passe de fait dans leurs mains, ils se vengent en humiliant et ravalant le plus possible les mandarins civils. Cet antagonisme fait comprendre pourquoi, en général, les nobles qui sont dans les emplois civils ne permettent pas à leurs enfants de rechercher les grades militaires, et pourquoi ces grades sont pour ainsi dire de génération en génération te patrimoine des mêmes familles. 11 y a cependant des exceptioDs à cette règle, et plus d'une fois, les descendants des employés civils font bon marché de la considération et recherchent tes charges militaires comme plus lucratives.
Tous les emplois civils et militaires sont à temps. Un gouverneur ne peut rester en charge que deux ans, mais s'il a du crédit à 11 cour, il peut obtenir d'être transféré sans délai dans une autre province. Généralement, on ne peut exercer les fonctions de mandarin plus de deux ans de suite, au plus trois ans, après quoi on rentre dans la vie privée, jusqu'à ce qu'on obtienne une autre charge. Ceux qui ont exercé une fois ces fonctions conservent toujours quelques marques extérieures de leur dignité ; ils ne sortent plus à pied et sans cortège, et l'usage est d'ajouter àleurnom le titre de la préfecture oii ils ont été, ou de la charge qu'ils ont remplie .
La paye des divers mandarins civils et militaires, surtout celle des gouverneurs, est exorbitante, eu égard aux ressources du pays, et à la valeur considérable de l'argent dans une contrée oii quelques centimes représentent la nourriture nécessaire d'un homme chaque jour. Un fonctionnaire qui le voudrait, pourrait très-facilement mettre de côté, en un ou deux ans, de quoi vivre alaise le reste de ses jours. Mais il est rare qu'un mandarin ait Fesprit d'économie. Â peine entré en charge, il se met sur un pied de prince, affiche un luxe extravagant, et comme, d'après les OMBurs du pays, il doit entretenir non-seulement sa famille, mais tOQte sa parenté, il quitte ses fonctions, une fois le terme arrivé, aussi pauvre qu'auparavant, et souvent avec des dettes de plus. Les dignitaires du palais ne touchent aucun traitement. On
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XL INTRODUCTION
prétend que leur paye fut supprimée après la guerre du Japon, lorsque le gouvernement se trouva sans ressources. On ne leur donne aujourd'hui que quelques mesures de pois, chaque mois, quand ils sont de service. C'est la ration qui, à rorigioe de h dynastie actuelle, était assignée à chacun d'eux pour nourrir son âne ou son cheval. Gomment après cela les empêcher de piller le peuple, et de commettre toutes les injustices imaginables? Ces dignités de la cour sont cependant recherchées, parce que ceux qui les possèdent peuvent toujours, avec un peu d'adresse, obtenir en peu de temps quelque riche mandarinat de province.
Le système d'administration civile et militaire que nous venons d'exposer est complété par une pièce importante, l'institution des e-sa ou anaik-sa : inspecteurs royaux. Ce sont des envoyés extraordinaires qui, à des époques indéterminées, et toujours en secret, visitent les provinces, surveillent la conduite des mandarins et des sujets, et examinent de leurs propres yeux la marche des affaires. Leur autorité est absolue; ils ont droit de vie et de mort; ils peuvent dégrader et punir tous les employés, sauf les gouverneurs de province, et c'est presque toujours sur leurs rapports que le gouvernement prend les décisions les plus importantes.
Il est inutile d'ajouter que toutes les charges et emplois ne sont plus en faveur du peuple, sinon dans les vieux livres de morale d'autrefois. Les places se vendent publiquement, et naturellement ceux qui les achètent travaillent à rentrer dans leurs frais, sans même chercher à sauver les apparences. Chaque mandarin, depuis le gouverneur jusqu'au plus petit employé subalterne, bat monnaie le mieux qu'il peut, avec les taxes, avec les procès, avec tout. Les inspecteurs royaux eux-mêmes trafiquent de leur autorité avec la dernière impudence. Un missionnaire raconte qu'un jour, dans le district où il se trouvait, quelques individus secrètement renseignés arrêtèrent deux chevaux chargés d'argent qu'un de ces fonctionnaires expédiait chez lui, et, s'installant sur le bord de la route, distribuèrent cette somme à tous les passants, en publiant bien haut la provenance de cette bonne aubaine. L'inspecteur compromis n'eut garde de réclamer, et quitta immédiatement la ville sans dire mot de son aventure.
Les impôts ordinaires sur les propriétés, sur certaines ))rofe5sions et certains genres de commerce ne sont pas excessifs, mais ces impôts légaux ne représentent en réalité qu'une faible partie des sommes qu'arrache au peuple la rapacité des mandarins et des employés de tout grade. D'ailleurs, les registres de dénom-
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brement, d'après lesquels Timpôt est perçu, ne méritent aucune confiance. Un fait notoire, dont les missionnaires ont été plusieors fois témoins, c'est que les employés des mandarins, lors- ([ails viennent dans les villages pour dresser les listes officielles, oflt Fimpudence de fixer publiquement la somme que devra leur payer quiconque ne veut pas être inscrit. Ordinairement c'est une lÂiredecent ou cent cinquante sapèques (deux ou trois francs). S'il s'agit de Tinscription sur les rôles de Farmée, il en coûte 00 peu plus pour y échapper ; mais avec de Targent ou en vient Cernent à bout.
Les provisions des magasins publics n'existent que sur les livres de compte. Dans le voisinage immédiat de la capitale, les arsenaux sont un peu fournis. Un fort, pris par les Américains lors de leur expédition (juin 1871), renfermait une cinquantaine de canons de fabrique chinoise, se chargeant par la culasse, n y avait aussi des cuirasses et des casques en toile de coton de quarante épaisseurs, impénétrables aux sabres ou baïonnettes, el qu'une balle conique seule peut percer. Mais les arsenaux de province n'ont ni effets d'habillement, ni munitions, ni une arme ee bon état. Tout a été vendu par les employés des préfectures, qui ont mis à la place quelques haillons et de vieilles ferrailles inotiles. Si par hasard un mandarin honnête essaye quelques efforts pour remédier à ces dilapidations, tous les employés s ooissent contre lui, son action est paralysée, et il est obligé de fermer les yeux et de laisser faire, ou bien d'abandonner son poste ; heureux encore quand il n'est pas sacrifié aux attaques calomnieuses qui le représentent à la cour comme un révolutionoaire et un ennemi de la dynastie.
L'anecdote suivante, racontée par M. Pourthié, montre que cette corruption universelle part de trop haut, pour qu'il soit possible d*y porter remède. « L'hiver dernier (1860-61), le flûoistre Rim Piong-ku-i a perdu la principale autorité qui a passé à son cousin Kim Piong-kouk-i, homme violent et assez kostile à notre sainte religion. Ce dernier est parvenu au pouvoir par un crime d'état qui l'a rendu très-impopulaire, et qui tôt ou tard peut lui coûter cher. Quoique beau-frère du roi, il n'avait pas assez d'argent pour acheter le poste de premier ministre, car ici cette dignité se vend comme tous les autres mandarinats. La .seule différence est que les lettrés achètent les mandarinats irdinairesau ministre en faveur, tandis que celui-ci achète sa pbce aux eunuques. Notre petite Majesté coréenne est, comme «MIS savez, dans le même état qu'étaient jadis nos rois fainéants.
XLll 1?(TR0DUGTI0K.
Le ministre en faveur est le maire du palais de la Corée, mais il doit, à son tour, compter avec d'autres maires du palais, en ce sens qu'il ne peut s'élever à cette dignité, ni la consei*ver, que par la faveur des eunuques de la cour. Ces derniers, hommes méprisés et méprisables, généralement petits de taille, rachitiques, et d*une intelligence très-bornée, séjournent seuls avec les nombreuses concubines royales et les servantes du palais, dans rintérieur de la résidence royale. Les ministres et mandarins qui ont à parler au roi, entrent dans une salle d'audience donnant sur une cour extérieure ; les soldats et autres gardes do palais sont consignés extérieurement. Les eunuques seuls servent de près le roi, ou plutôt le roi n'a habituellement pour société que les femmes et les eunuques.
a Mais la cour coréenne est très-pauvre, le trésor de l'Etat est plus pauvre encore; les eunuques et leurs compagnes les concubines royales et servantes du palais s'en ressenliraient, s'ils n'avaient la ressource de se faire payer la place de premier ministre, et même de temps en temps quelques autres dignités. Il faut donc que le personnage au pouvoir accumule don sur don, et rassasie, chaque jour, toutes ces sangsues avides ; mais surtout lorsqu'il s'agit de gagner leur faveur non encore obtenue, de grandes, d'énormes sommes sont nécessaires. Or Kim Piong-kouk-i avait beau vendre très-cher quelques mandarinats, et revendiquer le monopole du gen-seng, il ne pouvait acquérir assez d'argent pour acheter tous les individus que le ministre Kim Piong-ku-i comblait de richesses. Au milieu de l'hiver dernier, un homme qui devait tout ce qu'il était et tout ce qu'il avait à ce même Kim Piong-ku-i, alla trouver Kim Piong-kouk-i et lui demanda s'il ne voulait pas saisir le pouvoir suprême. « Je ne demande pas mieux, » répondit le beau-frère du roi, « mais l'argent seul « peut me le procurer et je n'en ai pas assez. — Si vous me douce nez la charge de faire rentrer les impôts du midi du royaume, je « réponds de vous procurer la somme nécessaire. — Volontiers, » dit le ministre, et aussitôt il prit ses mesures en conséquence. Les impôts des provinces du Midi consistent surtout en riz, que Ton transporte par mer à la capitale. Notre homme ayant ramassé tout ce riz et l'ayant chargé sur des barques, fit voile vers la Chine, ou il le vendit à un prix quadruple de ce qu'il aurait valu en Corée. A son retour, il acheta de nouveau la quantité de riz nécessaire pour payer les impôts. La difîérence du prix a sufli au beau-frère du roi pour gagner la faveur du troupeau d'eunuques et de femmes qui remplissent le palais; il a
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fût destituer son coDCurrent, et s*est emparé de toute I*autorité. L'exportation quelconque des céréales est un crime qui emporte la peine capitale ; à plus forte raison, la vente du riz payé en impôt pour Tentretien du roi est un énorme crime d'Etat ; enfin, cette fraude a été cause qu'une année de disette est devenue, pour phsieurs provinces, une année de véritable famine. Mais que lui importe? Tant qu'il sera puissant et riche, personne n'osera lui defloander compte de ses actes. »
Le tableau suivant des divisions administratives , civiles et nulitaires, est extrait du traité de géographie qui a le plus de TOgue en Corée. Il a été corrigé, vers 1850, d'après les documents officiels publiés par le gouvernement. Les villes y sont dassées par rang d'importance, selon le grade du mandarin qui les gouverne.
« Le royaume a, de l'est à l'ouest, 1,280 lys; du nord au sud, 3,998. Il est divisé en huit provinces nommées : Kieng-keî, Tsiong-tsieng, Tsien-la, Kieng-sang, Kang-ouen, Hoang-haï, Ham-kieng, et Pieng-an.
« La ville directement à l'est de la capitale est Nieng-haï, à 745 lys, dans la province de Kieng-sang. La ville directement i l'ouest est Tsiang-ien à 525 lys, dans la province de Hoangkal. La ville directement au sud est Haî-nam, à 896 lys, dans la province de Tsien-la. La ville directement au nord est On-seng, à 2,10:2 lys, dans la province de Ham-kieng (1).